Gaétane Edouard, Garnisseuse

Interview réalisée en octobre 2011

En quoi consiste concrètement le métier de garnisseur?

Il s’agit de restaurer un fauteuil. On regarde l’état dans lequel il est ; s’ensuivent alors des petites réparations, des réparations plus importantes ou on refait complètement le fauteuil. Vient ensuite la pose de tissu. En ce qui concerne mon atelier, j’ai recours aux méthodes anciennes. Mais au niveau de la pose tissu, j’essaie de sortir de l’ordinaire. Je propose des patchworks, des combinaisons de couleurs différentes… Je veille aussi à garantir le confort des fauteuils, même anciens, car généralement, le tissu est posé directement sur le garnissage qui est bien souvent très dur et donc peu confortable. Je propose alors un système de « doudounes » qui fonctionnent comme un matelas dont on peut choisir la dureté.

 

Vous créez également d'autres objets en tissu?

Oui, je propose des coussins, des rideaux, des robes, des sacs… Récemment, j’ai réalisé un sac pour une chef d’orchestre. Il lui fallait un sac vraiment adapté, avec toutes ses contraintes, et ce sont ces défis qui m’amusent. C’est important pour moi de mélanger les créations, de ne pas faire tous les jours la même chose. Je me mets à chaque fois dans une nouvelle recherche et c’est stimulant.

 

Quel est votre parcours? Qu'est-ce qui vous a donné envie de vous diriger vers cette discipline?

Après 12 ans dans l’Horeca, j’avais envie de changer de vie. J’ai eu un troisième enfant, je ne pouvais plus assurer les horaires. J’ai rencontré les bonnes personnes au bon moment : un garnisseur qui m’a fait confiance, une antiquaire avec qui j’ai appris tous les trucs du métier. J’ai aussi rencontré une prof d’arts plastiques qui a provoqué le déclic en moi. Depuis, j’essaie de faire le nécessaire pour me lancer en tant qu’indépendante.

 

Justement, quel est votre statut?

J’ai un statut d’artiste. Je fais partie d’une couveuse d’entreprises, donc je ne suis pas encore complètement indépendante. Il s’agit d’un système qui peut intéresser beaucoup de personnes. On peut travailler avec leur numéro de TVA ; on est encadré et pris en charge par quelqu’un au niveau administratif ; on bénéficie de leur carnet d’adresses, de leurs contacts ; un comptable se charge de la partie financière… En retour, ils perçoivent un petit pourcentage. J’ai donc toute une équipe autour de moi.

 

Quelles sont les étapes concrètes de votre travail?

Soit je vais en brocante, je fouine et je trouve des modèles qui me plaisent. Ensuite, je fais ce que l’on appelle une « mise en blanc » afin que le client puisse choisir la couleur qui lui plait ou j’y appose mes propres créations. Soit le client m’amène son fauteuil et je l’informe des réparations à effectuer.  Une fois qu’il est d’accord, on choisit le tissu et je démarre. Je dois souvent prendre en compte certaines contraintes techniques imposées par l’objet ou le client, tout en respectant le côté créatif.

J’utilise une machine à coudre pour la confection, un compresseur, une agrafeuse, des tire-sangles, tire-crins, du crin, de la toile de jute, etc. 

Pour le moment, je travaille seule mais si mon activité s’étend, j’aimerais travailler avec une couturière, un ébéniste…

 

Où trouvez-vous l'inspiration?

Je l’ignore, tout est dans ma tête ! Je m’inspire toutefois beaucoup de la nature en ce qui concerne les couleurs. La nature m’apprend que toutes les couleurs vont ensemble.

 

Quelle est votre clientèle?

Elle est assez diversifiée. Elle se compose aussi bien de jeunes que de personnes âgées.

Peu importe leurs gouts et ce qu’ils recherchent, généralement, je m’adapte aux désirs des clients tout en y ajoutant ma touche personnelle. Et c’est peut-être ce qui plait.

Vous organisez également des stages?

Oui, j’avais de plus en plus de demandes ! J’accueille aussi bien des femmes que des hommes. Je propose de la confection et du garnissage. Pour ce dernier, il s’agit surtout d’effectuer des réparations et de poser le tissu. On ne fait pas de garnissage de A à Z. Pour la confection, les personnes commencent par un coussin-tirette si elles ne savent pas coudre. Une fois qu’elles maitrisent la machine à coudre, on peut se lancer dans la réalisation d’une robe, d’un sac, etc.

 

Selon vous, quelles sont les qualités à posséder pour devenir garnisseur?

Il faut de la ténacité, en tout cas si l’on veut devenir indépendant. Il faut avoir un esprit à la fois créatif et cartésien pour tout ce qui est administratif. Il faut de la motivation, du sérieux, respecter les délais avec les clients, être empathique… Il faut surtout pouvoir conseiller en fonction de la personnalité des gens et pas en fonction de la mode.

 

Qu'est-ce qui vous plait le plus dans votre travail? Le moins?

Ce qui me plait le plus, c’est de créer. J’aime aussi la rencontre avec le client, qui, s’il est satisfait, revient. Il y a donc tout un suivi. Les multiples facettes du métier, le fait de pouvoir travailler dans des domaines différents. Le moins, c’est sans aucun doute le côté administratif.

 

Continuez-vous à suivre des formations?

J’aimerais en suivre une en dessin 3D pour pouvoir montrer concrètement mes idées de fauteuils.

 

Quels sont les conseils que vous donneriez à un jeune qui veut se lancer?

D’être coriace, avoir du caractère, l’esprit d’entreprendre. Il faut oser prendre des risques et ne pas compter ses heures.

 

 

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.