Jean-Pierre Deblander,
Electricien instrumentiste

Interview réalisée en juin 2009

Avec un effectif de quelque 500 personnes, l’entreprise Total Petrochemicals Feluy, située dans le zoning industriel de Feluy, est spécialisée dans les produits de la chimie de base ainsi que les polymères de grande consommation. Les industries de l’emballage, du bâtiment et de l’automobile figurent parmi ses principaux clients. Entretien avec Jean-Pierre Deblander, 41 ans, qui exerce la profession d’électricien-instrumentiste.

Quelle est votre formation, votre parcours professionnel ?

J’ai accompli des humanités techniques en électricité-électronique. Après avoir travaillé deux ans comme élève pilote à la Belgian Air Force, j’ai fait un graduat en automation-régulation à l’IRAM (Mons) car cette formation m’offrait un large spectre d’activités professionnelles et de connaissances. En août 1990, soit à peine deux mois après la fin de ce graduat, j’étais engagé par l’entreprise Total Petrochemicals à Feluy.

Comment pourrait-on décrire la profession d’électricien-instrumentiste ? Quelles sont ses particularités ?

La profession peut varier en fonction du domaine dans lequel on intervient. Il peut s’agir de maintenance des équipements, d’étude, de modifications ou de pose de diagnostic. Chaque activité a ses caractéristiques et ses propres priorités. Les pannes génèrent leur lot de situations stressantes. Cependant, il est important de travailler rapidement, d’aller à  l’essentiel sans pour autant vivre dans l’urgence. Pour chaque panne, il y a une réponse spécifique mais il n’y a pas de procédure-type. Il faut une bonne connaissance des installations, ce qui n’est pas évident vu l’étendue du site de Feluy. Mais on doit également être capable de transmettre les informations à ses collègues ainsi qu’aux autres services (production, mécanique) via des formations ou un reporting efficace. En fait, toute personne au contact de la machine est susceptible de fournir ou de recevoir des informations.

Quelles sont vos tâches principales ?

Elles peuvent être de plusieurs types. Pour la maintenance classique, j’effectue le dépannage d’éléments défectueux. Pour le développement et l’amélioration des équipements, je tente d’affaiblir la récurrence des pannes en visant la fiabilité. Cela nécessite un certain recul. Il y a un compromis à établir entre les contraintes techniques et le coût de la réparation. Lorsqu’il n’est plus possible de réparer la machine, je dialogue avec mes responsables et on lance la procédure de demande d’un devis en vue de la remplacer. Autre aspect de la profession : la collaboration avec les bureaux d’études. On utilise les compétences de chacun. L’électricien-instrumentiste est consulté car il connaît les installations machines. Il participe donc aux réunions et propose des solutions. Enfin, il y a la pose de diagnostic et l’assistance à la production, pour lesquels j’ai plutôt un rôle de formateur.

Quelles qualités faut-il pour exercer cette profession ?

Une grande autonomie tout en sachant travailler en équipe, une capacité de synthèse et d’analyse, un esprit logique et critique mais aussi un esprit d’équipe. Je citerais également la capacité d’innover, c’est essentiel lorsque des modifications doivent être apportées à une machine. A ce sujet, on a le souci chez Total de conserver le know-how de l’entreprise, c’est-à-dire sa valeur ajoutée apportée par une personne qui connaît relativement bien une installation. Il faut aussi savoir gérer son stress car on travaille assez souvent sur des installations qui tournent en permanence, qui ne peuvent être arrêtées. Des capacités de leadership sont utiles. En effet, l’électricien-instrumentiste peut être amené à gérer une équipe si les arrêts sont trop fréquents et que les réparations sont effectuées en sous-traitance. Grâce à ce travail, on est en contact avec de nombreuses disciplines et cela implique de se former en permanence car les technologies évoluent constamment. Des formations internes et externes existent. De manière générale, il faut aimer la technique, le travail sur le terrain et avoir la volonté de résoudre les problèmes en faisant preuve de proactivité.
En matière de savoir-faire, il y a la maîtrise technique mais aussi la connaissance de l’anglais. C’est nécessaire lorsqu’on est en contact avec des fournisseurs pour le démarrage de nouvelles installations ou de nouvelles unités. Les notices sont d’ailleurs libellées en anglais.

Présente-t-elle certains avantages ou inconvénients ? 

Il n’y a pas de routine. On a en permanence la possibilité de créer, d’innover et d’améliorer le fonctionnement des installations. C’est assez enrichissant. Chaque panne représente en fait un nouveau challenge. On est satisfait lorsqu’on parvient à la résoudre et on communique les connaissances nouvellement acquises aux collègues ainsi que lors des formations.
L’inconvénient, c’est le fait de devoir travailler dehors quelles que soient les conditions climatiques, des conditions qui peuvent aussi compliquer et allonger les réparations. De plus, on est sur un site SEVESO. Les consignes de sécurité sont strictes. Même s’il faut réparer l’installation au plus vite, il est primordial de prendre du recul avant d’intervenir et bien réfléchir aux actes que l’on pose. Notre objectif est d’arriver à un chiffre de « zéro accident ». Le port des équipements de sécurité est donc obligatoire : lunettes, casque, bottines de sécurité et vêtements anti-feu. Enfin, le principe des services de gardes est davantage un stress supplémentaire qu’un inconvénient. Deux électriciens-instrumentistes travaillent de 7h15 à 15h45. Ensuite, la garde est rappelable en cas de problème et il faut pouvoir être présent sur le site dans l’heure afin d’assurer la sécurité et la productivité (365 jours/an).

Qu’est-ce qui vous plaît le plus dans votre métier ?

Incontestablement, la capacité de mener à bien une réparation et la satisfaction du travail accompli en équipe. Mais la mise en route de nouvelles installations importantes est aussi très stimulante.

La profession d’électricien-instrumentiste a-t-elle évolué ces dernières années ? De quelle manière ?

Oui. En raison de l’étendue du site de Feluy et de la complexité des installations, il y a une concertation plus importante qui précède la pose d’un diagnostic. La collaboration avec les bureaux d’études est également plus intense qu’avant. Tout problème ponctuel est désormais discuté lors d’une réunion. Pour le reste, la profession évolue en même temps que les technologies. Il existe aujourd’hui des systèmes supervisés, des automates et des capteurs intelligents… et il faut se familiariser à ces nouveautés. Tout cela augmente les possibilités d’adaptation du système et la capacité à anticiper les pannes.

Quel conseil donneriez-vous à un jeune intéressé par ce métier ?

S’il se reconnaît dans les qualités que j’ai citées et s’il aime les challenges, ce métier est fait pour lui. Sa curiosité doit être diversifiée. Il faut aimer la technologie au sens large, sans se limiter à l’une ou l’autre technique.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.