Francis Dannemark,
Ecrivain et éditeur

Interview réalisée en décembre 2014

Peut-on parler du métier d’écrivain ? 

D’après les derniers chiffres à ma connaissance, moins d’un pour cent des écrivains vivent de leur plume. Ce qui ne représente finalement rien sur les milliers de gens qui publient des livres. Écrivain n’est donc pas vraiment un métier… c’est-à-dire une activité principale et rémunératrice. Il y a de très nombreux « amateurs » et de rares professionnels qui en vivent vraiment. Entre les deux, on peut parler de semi-professionnels, qui partagent leur temps entre l’écriture et une autre activité, tirant de leurs livres, selon les années, une partie plus ou moins importante de leurs revenus.
Cela dit, est-on plus ou moins écrivain selon qu’on gagne ou non sa vie grâce à l’écriture ? Une personne qui a beaucoup de succès et gagne beaucoup d’argent alors que ses productions sont médiocres est-elle plus écrivain qu’une autre qui, produisant des textes littéraires de grande qualité mais moins grand public, vend très peu de livres et ne peut en aucune façon vivre de sa plume ? 
Dans les pays anglo-saxons, on utilise beaucoup le terme ‘writer’ pour désigner celui qui écrit, que ce soit des poèmes, des essais économiques, des scénarios ou des articles sur la vie des poissons. Du moment qu’il écrit pour gagner sa vie, c’est un écrivain. Chez nous, cette définition est plus complexe. 

Quel est votre parcours ? 

Je suis écrivain : depuis 1977, j’ai publié une trentaine de livres, dont près de vingt romans. Je suis éditeur, conseiller littéraire et j’anime également des ateliers d’écriture. J’évolue donc toujours dans le monde des livres. 
J’ai fait des études de philosophie et lettres, ce qui constitue très certainement un atout dans ce domaine.  
Ecrire est un besoin. Lorsque j’étais jeune, l’écriture était une façon de m’exprimer. C’est devenu un véritable moyen de communication.
J’avais douze ans quand un de mes textes a été remarqué pour la première fois. Le professeur de français l’avait lu devant toute la classe et j’ai senti à ce moment-là qu’avec des mots, j’étais capable d’intéresser les autres.
J’ai commencé à écrire régulièrement à l’âge de seize ans. Et j’ai publié, devenant ainsi écrivain, grâce à des rencontres. J’ai rencontré quelqu’un qui publiait des poèmes dans une revue française de poésie et qui m’a encouragé à envoyer quelques poèmes. Ils ont été publiés. Et appréciés par le directeur de la prestigieuse maison Seghers, qui m’a demandé de lui montrer d’autres poèmes et qui m’a proposé un contrat : c’est ainsi que j’ai publié mon premier livre. 
J’ai continué à écrire, mais en publiant de façon raisonnable : en trente-six ans, j’ai publié une trentaine de livres. 

Dans le cadre de l’écriture d’un roman, comment organisez-vous votre travail ? Avez-vous une méthode particulière ? 

Chaque roman est une aventure en soi. Ecrire un roman, cela implique différentes étapes, qui varient d’un roman à l’autre et d’une personne à l’autre. On rêve, on prépare, on rédige, on relit et on corrige et puis on publie. Ce qu’on lit n’est finalement que la partie émergée de l’iceberg, le résultat d’un long et important travail de préparation. Tout part du rêve : écrire, c’est raconter une histoire dont on a rêvé et que l’on a nourri au fur et à mesure selon différentes techniques (notes, rencontres…). La préparation peut être plus ou moins longue, consciente ou non. Et bien sûr, l’écriture apporte mille surprises.
Autrefois, je fonctionnais souvent avec un plan très ouvert. Aujourd’hui, j’ai toujours des notes et des plans, mais mes scénarios sont beaucoup plus soigneusement préparés. Une fois la rédaction terminée, l’histoire racontée, vient un important travail de relecture, seul puis avec l’éditeur. 

Je suis éditeur indépendant pour une maison d’édition française. Je vois passer beaucoup de manuscrits depuis de nombreuses années. Ce qui apparaît, c’est que les gens qui écrivent ne savent pas souvent se relire. Or écrire, c’est aussi (et parfois surtout) réécrire : retoucher, corriger, améliorer…
En tant que conseiller littéraire ou animateur d’ateliers d’écriture, c’est une grande partie de mon travail : essayer d’apprendre à se relire. 
Autrefois, l’éditeur avait ce rôle de relecteur et de conseiller en prenant le temps de revoir avec soin les textes avec les auteurs. Ils sont rares ceux qui, à l’heure actuelle, ont encore les moyens de le faire. Malheureusement, notre société fait que l’on produit en quantité, au détriment de la qualité. On préférera souvent publier un roman moyen mais qui n’exige que peu de retouches, plutôt qu’un texte magnifique qui demanderait un important travail de relecture, de correction.

Quelles sont, selon vous, les qualités à posséder pour devenir écrivain ?

Pour être romancier, je pense qu’il faut vraiment avoir des histoires à raconter et aimer les raconter ! Bien sûr, il faut avoir assez de talent pour que l’histoire touche le lecteur. Il vaut mieux aussi être persévérant, car écrire est un travail complexe, qui demande énormément de temps et d’énergie, pour un succès qui reste toujours très aléatoire. 

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.