Frédéric Warzée, Cosmétologue

Interview réalisée en novembre 2010

Quelle est votre formation ?

J’ai un parcours que je peux qualifier d’atypique. Ma première formation est comme prothésiste dentaire. J’ai ensuite suivi un graduat en biologie médicale ainsi qu’une licence en biologie médicale avec finalité cosmétologie et dermatologie à l’Université Libre de Bruxelles. J’ai également un complément de formation universitaire en toxicologie des produits cosmétiques. Cette formation s’étale sur une année en horaire décalé. Il est également possible de suivre d’autres formations susceptibles d’améliorer la formation de cosmétologue comme par exemple, le marketing et la communication ou une maîtrise des législations européennes en matière de cosmétique. En effet, tout produit cosmétique est règlementé au niveau européen. Dès lors, il s’agit de veiller à être en conformité avec la règlementation notamment au niveau de l’étiquetage et en matière de sécurité publique. 

Pouvez-vous nous parler de votre parcours professionnel ?

Je suis d’abord resté à l’université au sein d’un laboratoire de recherche en matière d’environnement. Il faut savoir que les études de cosmétologue sont des études axées sur la chimie et les sciences de la vie ce qui permet de travailler dans l’industrie chimique. Parallèlement à ça et ayant des facilités de communication, je me suis lancé dans l’évènementiel en matière de cosmétiques. Je créais des évènements où je faisais de l’initiation à la parfumerie ainsi que l’explication des ingrédients qui composent un produit. J’étais également en mesure de prodiguer des conseils sur les produits. Par la suite, ayant perdu mon contrat au laboratoire, j’ai bifurqué vers la communication. Je suis alors devenu conseiller à la communication scientifique : je m’occupais des produits ayant une connotation scientifique dont les cosmétiques. C’est très large lorsque l’on parle de communication scientifique, cela peut aller de produits de beauté à la sidérurgie. Aujourd’hui, je travaille en tant que responsable de communication chez DÉTIC, l'association Belgo-Luxembourgeoise de producteurs et de distributeurs de savons, cosmétiques, détergents, produits d'entretien, d'hygiène, de toilette, colles, produits et matériel connexe. En résumé, je travaille pour l’industrie cosmétique et je fais de la communication. Je peux dire que j’ai fait une synthèse de mes formations et de mon expérience. 

Quelles sont les différentes facettes de votre métier et les qualités requises ?

Je pense que cela dépend du poste que l’on occupe. Le cosmétologue pratique des « métiers » différents. Par exemple celui qui développe fait partie du laboratoire de recherche. Dans ce cas, l’important est avant tout la créativité et bien attendu la maîtrise de la chimie et des procédés de fabrication. À partir des normes européennes et des demandes marketing, il doit créer. Le produit cosmétique sera dermo-cutané, sans effet sur l’organisme (sinon, nous parlons d’un médicament). Il aura donc un effet de surface mais qui n’entre pas dans l’organisme par le sang. 

Un autre type d’activité : la mise en marché, en conformité avec la législation et les exigences de formulation chimique des produits. En effet, pour mettre un produit sur le marché, il faut réaliser un dossier toxicologique et de formulation du produit. Toutes les expérimentations doivent être faites in-vivo. Il est important de mentionner qu’il est strictement interdit, depuis une dizaine d’années, de faire des expérimentations cosmétiques sur les animaux. De plus, toute entreprise qui met un produit sur le marché doit prouver son efficacité. Il s’agit alors de réaliser des tests d’objectivation. C’est une autre facette de ce métier, il faut jongler avec les textes de loi et maîtriser tous les paramètres qui permettent de réaliser la mise sur le marché. 

Une autre facette du travail consiste à l’entretien de l’image et des relations. Il s’agit de maintenir une belle image du produit en matière de soin de santé et d’hygiène. C’est aussi devoir faire face à des crises. Par exemple, lorsqu’un journal mentionne « Attention tel produit peut être nocif », nous devons donc faire une campagne de communication afin de rétablir la vérité ou rétablir une situation qui permet d’éviter un retrait du produit. Nous devons prouver le contraire !! Ici la principale qualité est une facilité à communiquer et de persuasion. Il faut aussi être polyglotte et ne pas avoir peur de voyager, compte tenu qu’un produit est distribué dans de nombreux pays et que l’anglais devient la langue principale de communication. 

Comment vous procurez-vous les matières premières nécessaires à la fabrication d’un produit de cosmétique ?

Il existe des fournisseurs de matières premières qui mettent sur le marché les produits spécialisés. Ces produits ne sont pas vendus en drogueries mais seulement aux compagnies spécialisées. Les matières premières sont très chères et il n’est pas possible pour un particulier de se les procurer. La « mode » des produits naturels, en plein essor, rend les matières premières encore plus chères. Pour l’anecdote, il est bon de mentionner que les parfums synthétiques ont été créés afin de réduire les allergies aux produits naturels, comme par exemple, à certaines huiles essentielles. 

Quels critères doit-on respecter pour qu’un produit soit mis en vente ?

Ce sont des critères très règlementés. Nous devons d’abord créer un dossier cosmétique. C’est-à-dire qu’il doit contenir toutes les données toxicologiques des matières premières utilisées. Il doit également inclure une évaluation du produit fini ainsi que les preuves de son efficacité. Toutes les informations physico-chimiques des constituants et du processus de fabrication doivent être divulguées. Ce dossier est tenu à jour car il contient toutes les plaintes qui pourraient être reçues. Ensuite, il est stocké à l’Union Européenne et est accessible à tout moment. Il faut déclarer la mise sur le marché au centre antipoison ainsi que le notifier aux autorités belges.

Il peut se passer beaucoup de temps entre l’idée de création d’un produit et sa mise sur le marché. Si nous prenons l’exemple d’un gel douche, dont la recette est bien connue, environ un mois suffit entre l’idée et la mise sur le marché, à la condition de travailler en collaboration avec un bon laboratoire. Fabriquer une laque pour cheveux prend beaucoup plus de temps car l’utilisation d’un aérosol doit répondre à certains critères mais le produit doit aussi résister à l’humidité et être éliminé au brossage. La mise au point peut être très longue ou très courte. 

Votre profession est-elle protégée ?

Il n’y a pas un ordre des cosmétologues mais il y a une société belge des chimistes cosmétologues qui ne donne pas de cadre au métier mais permet de se tenir informé des innovations. Par contre dans la règlementation, il y a une précision importante : la personne qui est responsable de l’évaluation du produit et de toxicologie doit pouvoir répondre à une formation (généralement de chimiste). Cette personne s’engage et doit signer un document de conformité du produit. 

Quels sont les débouchés possibles quand on choisit de devenir cosmétologue ?

En Belgique, la plupart des débouchés sont au niveau du marketing. Il existe néanmoins de gros producteurs où l’on peut faire de la formulation et de la production. Il y a une multitude de petits laboratoires qui travaillent en sous-traitance. Il existe beaucoup de marques propres à la grande distribution, on a qu’à penser au produit de bain moussant. Tout ceci est fabriqué par des laboratoires indépendants qui mettent au point un produit sur demande. Ces petits laboratoires élaborent la plupart des produits cosmétiques et emploient énormément de chimistes et de cosmétologues. 

Peut-on dire que le métier de cosmétologue a de l’avenir ?

Le jour où les produits cosmétiques disparaîtront je ne serai plus de ce monde depuis très très longtemps !! Il y a même de plus en plus de débouchés car il y a une conscience du grand public quant à l’effet réel des produits. Par exemple, on n’évitera jamais l’apparition des rides car c’est une caractéristique humaine et universelle. Par contre, on peut retarder les effets du vieillissement par les éléments actifs des produits. Plus tôt vous commencez à utiliser une crème hydratante par exemple, plus vous avez de chance de retarder l’effet vieillissant de votre peau. La moyenne d’âge augmente et les gens veulent prendre davantage soin d’eux-mêmes. La demande pour les produits ne cesse de croître et ils sont de plus en plus accessibles. Il suffit d’observer les produits pour homme. Il y a 50 ans, l’homme se contentait d’eau de Cologne et s’il avait le malheur d’utiliser une crème hydratante, sa femme se moquait de lui !! Donc, sans trop me tromper, je peux dire qu’il y a de l’avenir pour ce métier. 

Quels sont les avantages et les inconvénients de ce métier ?

Je ne vois pas beaucoup d’inconvénients car si on choisit ce métier c’est d’abord et avant tout parce qu’on l’aime. La cosmétologie est une branche de la chimie et il y a énormément de perspectives. La chimie est sans fin et les produits de beauté ont beaucoup d’avenir. Si un chimiste veut travailler pour le bien-être des gens, la cosmétologie est pour lui. Contrairement au médicament, qui amène la personne d’un état de mal-être à un état neutre, la cosmétologie permet à la personne saine d’aller vers le bien-être et d’être mieux dans sa peau.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.