Fabienne Delhaise,
Mathématicienne astronome

Interview réalisée en avril 2015

Petite, aviez-vous déjà la tête dans les étoiles ? 

Vers mes 14 ans, j’avais décidé de travailler pour l’espace, sans savoir exactement dans quel domaine… Mais c’était clair dans ma tête que je voulais faire des études en lien avec l’astronomie.  

Et aujourd’hui vous travaillez pour l’Agence Spatiale Européenne. Pouvez-vous nous la présenter brièvement ?   

L’ESA fournit un service à ses états membres dans tout ce qui concerne les recherches et applications spatiales. En pratique, elle est responsable de développer des satellites qui répondent à des besoins scientifiques ou techniques des pays européens. L’ESA est aussi responsable du lancement et des opérations du satellite. Une fois le satellite en opération, les données scientifiques seront récoltées pour êtres distribuées aux utilisateurs européens.

Où se situe votre lieu de travail ?

Je travaille au centre des opérations ESOC à Darmstadt en Allemagne. Il existe d’autres centres : le chef-lieu à Paris, ESTEC à Amsterdam, ESRIN à Rome, ESAC à Madrid et ECSAT à Harwell (Royaume Uni).

Pouvez-vous nous décrire vos activités ?

Mon premier travail à l’ESOC consistait à déterminer les orbites des satellites à partir des données des stations au sol. Il fallait aussi calculer les manœuvres nécessaires pour mener le satellite sur sa bonne orbite.

Ensuite j’ai travaillé en tant que « software engineer ». Je devais définir les besoins nécessaires pour des missions conduites par l’ESA, telles que Rosetta, Mars-Express, Sentinels, etc. Puis je devais écrire un cahier des charges en analysant toutes les offres venant d’industries spécialisées, le contrat étant accordé à l’offre qui nous paraissait la meilleure (souvent la moins chère). Ma fonction impliquait que je m’assure que le matériel répondait bien aux besoins. Une fois ce matériel livré à l’ESA, je restais en « support » pendant toute la phase opérationnelle. Je devais aussi effectuer une phase de tests et faire en sorte que les éventuels problèmes qui pouvaient survenir soient résolus dans un laps de temps relativement court. Il y avait évidemment de nouveaux besoins qui étaient définis et qu’il fallait à nouveau intégrer…  

Finalement, depuis 7 ans, je travaille en tant que « experte  communication » entre les antennes au sol et les satellites. Ce sont les stations au sol qui envoient les commandes aux satellites. Cela implique de connaître le codage et la modulation des ondes qui transportent le signal vers le satellite. Ces antennes sont aussi utiles pour déterminer la position du satellite à des millions de kilomètres de la terre.    

Quelle formation avez-vous suivie ?

J’ai fait un master (que l’on appelait alors licence) en mathématiques à l’Université de Namur dans la spécialité mécanique céleste. J’ai fait aussi un PhD[1] sur les méthodes analytiques de propagation d’orbites.

Dans le secondaire, étiez-vous une « matheuse » ?

Absolument, j’adorais ça ! J’avais 7 heures de maths par semaine en 4e année, 8 heures en 5e et 9 heures en 6e !

Quel a été votre parcours professionnel une fois votre master en mathématiques terminé ?

J’ai été engagée dans un premier comme temps comme stagiaire à l’ESA à Darmstadt quelques mois après avoir obtenu ma licence en mathématiques.  Ensuite j’ai reçu une bourse de 4 ans du FNRS (Fonds National de Recherche Scientifique) pour un PhD en mécanique céleste qui m’a permis de faire un séjour à la NASA à Los Angeles. Apres ma thèse de doctorat, je suis revenue à l’ESOC dans la division « dynamique de vol ».

Qu’est-ce qui plaît tout particulièrement dans votre métier ?

Le plus important, je crois, est que j’ai l’impression de progresser et de m’épanouir. C’est un domaine très intéressant, je suis entourée de gens très intelligents et très motivés. Mon travail est intellectuellement stimulant. Il est aussi très varié avec beaucoup de choses nouvelles à apprendre.  L’ambiance est internationale, interculturelle et donc très riche. Il y a aussi beaucoup de jeunes et tout est fait pour une intégration rapide et sans problème (beaucoup de clubs sociaux ont été créés au sein de l’agence).

Quelles difficultés rencontrez-vous ?

Les difficultés sont surtout au niveau du stress, de la quantité de travail et des problèmes techniques difficiles à résoudre. Le travail demande aussi une entente d’équipe. Il ne faut pas être individualiste si on veut pouvoir travailler à l’ESOC.

Pensez-vous que l’astronomie et l’aérospatiale offre des débouchés clairs aux mathématiciens ?

Sans aucun doute. Etudier les mathématiques offre un background très solide pour de nombreuses spécialisations dans le spatial (dynamique de vol, analyse de missions, « radio frequency communication », « software engineer », etc.)

Que diriez-vous à un jeune pour qu’il s’intéresse aux mathématiques ?

Je ne pense pas que l’on puisse convaincre quelqu’un d’étudier les mathématiques. On aime ou on n’aime pas ! On a des aptitudes dans ce domaine ou pas. Mais si on aime, alors je suis convaincue que les mathématiques ouvrent les portes dans de très nombreux domaines scientifiques. A mon avis, il ne devrait y avoir aucun problème à trouver un emploi intéressant, varié et stimulant lorsque l’on sort d’études supérieures en maths.

[1] Philosophiae doctor, est, dans le système universitaire anglo-saxon ou franco-canadien, l'intitulé le plus courant d'un diplôme de doctorat. 

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.