Henri Halen et Marylène Moutier,
Chercheurs en biotechnologie / biologie du sol

Interview réalisée en avril 2011

Henri Halen (HH) et Marylène Moutier (MM) sont chercheurs en biotechnologie / biologie du sol – co-responsables de la société Ram-Ses sprl créée il y a 2 ans.

En quoi consiste votre activité au quotidien ?

MM : Cela dépend des jours. Une bonne partie du travail consiste en l’évaluation des risques liés aux sols pollués. On part de résultats de données analytiques issues du terrain et on s’occupe de l’interprétation des risques pour la santé et l’environnement (écosystème et eaux souterraines). Le rapport donné au client (des particuliers, des entreprises ou des communes) consiste en des recommandations. On conseille également au client des solutions appropriées pour dépolluer ou pour gérer les risques. Il faut ajouter au temps de travail une partie administrative et quelques réunions de concertation pour les dossiers ou avec les gestionnaires publics. Et puis, il faut répondre aux appels à projets, aux marchés publics et donc cela demande du temps pour préparer le dossier et le budgéter.

HH : Le travail de terrain n’est pas notre activité première mais il peut y en avoir. On peut faire des visites de terrain ou des petits travaux d’échantillonnages. Pour une pollution historique (générée par les activités du passé), l’objectif est donc de réfléchir à l’usage du terrain et du projet afin de définir les risques associés à la pollution des sols et d’agir spécifiquement sur les points qui posent un risque excessif. A tout cela s’ajoutent des formations continues que nous dispensons aux architectes et aux responsables environnement des grandes entreprises ainsi que des cours aux étudiants à l’UCL et à l’ULg dans le cadre de leur Master.

Quelles sont les qualités nécessaires pour exercer votre profession ?

HH : Il est essentiel d’avoir une grande autonomie dans son travail, de pouvoir suivre le dossier de A à Z (l’aspect commercial, la gestion administrative, la facturation, les réunions, les aspects plus techniques…). Il faut être polyvalent. Un esprit critique mais constructif et tourné vers la recherche de solutions est un avantage. Le sens commercial est un petit avantage car un client qui est content nous conseillera à son entourage. La connaissance de langues étrangères permet d’élargir les horizons. 

MM : Pour moi, il faut avoir une vision et une approche globales qui tiennent compte de tous les éléments et de leurs relations structurelles. 

Quels sont les avantages et les inconvénients de votre métier ?

HH et MM : Le plus grand avantage c’est de pouvoir faire ce qu’on aime, de s’épanouir dans son travail. Le statut d’associé permet une certaine souplesse, on peut compter les uns sur les autres en cas de rush. Notre activité permet également de travailler chez soi. Gérer son temps de travail est un autre avantage. 

L’inconvénient principal est l’horaire parfois lourd. Il faut pouvoir s’arrêter après une période de rush et souffler un peu. Il faut maintenir un bon équilibre entre vie professionnelle et vie privée. La limite est parfois très fine. Il y a aussi beaucoup de travail de bureau et peu de travail de terrain, cela peut être parfois un inconvénient. 

Quel est l’horaire de travail ?

HH : Il n’y a pas vraiment d’horaire fixe de travail mais on essaie quand même de maintenir un équilibre entre vie professionnelle et vie privée et de s’imposer un horaire normal : 9h – 18h. Il faut avoir un horaire flexible qui réponde à la demande et au rush. 

MM : Il faut savoir travailler par à-coup. Les journées strictes de 7h36 n’existent pas ici. On gère son temps en fonction de la charge de travail, il y a des semaines où on finira de travailler à minuit car le rapport doit être rendu mais la semaine d’après sera plus cool. On peut faire des journées d’1 heure et d’autres de 15 heures ! On sait aussi que les mois de juin et de décembre sont assez chargés !

Quelles études avez-vous faites pour accéder à votre profession ?

MM : J’ai suivi en secondaire une orientation scientifique. J’ai ensuite fait le Master en bio-ingénieur à orientation pédologie.

HH : J’ai suivi en secondaire une orientation scientifique : math-sciences. J’ai ensuite fait le master en bioingénieur à orientation génie rural.

Quel a été votre parcours professionnel ?

MM : Après la thèse de doctorat à Louvain-la-Neuve orientée qualité des sols et de l’eau, je suis partie 2 ans à l’étranger (en Israël et aux Etats-Unis) dans le cadre d’un post-doctorat. Je suis ensuite revenue en Belgique et j’ai travaillé dans une société liégeoise publique pendant 10 ans en tant que docteur et bioingénieur. Ma mission principale était la mise en place du « décret sols »  sous la responsabilité de Monsieur Halen. 

HH : Après mes études, je suis parti deux ans dans les marais au Mexique, dans le cadre d’un projet de recherche et développement de la Commission Européenne (étude du cycle de l’azote dans les marais). Ensuite, j’ai continué comme chercheur dans le domaine de la pollution des sols à Louvain-la-Neuve et c’est à ce moment-là que j’ai fait ma thèse orientée vers la dépollution des sols. Je me suis ensuite intéressé à la question du décret sols, d’abord en bureau d’études pendant 4 ans et ensuite dans une société liégeoise publique pendant 11 ans. Par la suite, on a créé l’opportunité de monter notre propre société et Ram-Ses est née, c’est l’acronyme de « Risk AssessMent Soil Expert advices & Services ». 

Pourquoi avez-vous choisi ce métier ?

MM: L’idée de m’orienter vers la dépollution des sols s’est développée petit à petit mais l’orientation scientifique en secondaire m’a permis de me diriger en supérieur vers des études universitaires du même type. Grâce à mes années de travail dans la société publique, j’ai acquis des compétences en évaluation des risques et je me suis rendu compte que c’était cela que je voulais faire. Et puis, l’opportunité s’est présentée à moi et je l’ai saisie. J’aime que mon travail soit toujours nouveau, il n’y a pas une journée ou un dossier identiques. Je pense que le parcours et les opportunités qu’on saisit permettent d’ajouter des cordes à son arc, c’est chaque fois un petit avantage qui peut ouvrir des portes. Il faut rester ouvert aux opportunités, aux projets, aux rencontres tout au long de son parcours. 

HH : Mon job me convient tout à fait mais je me rends compte que le parcours est parfois lié à des choix futiles. Au début, j’hésitais entre assistant social et bio-ingénieur. J’ai choisi les études de bio-ingénieur car ce qui m’intéressait à ce moment-là, c’était de découvrir la nature et de ne pas rester dans un bureau. Les choix et les orientations que j’ai suivis sont liés aux rencontres, aux circonstances et à un peu d’intuition ! 

Que diriez-vous à un jeune qui souhaite se lancer dans cette voie ?

MM : Il faut s’accrocher et avoir un esprit d’entrepreneur (oser et calculer les risques). Ce n’est pas évident de lancer sa société car la concurrence est rude. Il faut croire à son projet et mettre toutes les chances de son côté. Je n’imaginais pas me lancer seule car j’estimais ne pas disposer des compétences nécessaires. Mes deux collaborateurs amènent des compétences que je n’avais pas, cela forme un tout cohérent. La société fonctionne car on se complète. Chacun apporte sa spécificité.  

HH : Il faut de la patience ! Le développement de l’idée et la mise en place du projet prennent du temps. Il y a des étapes à respecter et il ne faut pas vouloir aller trop vite. Etre passionné et croire en son projet sont des conditions nécessaires mais pas suffisantes. Il faut surtout être conscient que lancer sa société est une prise de risques et demande de faire des concessions. Mais il y a quand même beaucoup d’aides proposées pour se lancer. Lancer sa société c’est aussi accepter de ne pas revenir tout de suite à des conditions salariales élevées mais dans la balance, le bien-être n’a pas de prix : on fait ce qu’on aime ! 

Avez-vous une anecdote à raconter ?

MM : Quand j’étais étudiante à l’UCL, on parlait déjà d’Henri Halen dans les couloirs en sciences du sol. C’était une personne renommée ! J’ai trouvé ça très drôle de se retrouver plusieurs années après dans la même société publique, je ne l’avais jamais vu mais j’avais l’impression de l’avoir toujours connu. Et puis maintenant, nous sommes co-fondateurs de Ram-Ses. On a toujours dans notre parcours et dans notre inconscient des personnes qu’on prend comme modèle et qui nous poussent à avancer. Les rencontres tout au long des études et du parcours professionnel sont très importantes !

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.