Hedwige Leclercq, Bibliothécaire

Interview réalisée en mai 2014

Quel est votre parcours ? 


J’ai commencé par un régendat en histoire-géo mais je me suis vite rendu compte que cela ne me convenait pas. Je n’étais pas prête, à 18-19 ans, à enseigner à des jeunes à peine plus âgés que moi. De plus, j’avais plus l’impression de faire du gardiennage que de donner cours. Comme j’aimais beaucoup lire et que je cherchais le contact avec les gens, j’ai alors suivi la formation de bibliothécaire-documentaliste en promotion sociale. Lors de cette formation, j’ai effectué plusieurs stages dont un à la bibliothèque de la Ville de Mons. Par après, j’y ai été engagée pour faire deux expositions littéraires et effectuer plusieurs remplacements. J’y suis restée un peu plus de 2 ans. J’ai ensuite postulé à la bibliothèque des Comtes de Hainaut qui cherchait un bibliothécaire. J’ai appris, lors de l’entretien d’embauche, qu’ils cherchaient une personne pour assurer la fonction de bibliothécaire dirigeante. Comme il n’était pas facile de trouver du boulot, je me suis lancée et j’ai accepté. Je dois être une des plus jeunes à occuper ce poste. 

En quoi consiste concrètement votre métier ? 


Outre les tâches traditionnelles de prêt et d’encodage, le métier de bibliothécaire vit une petite révolution. Il devient désormais un véritable médiateur, une personne ressource ou relais entre différentes institutions, avec lesquelles il crée des partenariats, et le public. De notre côté, nous travaillons notamment avec la Maison de Jeunes et la Maison Internationale de Mons. Nous devons davantage nous ouvrir aux initiatives qui nous entourent, proposer des animations autour de l’écrit, aller à la rencontre du public, être un point d’ancrage dans la ville, dans la société. Ca n’est pas toujours évident car le retour n’est pas énorme mais il faut essayer, se diversifier au maximum. 

Récemment, il nous a été demandé par l’Inspection de nous spécialiser. Nous avons alors décidé de centrer la bibliothèque sur les thèmes de la citoyenneté et de l’environnement. Ce sont des thèmes assez larges mais qui permettent de proposer plein de choses comme une soirée de discussion autour du commerce équitable, par exemple. La bibliothèque doit devenir un véritable lieu de rencontres. 

C’est donc tout à fait différent de l’image que l’on a du bibliothécaire isolé au milieu de ses livres poussiéreux et qui se contente d’en gérer le prêt ! Il y a un travail important qui est fait en dehors des heures d’ouverture et dont le public ne se rend pas toujours compte.  

Quel est votre public principal ?


Nous accueillons des écoles, surtout des enfants de maternelle et de primaire. Le public du secondaire et du supérieur est par contre très difficile à toucher. Nous avons aussi des familles et des personnes âgées. Il y a des personnes déficientes mentales qui viennent également chaque semaine ainsi que des publics plus fragilisés et a priori pas du tout intéressés par la bibliothèque.

De combien de personnes est composée votre équipe ?


Notre équipe se compose de sept bibliothécaires, un employé de bibliothèque et une animatrice. 

Quelles sont, selon vous, les qualités et compétences indispensables pour être bibliothécaire ?


Un bon contact avec les gens est indispensable. Comme je le disais, on est très loin de l’image du bibliothécaire qui travaille tout seul dans son coin. Il faut une certaine curiosité intellectuelle, s’intéresser aux livres que l’on propose pour pouvoir conseiller et renseigner les personnes au mieux. Il faut aussi savoir écrire, faire preuve de polyvalence, d’esprit d’initiative. Il faut vouloir évoluer et pouvoir travailler en équipe.

Quel est l’impact de l’arrivée du numérique sur votre travail, sur le public ? 


On parle beaucoup du numérique dans les médias mais dans les bibliothèques, son arrivée est assez tardive. Notamment pour une question d’argent mais aussi à cause de la peur de certains employés qui voient dans le numérique une menace pour leur job. Or, je pense qu’il s’agit d’un outil vraiment intéressant, qui offre plein de fonctionnalités que le livre ne permet pas. Sans parler de l’accès à de nombreuses sources très diversifiées. Pour ma part, je pense que les deux supports sont complémentaires. 

Concrètement, dans notre bibliothèque, nous avons créé un blog et j’ai pour projet de mettre en place une bibliothèque numérique en relation avec nos thématiques. Il s’agit de mettre à disposition du public une multitude de ressources documentaires sous format numérique. Il faut donc aller chercher l’information, la critiquer et la structurer intelligemment pour que les gens s’y retrouvent. Mais il ne faut pas croire que l’encodage d’un site internet ou d’un pdf est plus simple et rapide. Au contraire ! Cela demande énormément de temps.  

Quels sont les points positifs et négatifs du métier de bibliothécaire ? 


Il s’agit d’un métier plaisant, sympa, dans un environnement de travail agréable. Nous ne sommes pas concernés par le rendement, il y a de la place pour la créativité, c’est très épanouissant. 

Par contre, mais c’est le cas dans tous les métiers, les relations humaines ne sont pas toujours faciles à gérer. De plus, les bibliothèques souffrent d’un manque de considération, de reconnaissance de la part des pouvoirs publics mais aussi du public en général. Il faut essayer de changer cette image et de défendre notre métier. 

Quels conseils donneriez-vous à un jeune qui voudrait exercer ce métier ? 


Il faut aller voir dans les bibliothèques comment ça se passe et choisir ce métier parce qu’on en a envie et non par défaut. 

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.