Irène Kateris,
Photographe touristique

Le cadre idyllique d'une petite île grecque est sans doute le décor de rêve de tous les photographes en herbe. Rencontre avec Irène K. qui a exercé cette profession pendant sept ans sous le soleil de Samos, la patrie de Pythagore. Entre rêve et réalité : aperçu en sa compagnie des conditions de travail? forcément spécifiques.

Comment êtes-vous devenue photographe ?

Le hasard a au départ guidé mes recherches. J'ai appris le métier sur le tas. Cela n'a pas été si facile d'entrer dans cet univers. La photographie est passionnante mais ses conditions techniques sont parfois très contraignantes.

Que faut-il comprendre, précisément ?

Il faut maîtriser le mécanisme de la luminosité : l'ensemble du processus de fonctionnement depuis la prise de vue jusqu'au film. Il faut aussi gérer la qualité du développement pour assurer un résultat final correct. Je dis bien « correct » et non pas « conforme » car il y a toujours un écart entre ce que l'on voit et ce que l'on photographie.

Quelles sont les conditions de formation ?

J'ai suivi des études secondaires techniques en Grèce. L'option choisie était le tourisme. Il n'y a pas d'accès à la profession dans ce pays mais il existe deux types de formation supérieure : l'une non-universitaire axée sur le développement technique, et l'autre universitaire focalisée sur une approche plus artistique.

Quels sont les critères de qualité ?

Pour une photographe, dans un lieu très touristique, il s'agit d'être capable d'embellir la réalité. La qualité, c'est de susciter d'autres types de regard sur l'île de Samos. Nos critères d'appréciation sont évidemment dictés par la satisfaction des clients. On joue à la fois sur la valorisation, leur capacité d'initiation et le développement de leur point de vue.

Comment les techniques ont-elles évolué ?

On utilise le numérique de manière majoritaire. La maîtrise du processus est meilleure. Les limites techniques sont largement repoussées. Sans compter que le stress, lié à l'attente du développement ou des résultats finaux, a quasiment disparu...

Ces nouvelles techniques ne présentent que des avantages ?

L'art s'est profondément modifié avec l'apport du numérique. Avec l'illusion donnée au plus grand nombre que la photo de qualité est désormais accessible, on a aussi perdu en créativité. On s'en remet de plus en plus aux techniques et aux retouches. Au final, on recompose en fonction de ce qu'on a imaginé. Pas forcément ce qu'on a photographié. Le talent est une question de dons innés. La facilité de se représenter dans l'image développée.

Quelles étaient les tâches de votre métier ?

A Samos, nous avions quatre grands types de tâches : les photos de passeport ou d'identité ou de vitrines de magasins, les reportages familiaux (mariages, baptêmes, etc.), les reportages pour défilés de mode (une fois par an), les photographies de presse (sur commandes, le plus souvent par des journaux d'Athènes)

Qui est à la base des commandes de photos numériques ?

Les commandes émanaient soit d'hôtels pour créer des folders ou des catalogues, soit de la commune de Samos pour repérer de nouveaux sites ou créer de nouvelles cartes postales. Les hôtels recherchaient l'esthétique, avant tout. Entendez : meilleure luminosité, meilleure vue de chambres ou impression d'espace, etc. Tout ce qui conforte leur réputation et leur spécificité. De ce point de vue, leur demande consistait à développer un point de vue, une beauté qui leur soit propre. Quant à la commune, les nouveaux endroits devaient servir de promotion touristique : à la fois pour étonner les touristes potentiels et pour créer une atmosphère « exotique ». On jouait par exemple sur les contrastes bleu-vert, les accessoires, les abords de petits villages, voire les prises de vue en hiver.

La photo touristique rime-t-elle uniquement avec cadre esthétique ?

Souvent, mais pas toujours. Nous avons par exemple aussi pris des photos d'amphithéâtres. Pour ces lieux hautement culturels, nous devions afin de nous imprégner de l'atmosphère nous documenter et nous informer sur l'histoire et l'architecture. Ce qui touche à l'art, c'est s'exposer soi-même, avec bien entendu sa propre histoire. C'est peut-être aussi s'exposer à des grilles de lecture selon l'angle abordé par chacun(e).

Comment la photo touristique a-t-elle évolué selon vous ?

Elle tend selon moi à dépasser les clichés habituels pour s'attaquer à présent à ce qui surprend. Les points de vue sont de plus en plus personnels. La liberté d'exprimer son propre point de vue est toujours plus complète. Toujours plus personnelle, aussi.

Quelles sont les difficultés principales de cette profession ?

Le plus difficile est de comprendre le point de vue des clients venus des quatre coins du monde. La notion de créativité est de ce point de vue toute relative. Et c'est encore plus renforcé auprès des nouvelles générations. L'évolution technologique a donné le sentiment de possibilités illimitées. Il faut donc s'adapter à ces nouveaux comportements.

Quelles sont à votre avis les qualités nécessaires?

L'ouverture d'esprit est évidemment indispensable : elle doit aller de pair avec une certaine extraversion ou sociabilité. Car à certains moments, il faut savoir s'imposer. La prise d'initiatives et l'affirmation sont aussi des qualités précieuses. Dans la plupart des cas, il faut savoir ce que l'on veut. C'est une condition essentielle pour affronter n'importe quelle situation.

Quels sont les principaux critères de recrutement dans ce domaine ?

Je crois qu'un employeur du domaine serait de toutes façons intéressé par trois critères incontournables : l'imagination, l'habileté à manipuler l'argentique comme le numérique ainsi que le dynamisme social. Pour la première qualité, on demandera souvent au jeune d'apporter des photos qu'il ou elle affectionne particulièrement, mais aussi des clichés sur ce qu'il ou elle n'aime pas. On apprend beaucoup en la matière sur la capacité d'expression. Pour les deux qualités suivantes, il s'agira de vérifier les compétences de base ainsi que la faculté à développer un point de vue personnel tout en développant les contacts et la communication ;

Quels conseils donneriez-vous à des jeunes intéressés ?

Il est primordial d'aimer son métier, quelles que soient les conditions de travail. Le plus important est de garder un regard neuf sur le monde, et de toujours s'intéresser aux nouveautés. De ce fait, il faut s'intéresser aux cultures locales si on photographie des lieux inconnus. Il faut tout simplement se sentir attiré par la nouveauté. Il convient aussi de jongler entre exigences artistiques et commerciales. La polyvalence est également un élément important car on doit s'adapter à des variations de rythmes selon les reportages. Enfin, en amont, on est aussi souvent conduit à effectuer des recherches afin de préparer au mieux son cadre de travail.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.