Juriste au ministère de la justice

Interview d'une juriste qui travaille au ministère de la justice et sa principale fonction est l'élaboration des lois.    

Peu de licenciés en droit envisagent leurs études dans la perspective d'exercer juriste dans une administration. Quelle fut votre motivation ?

Effectivement, une carrière de juriste dans une administration motive peu les étudiants parce qu'ils ignorent trop souvent en quoi consistera leur travail et ils imaginent mal les différents fonctions possibles au sein des différents administrations. L'image générale de la fonction publique est plutôt grise, mais il y a pour les juristes des possibilités de carrière réellement intéressantes et dynamiques à l'Etat. A l'issue de mes études, j'ai eu l'opportunité d'effectuer un stage ONEm au ministère de la justice et ce travail m'a plu. J'ai donc passé les examens du secrétariat permanent de Recrutement afin de poursuivre ma carrière au sein du ministère.

L'Etat constitue-t-il une réserve d'emplois importante pour les juristes ?

Il y a effectivement des juristes engagés dans les ministères, mais ils ne sont pas spécialement favorisés dans la mesure où l'Etat organise des examens accessible à tout diplômé universitaires. Il y a cependant des examens qui requièrent spécifiquement un diplôme de licencié en droit. Pour l'instant, l'engagement de nouveaux effectifs est néanmoins relativement bloqué.

En quoi consiste l'examen ?

L'examen consiste en un questionnaire à choix multiple qui teste surtout les capacités de réflexion. Il est cependant, à mon sens, une part non négligeable de hasard, car de nombreux agents contractuels très valables ne réussissent jamais l'examen. Cela ne veut pas dire qu'il serait préférable de supprimer les examens car ils constituent une garantie de la qualité de l'administration.

Des pistons peuvent-ils intervenir dans la carrière des fonctionnaires ?

Au départ, il faut réussir l'examen qui est basé sur des critères objectifs. Pour grimper les échelons de la hiérarchie, il s'avère extrêmement difficile de bénéficier d'une promotion sans appui politique. Les appuis politiques se révèlent décisifs pour accéder à des postes hiérarchiquement supérieurs.

Comment se présente la hiérarchie au sein de l'administration ?

En début de carrière, quand on a réussi l'examen, on a le grade de secrétaire de l'administration. Après trois ans d'ancienneté, on peut être nommé conseiller-adjoint, après neuf ans conseiller. Les grades hiérarchiquement supérieurs sont ceux de premier conseiller, directeur d'administration, directeur général et secrétaire général.

Quand le candidat a réussi l'examen, connaît-il au départ le Ministère dans lequel il sera affecté ?

Non, en fonction de leur classement, les candidats les mieux classés bénéficieront d'une priorité de choix. Je recommande vivement aux candidats de se rendre dans le service de l'administration auquel ils seront susceptibles d'être affectés afin de vérifier si le travail peut correspondre à leurs aspirations, car une fois dans une administration il sera très difficile d'obtenir une mutation. Cette situation est bien sûr susceptible d'engendrer des drames si l'emploi ne correspond pas aux attentes du candidat.

Quelles sont les fonctions des juristes au sein des administrations ?

Le pouvoir exécutif est chargé de veiller à l'application des lois. Par exemple, au Ministère des finances, les juristes veillent à l'application des législation fiscales ;au Ministère de l'emploi et du travail, ils s'occupent notamment de l'inspection des lois sociales,... Le travail de juriste dans chaque ministère comporte des tâches administratives telles que l'exécution des dossiers en matières contentieux. Si on aime le travail juridique, on risque d'être frustré par ce travail administratif. Il s'agit parfois de dossiers répétitifs où la marge d'appréciation est relativement limitée. Il y a également au sein de chaque ministère des services qui sont chargés de l'élaboration des textes de lois. Le service où je suis engagée a comme vocation d'élaborer des projets de lois et des projets de réglementation. C'est une fonction très variée qui comporte tout un travail de conception personnelle sur base de propositions qui émanent soit des parlementaires, soit des ministres ou encore de l'administration. Il s'agit d'un travail purement juridique qui me satisfait pleinement. C'est passionnant d'être associé à ce processus depuis la conception d'un texte de lois jusqu'à son adoption par le parlement.

Le délai de préparation des lois peut-il être très long ?

Tout à fait. Certains projets de lois mettent une dizaine d'années avant d'être votés par le parlement. Il y a des projets davantage politiques qui tombent aux oubliettes pour toujours. C'est un côté frustrant de notre travail, nous travaillons parfois sur des projets qui n'aboutissent jamais.

N'y aurait-il pas moyen de concevoir les lois de manières plus globale ?

C'est un rêve que beaucoup portent, mais les grands projets de loi ou de réforme ne passent pas. Ce sont les petites lois qui votées par le parlement Les grands projets de réforme sont régulièrement voués à l'échec. Il vaut mieux une lois qui ne soit pas parfaite, mais qui existe néanmoins.

Quels sont les avantages et les désavantages de votre profession ?

Ils sont liés aux avantages et désavantages de la fonction publique en général. C'est sûr qu'il existe au sein de la fonction publique des avantages tels que la sécurité de l'emploi, une certaine liberté pour planifier sa carrière notamment par le biais des pauses-carrières,... Mais par ailleurs, les salaires ne sont spécialement élevés. Une autre frustration dans la fonction publique, c'est une trop grande rigidité. L personnel n'est pas toujours affecté dans les services qui nécessiteraient davantage de ressources humaines. Il y a des services pléthoriques mais en revanche, d'autres manquent de personnel et la qualité de travail s'effectue parfois au détriment de la qualité.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.