Etienne Demulier,
Chauffeur-livreur mazout

Interview réalisée en novembre 2008

Depuis 1954, à Bois-d’Haine, l’entreprise Chantier Demulier s’occupe de livraisons de mazout, de diesel et de charbon. Elle emploie cinq chauffeurs-livreurs. Etienne Demulier, 47 ans, est le responsable de cette entreprise familiale.

Peut-on en savoir plus sur votre formation, votre parcours professionnel ?

J’ai fait mes humanités en section gréco-latine au Collège Notre-Dame de Bonne Espérance à Vellereille-les-Brayeux (Binche) suivies de quatre années à la FUCAM. Je suis licencié en sciences économiques, option gestion commerciale. Mes parents étaient marchands de charbon, le contact avec la clientèle me plaisait et j’ai donc suivi. Je suis responsable de l’entreprise depuis 1988.

Comment pourrait-on décrire votre profession ? En quoi consiste-t-elle ?

Un chauffeur-livreur de mazout doit avoir un bon contact avec la clientèle, être poli et être soigneux lors des livraisons. Aimer son métier est indispensable de même qu’être volontaire et avoir une bonne condition physique. Au niveau des compétences, il faut bien entendu être en possession du permis ADR (transport de matières dangereuses), savoir remplir une feuille de route et vérifier la conformité du chargement (quantité, produit). Il existe plus de 100 produits différents mais, dans notre entreprise, nous ne transportons que du mazout ou du diesel donc ce sont toujours les mêmes procédures de livraison.

Qu’est-ce qui le différencie d’un autre métier ?

Incontestablement, la relation avec la clientèle. Pour certaines personnes, nous représentons, avec le facteur, leur seul et dernier contact avec le monde extérieur. Il n’y a pas de routine, on a tous les jours des clients différents et, comme la plupart sont fidèles, il y a des liens d’amitié qui se créent avec le chauffeur-livreur. On travaille énormément en hiver, avec des moyennes de 10 ou 11 heures par jour. A contrario, en été, on est obligé de mettre des personnes en chômage économique.

La profession présente-t-elle certains avantages ou inconvénients ?

La sécurité d’emploi est importante, c’est un avantage indéniable. On rentre tous les jours chez soi, contrairement au transport international. On a du temps libre en été car il y a moins de livraisons. C’est un métier cyclique. Un jour, on travaille pendant 11 heures et le lendemain, il est possible qu’on ne travaille pas. C’est un avantage même si certains chauffeurs peuvent considérer cela comme un inconvénient. Côté avantages sectoriels, les chauffeurs ont droit à une épargne-pension. On preste 40 heures par semaine mais on a un jour de récupération tous les 20 jours, ce qui représente 11 jours supplémentaires de congés par an. On peut aussi faire 130 heures supplémentaires par an, récupérables ensuite, et il y a une indemnité à l’heure chaque jour non taxable, un 13e mois et une assurance hospitalisation. Par ailleurs, ce secteur est bien souvent composé d’entreprises familiales. L’esprit y est convivial et, pour les horaires, on essaie de tenir compte des desiderata des chauffeurs. Bref, le seul inconvénient, c’est qu’en hiver, on sait quand on commence mais pas quand on finit.

Quelles difficultés rencontrez-vous ?

Il faut pouvoir travailler par tous les temps. De plus, certains clients peuvent parfois être agressifs, de même que certains automobilistes puisqu’on bloque le passage le temps de la livraison. Il faut être capable de garder son self-contrôle.

Conduire ce type de véhicule est-il évident ?

Non, pas du tout. Mais il existe des formations. Le principe de base, c’est d’éviter de freiner trop brusquement. On transporte des matières liquides. Ce n’est pas stable et donc le camion peut basculer plus facilement qu’un autre véhicule transportant des charges réparties équitablement.

Le métier est-il dangereux ?

Non, pas davantage qu’un autre si on respecte les consignes de sécurité ainsi que le code de la route.

Comment se compose votre flotte de véhicules ?

Nous avons quatre camions pour le diesel et le mazout ainsi qu’une camionnette pour les livraisons de charbon. Chaque camion coûte entre cinq et six millions de francs belges (125 000 -150 000 €).

Qu’est-ce qui vous plaît dans votre métier ?

Le contact avec la clientèle.

Que vous inspire l’actualité dans votre secteur (augmentation des prix et siphonnage de citernes) ? Quelles sont les conséquences sur votre pratique quotidienne ?

Quand le mazout augmente, tout suit ! Aussi bien le gaz que l’électricité ou le bois! A présent, on a beaucoup de livraisons plus petites : les personnes commandent plus souvent mais de plus petites quantités, ce qui engendre plus de déplacements pour nos chauffeurs. La plupart des clients demandent aujourd’hui à payer en plusieurs fois. Mais ils peuvent aussi payer par Bancontact donc le chauffeur transporte moins d’argent liquide. Certaines sociétés d’ailleurs refusent maintenant tout paiement en liquide. Enfin, pour les vols, je n’ai pas eu de cas personnellement. Il y en a mais cela touche surtout des endroits isolés ou inoccupés tels que des écoles ou des églises.

De quelle manière la profession a-t-elle évolué ?

Le client est plus exigeant, il aimerait savoir à quelle heure on va passer pour la livraison mais ce n’est pas évident de lui donner un timing précis. Il y a davantage de paperasserie (feuille de route) et d’amendes en cas de non respect des consignes (oubli des fiches de sécurité, du permis). La législation sur les tachygraphes est plus contraignante. La police fédérale accompagnée du Ministère des Transports effectue de nombreux contrôles, aussi bien au dépôt que sur la route.

Pensez-vous qu’il s’agit d’un métier d’avenir ?

Oui, il y aura toujours de la place pour ce métier même si le métier restera cyclique. La demande continuera à être importante. De plus, la moyenne d’âge en Belgique est de 48 ans donc il risque d’y avoir une pénurie de chauffeurs dans quelques années.

Quel conseil pourriez-vous donner à une personne intéressée par ce métier ?

Il faut écouter les chauffeurs plus expérimentés. Il faut prendre son temps pour bien travailler et être soigneux. Le transport est un secteur où on peut encore travailler convenablement, à l’instar du secteur chimique. Nos marges bénéficiaires nous permettent de respecter la législation ainsi que les consignes de sécurité et le code de la route.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.