V-A.D., Ingénieure en agronomie

Interview réalisée en avril 2011

Ingénieur, une vocation chez vous ou bien les hasards de la vie ?

Ayant toujours été attirée par les sciences, et plus spécifiquement par les sciences du vivant, je me suis orientée vers l’agronomie (la biologie me paraissait trop rébarbative, car trop de chimie à mon gout). Mes parents m’ont donc orientée vers des études d’ingénieur agronome et après une visite de la faculté de Gembloux et discussion avec des étudiants, j’ai été conquise.

Cependant, j’ai décidé très tard de ce choix d’études supérieures ; avant ma rhéto, je ne savais pas encore ce que j’allais faire. Ayant échoué ma 1ere année de candidature, je ne désirais pas recommencer, car je trouvais le niveau trop difficile et le milieu universitaire ne me convenait pas (impression d’être un numéro noyé dans la masse). Je me suis donc redirigée vers une haute école pour des études d’ingénieur industriel en agronomie que j’ai réussi mes 4 années sans examen de passage !

Quelles ont été vos motivations personnelles pour suivre ce parcours professionnel et estudiantin ?

Une fois mon diplôme en mains, je ne savais pas encore exactement ce que je voulais faire. J’avais choisi l’option horticulture, mais j’étais intéressée par d’autres choses aussi. J’ai surtout choisi les études d’ingénieur industriel pour la polyvalence du diplôme. J’ai trouvé du travail assez rapidement à l’UCL, dans le laboratoire d’écologie et de biogéographie (actuellement Earth and Life Institut).

Ce poste m’a attirée, car le laboratoire travaillait sur les moyens de lutte biologique en cultures agricoles et horticoles et étant très sensible au respect de l’environnement, je me suis naturellement dirigée vers ce secteur. C’était tout d’abord pour un petit contrat de 3 mois qui s’est prolongé plusieurs fois par tranches de deux ans, car mon projet de recherche fonctionnait grâce à des subsides octroyés par la Région Wallonne.

Y a-t-il des prédispositions, des aptitudes particulières pour embrasser les études d’ingénieur ?

Personnellement, je ne crois pas. J’avais dans ma classe des étudiants qui étaient des cancres lors de leurs études secondaires qui ont réussi brillamment leurs études d’ingénieur. Et aussi d’autres qui échouaient alors qu’ils étaient premiers de classe avant d’entrer en supérieur. Je pense qu’il faut avoir l’esprit ouvert, et la compréhension de la matière est plus importante que la mémorisation pure et dure.

Les études secondaires préparent-elles suffisamment les étudiants aux études d’ingénieurs ?

Aux études proprement dites, oui. Par contre au milieu universitaire, je ne trouve pas. Il reste toujours le « choc » d’être tout à coup livré à soi-même et d’être perdu dans la masse des étudiants, confronté à une « sélection naturelle » où on ne vient pas vous chercher quand cela ne va pas. Je trouve qu’on est encore trop materné dans les dernières années du secondaire et il me semble que cela ne va pas en s’améliorant.

Les mathématiques jouent souvent le rôle d’épouvantail pour les aspirants ingénieurs. Cette crainte est-elle justifiée ?

En effet, durant les années de candidature, les mathématiques occupent une place importante et on peut échouer rien qu’à cause de cette matière. La plupart des écoles supérieures et universités organisent des cours préparatoires avant la rentrée. Je les ai suivis à la faculté de Gembloux et aussi à l’ISIH, mais je n’ai pas eu l’impression que cela m’a servi, dans les deux cas. À l’Université, j’ai échoué en mathématiques, mais ce n’était pas mon plus gros échec. En haute école, je n’ai jamais eu de difficultés en mathématiques, et ce n’était pourtant pas la branche dans laquelle je brillais le plus en secondaires…

Conseilleriez-vous une année « spéciale maths » avant d’entamer les études proprement dites ?

Selon mon expérience, peut-être avant d’entrer à l’Université, mais pas pour les hautes écoles d’ingénieurs.

Y a-t-il un examen d’entrée, que ce soit en hautes écoles ou dans les universités ?

Je n’en ai eu ni à la FUSAGx, ni à l’ISIH. Par contre, mon frère en a eu un pour rentrer à l’école Polytechnique (Mons) et il y avait des cours préparatoires pour réussir cet examen (organisés par l’Athénée).

L’ingénieur doit-il vraiment être quelqu’un de polyvalent, d’un point de vue professionnel s’entend ?

Oui, il doit toujours avoir l’esprit ouvert et ne pas se cantonner à sa fonction de base pour laquelle il a été engagé. Un ingénieur est aussi un superviseur, un coordinateur.

Quelles sont, selon vous, les principales différences entre un ingénieur industriel et un ingénieur civil ?

Je vais plutôt comparer mes études avec celles d’un ingénieur agronome, c’est plus facile pour moi, car j’en côtoie sur mon lieu de travail. J’ai même encadré des étudiants qui réalisaient leur travail de fin d’études. Une fois le diplôme en mains, je ne vois pas de différences fondamentales sauf que l’ingénieur agronome est mieux payé ;-) et a peut-être plus facile à trouver du travail (la formation agronome de l’Ingénieur Industriel n’est pas très connue). Aussi, j’estime qu’avec mes années d’ancienneté, j’ai 
largement atteint le niveau d’un ingénieur agronome et je postule même pour des offres où l’on recherche un ingénieur agronome.

Ces différences sont-elles devenues purement théoriques ou bien peut-on encore les constater de nos jours ?

On les constate encore.

Quelles sont les principales qualités dont devrait bénéficier un ingénieur ?

Comme je l’ai dit précédemment, l’ouverture d’esprit, mais également un bon esprit critique, le sens du contact et de l’organisation, des aptitudes à travailler en équipe et un bon niveau en langues (surtout en anglais).

Pouvez-vous retracer brièvement votre parcours d’ingénieur, depuis votre sortie des études ?

J’ai obtenu mon diplôme d’Ingénieur Industriel en août 2003. J’ai trouvé du travail en tant qu’assistante de recherches au Laboratoire d’écologie et de Biogéographie de l’UCL fin novembre 2003. Depuis lors, je suis toujours à l’UCL, mais j’ai démissionné pour un autre travail en Recherche et Développement chez DexsilLabs à Courcelles. Je quitte mon poste à l’UCL le 15 juillet prochain. Je change principalement, car l’UCL ne m’offrira jamais de CDI vu que les projets de recherche sur lesquels je travaille fonctionnent grâce à des subsides de la Région wallonne et il n’y a aucune assurance
de renouvellement. J’ai également envie de changer de milieu, le milieu universitaire ne me convenant plus.

Pouvez-vous nous décrire en quoi consiste spécifiquement votre travail actuel ?

Je suis chargée d’un projet portant sur la recherche d’un moyen de lutte biologique (naturel) contre des pucerons en vergers de pommiers. À l’heure actuelle, plusieurs applications de pesticides sont appliquées avant même l’apparition des pucerons et ceux-ci deviennent de plus en plus résistants aux molécules actives de ces produits. Je travaille plus spécifiquement sur la possibilité de réaliser des lâchers massifs de microhyménoptères parasitoïdes dans les vergers en remplacement des produits
chimiques.

Ce travail consiste donc à réaliser des tests en conditions de laboratoire (comportement du parasitoïde face au puceron, efficacité, comportement à températures variables, tests en cages en conditions contrôlées…) ainsi que des expériences en conditions réelles en verger (soit chez des producteurs, soit dans un centre d’essai fruitier). Pour les côtés plus techniques, je dispose de l’aide d’un technicien (gradué). J’ai également participé à plusieurs congrès internationaux (Maroc, Italie, Sicile, Belgique) durant lesquels j’ai soit fait une présentation orale de mes résultats de recherche, soit présenté un poster. Aussi, chaque année académique, j’encadre un étudiant stagiaire afin de réaliser son travail de fin d’études (licencié en biologie ou Bio-ingénieur).

Votre travail comporte-t-il une grosse partie administrative ?

Mon travail comporte une partie rédaction de rapports annuels pour la Région Wallonne ainsi que la recherche de nouveaux subsides (rédaction de projets). Je ne trouve pas que ce soit une grosse partie administrative.

La fonction d’ingénieur au sein d’une société est-elle évolutive, que ce soit vers un poste de direction ou autre, ou bien, au contraire, reste-t-on « ingénieur » toute sa carrière ?

Bien sûr qu’il est souvent possible d’évoluer, tout dépend de l’ambition !

De même, en restant ingénieur, est-il possible de changer facilement de « spécialité » ?

Facilement, je ne dirai pas, mais possible, oui ! Si je prends mon exemple, j’ai commencé par un emploi en rapport avec mon orientation d’études, mais dans mon prochain emploi, je serai plutôt dans le secteur de la chimie et je vais même faire un peu de marketing. J’ai également une amie qui a terminé ses études d’ingénieur avec moi qui travaille actuellement dans un service de contrôle sécurité pour les canalisations de gaz sur les chantiers.

Quel conseil donneriez-vous à un jeune désireux de se lancer dans les études d’ingénieur ?

Choisis d’abord ce qui te plait avant de voir les débouchés, tu auras plus de chances d’être épanoui dans ton poste. 

La demande des employeurs pour des ingénieurs est-elle toujours aussi forte ?

Oui.

Y a-t-il des secteurs plus porteurs que d’autres ?

Comme je regarde régulièrement les offres d’emplois pour les ingénieurs, je dirais : l’informatique, le commerce, l’automatisation, l’agroalimentaire. Je pense que les formations d’Ingénieur industriel qui donnent actuellement le plus de facilités pour trouver de l’emploi sont l’électro-mécanique et l’agroalimentaire.

Quelles sont les perspectives financières et d’évolution de carrière pour un jeune ingénieur ?

Dans ma situation actuelle, je n’ai pas beaucoup de chances d’évolution à l’UCL, car avec mon diplôme je ne pouvais pas accéder à une thèse de doctorat sans faire la passerelle vers la licence. Donc le salaire augmente avec les années d’ancienneté, mais sans évolution remarquable (je gagnais environ 1500 € nets/mois à mes débuts, et après 7 ans je gagne environ 1800 € nets/mois).

Dans le secteur privé, c’est différent, il y a aussi les avantages extra-légaux. Dans mon cas, mes années d’ancienneté à l’UCL ne sont pas prises en compte lorsque je commencerai mon nouveau travail. Mais je recevrai des chèques repas qui compenseront la différence de salaire avec mon emploi précédent. De plus, les possibilités d’évolution au sein de la société sont plus grandes.

Y a-t-il des barèmes en vigueur ?

Dans le secteur public (comme l’Université), oui.
 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.