Gregory Lemahieu, Ebéniste

Interview réalisée en septembre 2007

Les Ateliers GL existent depuis 1 an à Molenbeek. Grégory Lemahieu, 31 ans, en assure la responsabilité technique. Il travaille avec trois autres personnes et exerce la profession d'ébéniste.

Quelle est votre formation, votre parcours professionnel ?

J'ai été formé par les Compagnons du Devoir. J'ai fait un parcours d'apprenti qui m'a permis de travailler depuis l'âge de 15 ans puis j'ai été Compagnon entre 1991 et 2002. Cela m'a permis de voyager dans différents pays comme l'Australie, la Nouvelle-Zélande, la Hollande ainsi qu'en France (Poitiers, Troyes, Reims et Lille). Enfin, depuis un an, j'ai une société, les Ateliers GL.

Comment pourrait-on décrire la profession d'ébéniste ? En quoi consiste-t-elle ? Quelles sont ses particularités ?

Dans l'approche du travail, il doit fabriquer, restaurer ou copier un meuble. Il doit adapter sa philosophie de travail selon le type d'ouvrage, c'est-à-dire préserver un maximum de matière s'il s'agit d'une restauration ou rester dans la tradition s'il s'agit d'une copie. Selon les colles ou l'assemblage à réaliser, il y a une certaine déontologie à respecter. Avec les techniques actuelles, on peut faciliter les copies de meubles mais ce n'est ni déontologique, ni traditionnel. Il faut respecter l'authenticité donc ne pas faire des réparations modernes sur un meuble ancien.

Y a-t-il des prérequis ?

Il est nécessaire de connaître les différents styles de meubles ainsi que l'histoire. Par exemple, le style Louis XIV se caractérise par de grosses épaisseurs de plaquage, épaisseurs qui diminueront à travers les époques. C'est quelque chose qu'il faut savoir. Sinon, c'est assez comparable au travail de menuiserie mais cela demande davantage de finesse.

Dans la filière bois, à quel niveau vous situez-vous ?

L'ébéniste se situe dans la seconde transformation. Personnellement, je me considère à la frontière entre le menuisier et l'ébéniste mais le travail en entreprise m'a apporté de l'expérience en matière d'ébénisterie.

Quelles sont vos tâches principales ? Comment se compose votre emploi du temps ?

Cela commence avec la relation client, les recherches de prix, les offres, les dessins puis l'organisation du travail, les commandes et achats de matériaux et enfin la production.

Dans cet atelier, nous sommes quatre et je suis le responsable technique. Ma journée commence assez tôt, vers 7h, pour s'achever vers 18h. Souvent, j'organise la répartition des tâches, ensuite je tente d'obtenir des rendez-vous, des devis et des dessins dans la matinée et d'être productif durant l'après-midi. Toutefois, il faut pouvoir s'adapter.

Quelles qualités incontournables faut-il réunir pour exercer cette profession ?

L'écoute, parce qu'il faut bien comprendre le travail demandé par le client. Pouvoir réaliser une pièce en respectant au maximum ses desiderata. La dextérité, bien sûr, et puis rester concentré sur ce que l'on fait et enfin beaucoup de courage. Ce n'est pas un métier facile, il faut savoir tout faire, être solide physiquement et pouvoir porter des charges. D'autre part, l'entreprise a à peine un an donc il faut progressivement se construire et aller de l'avant.

Présente-t-elle certains avantages ou des inconvénients (notamment horaires, risques pour la santé,...) ? Quelles difficultés rencontrez-vous ?

Au niveau des avantages, on peut faire des travaux attrayants. Des inconvénients, j'en vois peu, sauf l'emploi du temps chargé. Les difficultés rencontrées sont surtout relatives aux problèmes de paiement ou de commandes mal reçues. On peut aussi tomber sur de mauvaises séries de bois mais c'est assez rare. Cela dépend des travaux qu'on réalise et sur quel chantier on se trouve.

Qu'est-ce qui vous plaît le plus dans votre métier ?

Le fait de travailler une belle matière. Dans le bois, il existe tellement d'essences, d'odeurs, de facilités de travail. Certains bois, en effet, sont plus facile à travailler que d'autres. Chaque essence a sa particularité.

La profession a-t-elle évolué ? De quelle manière ?

Oui. Aujourd'hui, le travail se fait autant sur ordinateur que sur des machines. Il faut pouvoir s'adapter, travailler en DAO (Dessin Assisté par Ordinateur) et sur certains programmes (machines à commande numérique). En tant qu'artisan, on a parfois du mal à suivre cette technologie et à être compétitif. L'artisan met davantage de temps que quelqu'un qui dispose de machines numériques.

Pensez-vous qu'il s'agit d'un métier d'avenir ?

C'est certain ! Mais la main-d'oeuvre est de plus en plus difficile à trouver. Si on s'investit dans son travail, on pourra facilement ouvrir son entreprise et trouver des clients. Les métiers du bois sont de plus en plus vastes, de nouvelles spécialisations voient le jour, donc une personne polyvalente sera en mesure de répondre à une clientèle large et ne sera jamais dans le besoin.

Quel conseil pourriez-vous donner à un jeune intéressé par ce métier ?

Il y a deux choses qui sont incontournables : être à l'écoute et acquérir de l'expérience. Par exemple, on a accueilli récemment deux jeunes stagiaires qui ont eu quatre ans de cours techniques en menuiserie. Ils sont censés être chef d'atelier. Or, ils n'ont pas eu beaucoup de stages et ils ne comprennent pas comment travailler la matière.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.