Joseph Charlier,
Directeur d'infrastructure touristique

Interview réalisée en janvier 2009

La Wallonie compte quelques infrastructures touristiques d’envergure dont Durbuy Aventures. Niché au cœur des Ardennes belges, ce lieu de villégiature consacre le succès d’un tourisme nouveau où exploits sportifs et contacts intenses avec la nature sont étroitement associés.  

Pourriez-vous évoquer ce qu’est « Durbuy Aventures » ?

Nous sommes un « tour operator » qui propose un séjour, une journée ou un week-end tout compris : du logement (1200 lits ! dans un chalet, un tipi, sous tente ou à l’hôtel) au repas en passant par diverses activités sportives jusqu’à l’organisation de soirées dansantes indispensables pour dégager toute l’adrénaline accumulée au cours de la journée. Notre principe c’est la prise en charge complète du client dès son arrivée via ce que j’appelle un « package ». Nous travaillons avec des groupes, des familles, des entreprises ou dans le cadre d’activités scolaires. Outre notre activité de kayaks, notre terrain s’étend sur 15 hectares et comprend une piste de karts, une pêcherie, des falaises pour l’escalade et un tunnel de spéléologie : tous ces lieux ont été aménagés au fil des années par notre équipe. Nous sommes propriétaires aussi bien du logement, du transport que des lieux où se réalisent les diverses activités. « Durbuy Aventures » est le fruit de mon imagination et existe depuis 1994. Je suis avant tout un créatif. J’ai été très marqué par mon passage chez les scouts et les activités proposées ici sont assez proches de l’esprit de Baden-Powell : esprit de groupe, responsabilité, respect des règles, etc. En fait, j’ai mis en application tout ce que j’avais appris chez les scouts. Au départ, j’étais dans l’immobilier, notamment dans la location de gîtes. Et comme je proposais déjà des activités comme le « droppping » de nuit, l’escalade, etc., petit à petit, le concept de « Durbuy Aventures » s’est fait jour. En effet, je me suis vite rendu compte que les touristes de passage s’ennuyaient. Or, les gens veulent joindre l’utile à l’agréable mais sont également avides de sensations. Ils souhaitent également évacuer leur stress, se libérer et ce durant un laps de temps court. Les produits que nous proposons rencontrent ces préoccupations mais avec des niveaux différents selon les capacités physiques des participants.
C’est ce qu’on appelle le sport aventure, un produit touristique récent qui a le vent en poupe et que j’ai, en quelque sorte, professionnalisé. Le site a évolué et n’a cessé de se diversifier. Bientôt, nous allons aménager un nouveau parking asphalté et un parc d’attractions « indoor » type Walibi sur le thème de l’aventure.  Il sera juste de l’autre côté de la route. Le tout sera pris en charge par notre seule équipe.

Quel est votre parcours personnel ?

Personnellement j’ai fait des études d’hôtellerie avant de travailler comme employé dans un cabinet d’huissiers puis dans l’immobilier. C’est ainsi que j’ai pu acquérir jusqu’à neuf hôtels dans la région pour n’en garder que deux tout en lançant « Durbuy Aventures ». 

En termes d’emplois, que représente votre société ?

Notre équipe de base est constituée de cinquante-huit personnes. Elles travaillent toute l’année. Pour info, en basse-saison, le site de « Durbuy Aventures » n’est accessible que le week-end, à partir du vendredi mais nos bureaux restent ouverts notamment pour s’occuper de toute la partie administrative et des réservations. Celles-ci se font par téléphone ou par mails et sont prises en charge par un système informatique assez performant qui explique la présence constante d’un informaticien, responsable de l’ensemble des plannings. Et c’est évidemment en haute-saison que notre activité est la plus dense soit quatre mois à cheval sur l’été. Et là, nous arrivons à presque cent quarante-huit personnes dont des intérimaires, des saisonniers ou des étudiants venus s’ajouter au personnel de base en fonction des demandes.

Quelles sont les conditions pour monter ce type de produit touristique ?

De l’investissement sur fonds propres, injecté au fil des années. Je n’ai reçu aucune aide des autorités. « Durbuy Aventures » est un pur produit privé. Par ailleurs, et pour mener à bien le projet, j’ai dû demander le permis d’exploiter octroyé à la seule condition de travailler dans un espace situé dans la zone dite de loisir reconnue par le plan de secteur ce qui est le cas ici à Barvaux-sur-Ourthe. Ces zones sont très rares et donc très chères. Sinon, en échange de payements de cotisations à l’OPT (Office de Promotion du Tourisme), je reçois une publicité pour mes activités dans le cadre de brochures officielles. 

Comment recrutez-vous votre personnel ?

Ce qui compte, à mes yeux, c’est la passion. Je n’engage que des passionnés. Le diplôme ne compte pas. Ici, nous recrutons des animateurs sportifs comme des cuisiniers, des webmasters, des femmes de ménage, des menuisiers ou des mécaniciens : tous les métiers, ou presque, sont représentés et sont nécessaires pour faire tourner la machine. Et s’il existe des formations spécifiques en matière de tourisme, elles ne sont pas fondamentales pour moi. Rien ne sert d’avoir un diplôme, par exemple en tourisme, si on n’accepte pas de travailler le week-end. Il faut être disponible et savoir que travailler sur un site touristique c’est travailler quand les autres ont congé. Depuis trois ou quatre ans, et j’ignore à quoi cela tient, je rencontre énormément de difficultés à trouver du personnel. J’ai l’impression qu’on ne veut plus travailler le week-end ou en soirée et cela me désole. Il y a de l’emploi dans le tourisme, c’est sûr. Cela demande des sacrifices, c’est vrai. Par contre, comme compensation, notre bonheur c’est de fonctionner avec une clientèle qui est là pour s’amuser, se détendre, se relaxer, décompresser… Enfin, comme on peut s’en douter, ici, les connaissances linguistiques ont la cote. Chez nous, c’est le néerlandais qui s’impose car près de 70% de notre clientèle vient des Pays-Bas. Par ailleurs, comme nous proposons toute une série d’activités sportives comme l’escalade, le parcours spéléo etc., les animateurs doivent être titulaires d’un brevet « Alpisecours » délivré par la Communauté française que l’on obtient après une formation d’un mois et réussite de tests divers à Marche-les-Dames. Mais pour le reste, c’est une fois en activité que je vois ceux qui ont la passion du métier et ce sont eux que je garde en priorité.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.