Laetitia Klado, Hypnothérapeute

Interview réalisée en mai 2013

Comment s’est construit votre parcours?

Cela a été assez long. En fait, l’hypnose a été un peu un accident. J’y ai goûté une fois moi-même par hasard en tant que patiente. J’ai trouvé que c’était super intéressant, mais cela ne s’est pas très bien passé. J’ai donc réfléchi aux raisons. Je me suis dit qu’il faudrait prendre en compte certaines choses. Un peu plus le vécu du patient, un peu plus son ressenti dans son corps aussi. Et à partir de ce moment-là, je me suis lancé le défi. Je me suis dit que j’allais essayer de le faire aussi moi-même, que j’allais apprendre la technique. Ce que j’ai fait. Je me suis lancée dans une formation. Et j’y ai pris goût. Je suis tombée dans mon propre piège : j’y ai pris goût ! Je suis repassée aussi de l’autre côté et cette fois-ci cela s’est bien mieux passé. Ma propre expérience d’abord en tant que patiente m’a permis de comprendre tous les pièges dans lesquels il ne fallait pas tomber. Et à quel point il était vraiment important, même et surtout en hypnose, de bien prendre en charge l’histoire du patient, ses démons. Parce qu’en hypnose, comme l’imaginaire joue, il y a beaucoup de démons qui peuvent venir un peu déranger. Donc ça a été par le biais d’une propre expérience qui ne s’est pas forcément bien passée mais qui m’a semblée intéressante que je suis partie vers l’hypnose. Et que je suis restée dedans !
 

Quelle(s) formation(s) avez-vous suivies pour devenir hypnothérapeute?

Pour l’hypnothérapie, en Belgique, j’ai connaissance de deux formations.
 
Une formation plus médicale et très complète qui est la formation de l’Institut de Nouvelle Hypnose qui est dirigé par le Docteur Eric Mairlot. C’est une très bonne école. Le cursus se déroule plutôt en séminaires, en week-end ou en journée, une fois par mois. On apprend et on pratique en groupe. Il y a beaucoup de pratique. C’est vraiment très intéressant.
 
Et puis il y a des formations où vous avez plusieurs fois une semaine sur l’année ou sur deux ans. Cela s’appelle Hypnovision. C’est une formation reconnue par la National Guild of Hypnotists qui est la guilde nationale des hypnothérapeutes aux Etats-Unis qui regroupe, je crois, presque 20000 thérapeutes. C’est aussi une formation intéressante. C’est un peu une autre perspective. 
 
Institut de Nouvelle Hypnose, c’est assez médicalisé, mais vraiment lié aux problèmes sexuels, au tabagisme, etc. Hypnovision serait plutôt centré, outre ces questions-là également, sur des choses un peu plus… Peut-on appeler ça « ésotériques », je n’aime pas trop le mot. En tous cas,  avec d’autres ouvertures encore. Là il faut parfois faire un peu attention. Parce qu’Hypnovision est une formation ouverte à tous. Je trouve que ce sont des formations qui ne devraient être accessibles qu’aux gens qui sont dans le métier de la psychologie ou qui sont soignants ou quelque chose comme ça. C’est le seul bémol : il faut faire attention à qui on a en face de soi en tant qu’hypnothérapeute. Il faut que la personne ait autre chose qu’un cursus d’hypnothérapeute. Ce n’est pas suffisant. Il faut vraiment que la personne soit également un psychologue, un psychanalyste, un psy de n’importe quelle obédience, mais pas juste hypnothérapeute. Parce que ce sont souvent des gens qui se pensent très empathiques et qui le sont souvent, mais qui peuvent ne pas savoir identifier certaines choses chez leurs patients et parfois faire plus de mal que de bien. Donc là-dessus il y a une méfiance.
 

En quoi consiste votre travail au quotidien ?

J’ai une spécialité très spécifique qui est la douleur. Mon travail au quotidien, c’est d’aider les gens qui sont dans la douleur, qui n’arrivent plus à être aidés suffisamment par les médicaments, pour quelle que raison que ce soit. Cela peut être parce que la douleur physique est vraiment trop forte. Cela peut être parce qu’il y a aussi une souffrance morale importante qui y est associée. Cela peut être des douleurs de différents types : de la fibromyalgie, dont on parle énormément, en passant par des douleurs cancéreuses, par des gens qui ont des problèmes d’arthrose, des choses comme cela, à un point tellement intense que la médication pure ne suffit plus et qu’il faut un coup de pouce aussi au niveau psychologique. Parce que quand on a mal, on est angoissé, quand on est angoissé, on est stressé et quand on est stressé, on a encore plus mal. Donc il faut arriver à casser la boucle. L’hypnose fonctionne très bien dans ce genre de cas parce qu’on travaille sur l’inconscient. Souvent, les douleurs accrues sont de mauvaises informations enregistrées. On peut améliorer la qualité de ces informations par le biais de l’hypnose et trouver aussi des ressources un peu plus importantes à l’intérieur de soi pour être acteur dans son traitement et ne pas juste subir. Que ce soit subir la maladie, subir la douleur ou subir la médication qui peut avoir beaucoup d’effets secondaires quand il y a des fortes doses. Donc mon travail au quotidien, c’est de gérer la douleur de mes patients, dans un premier temps, et puis, très rapidement, de leur apprendre eux-mêmes à la gérer pour ne surtout pas être dépendants de moi. Ils sont déjà suffisamment dépendants de plein de choses. Le but du jeu est d’arriver à leur faire comprendre comment cela fonctionne, reprendre confiance en eux et se rendre compte qu’ils sont capables de jouer un rôle dans l’amélioration de leur état. Comme ils peuvent l’aggraver de par l’intensité de leur stress et de leur anxiété, ils peuvent l’améliorer aussi par l’amélioration de leur mental. Avec l’hypnose, c’est quelque chose qui fonctionne bien parce que c’est un peu plus rapide. Cela ne dispense pas d’un travail psychothérapeutique. Très souvent, derrière une douleur physique importante, il y a une souffrance morale qui est très importante aussi et il y a souvent beaucoup de choses à creuser.
 

Pourquoi les gens s’adressent-ils à vous en tant qu’hypnothérapeute?

Principalement, dans mon cadre, pour la douleur. 
 
Mais certaines choses sont très à la mode. Le tabac par exemple. Surtout par périodes: la nouvelle année (les bonnes résolutions), la rentrée scolaire (décider, après les vacances, de bien recommencer l’année), etc. Ponctuellement, au cours de l’année, on a aussi des demandes. C’est parfois par décision personnelle, mais surtout des gens qui ont attrapé l’une ou l’autre chose qui les effraie et qui décident, à partir ce moment-là, d’essayer au moins d’arrêter de fumer. Donc, c’est une demande qu’on a régulièrement.
 
Une autre demande que j’ai régulièrement, c’est le travail sur la nourriture. L’hypnothérapie peut  être un bon support dans tout ce qui est boulimie-anorexie. Mais c’est un support. Il ne faut pas avoir que cela comme thérapie. Une autre tendance à la mode, c’est la perte de poids. Mais quelqu’un qui est un peu en surpoids et qui pense qu’avec l’hypnose il ne faudra pas faire d’efforts... Comme pour le tabac, l’hypnose n’est pas une baguette magique. C’est un outil. Et de toutes façons, c’est la volonté propre qui va primer. Quelqu’un qui ne veut pas arrêter de fumer n’arrêtera pas de fumer parce qu’il fait de l’hypnose. C’est la même chose pour quelqu’un qui dévore toute la journée de la nourriture. Ce n’est pas parce qu’on lui fait un travail sur le fait de moins dévorer ou dévorer autrement qu’il va arrêter de dévorer s’il ne le veut pas. La volonté est vraiment fondamentale. La première donnée c’est qu’il faut avoir envie. Il faut le vouloir du fond de ses tripes. Après, on peut donner des outils. On peut donner des béquilles comme je les appelle.
 
Une troisième chose pour laquelle je travaille beaucoup, qui relève aussi de la douleur à mon sens, ce sont les acouphènes. C’est vraiment ma spécialité.
 

Est-ce facile de se faire une patientèle ?

C’est une question un peu piège… C’est facile si on a trouvé un créneau. Si on a « analysé le marché » et vu où il y a un manque. Par exemple, dans la douleur, par rapport à la prise en charge au niveau psychologique, il y a réellement un manque.
 
Ce qui est intéressant aussi, c’est d’avoir des relations. Il faut développer non seulement la niche, mais aussi les relations. Ce qui est important dans ce genre de domaine-là, c’est de travailler et d’assurer son sérieux avec des médecins, que ce soient des généralistes ou des spécialistes. Trouver le secteur dans lequel on a envie de travailler, se faire connaître par des médecins et puis leur montrer aussi un peu les résultats qu’on a, la manière dont on travaille, montrer aussi qu’on est quelqu’un de sérieux. Parce que ce sont ces personnes-là qui envoient des patients. Si on attend que le patient vienne sonner à la porte, cela ne marche pas. C’est une évidence. Il y aura quelques patients de temps en temps, des voisins, des copains, etc., mais cela ne marchera pas. Cela va marcher à partir du moment où on sait exactement ce qu’on veut faire, où on trouve la niche dans laquelle on a vraiment envie d’aller. En sachant que c’est important de vraiment bien y réfléchir parce qu’on va passer la journée là-dedans. C’est une évidence. Ne pas travailler avec des ados si on déteste les ados par exemple. Ne pas travailler avec la douleur si soi-même on a vraiment une difficulté par rapport à la douleur et qu’on ne sait pas le gérer. 
 
Donc oui, cela peut être facile de se faire une patientèle pour autant qu’on ait fondé de très bonnes bases que sont la niche et le fournisseur de patients. C’est vraiment important. Mais si on ne fait rien, si on fait juste la formation et puis qu’on pose sa plaque et qu’on attend : non, ce n’est pas facile de se faire une patientèle et il est même possible que cela ne marche pas du tout.
 

Quelle sont les qualités souhaitées pour être à l’aise dans ce métier ?

La première qualité c’est qu’il faut savoir bien écouter et bien entendre ce qui est dit en face de nous. Parce qu’à la première séance d’hypnose, il n’y a jamais d’hypnose. On fait des tests. On écoute surtout l’histoire du patient. On regarde un peu ce qu’il se passe. Et puis on prépare son « traitement » de quelques séances, un peu « en fonction de », sachant que cela évolue de toute façon après au fur et à mesure de chaque séance. 
 
Il faut une acuité. Il faut arriver à percevoir les petits trucs, les petits dénominateurs. 
 
Il faut aussi bien cadrer son patient par rapport à son histoire, par rapport à ses démons. C’est très important.
 
Et une chose très importante, c’est la qualité de la voix. En hypnose, c’est fondamental. Si vous n’avez pas une bonne voix, si vous avez une voix aigüe, si vous parlez trop vite… L’hypnose, en fait, c’est un jeu. C’est du théâtre. On se met en scène. Il faut donc aimer cela aussi, se mettre en scène. Parce que pendant les séances d’hypnose, c’est le thérapeute qui est « sur le devant de la scène ». Le patient reçoit, écoute, comme un spectateur. Même si après cela va travailler sur son inconscient à lui, en attendant c’est vraiment la qualité de la voix qui va jouer. C’est très important. 
 
Et fondamentalement, choisir une bonne formation. Ne pas s’improviser hypnothérapeute. Ne pas s’improviser psy non plus. Vraiment faire les études qu’il faut par rapport à cela.
 
Il faut beaucoup d’humilité aussi. Parce qu’en hypnose, des choses vont très bien fonctionner, et d’autres ne vont pas du tout fonctionner. Parce qu’on ne sait jamais les barrières que va mettre l’inconscient en face de nous. Et en hypnose, les gens attendent des résultats très rapides. Il faut savoir aussi que parfois, vous allez vous retrouver face à des gens qui, malgré tous vos efforts et malgré les leurs, vont refuser inconsciemment tout en bloc et ne vont pas vouloir avancer. Là on en revient, par exemple, à tout ce qui concerne le poids ou la cigarette. Souvent, un patient sur deux c’est quand même un échec. Même s’il y a amélioration, c’est quand même souvent un échec. Là, il est très important d’apprendre à ne pas se sentir coupable et responsable. Ce n’est pas forcément vous qui avez mal fait votre boulot. Il y a aussi tout simplement la personne qui est en face et qui, peut-être, ne veut pas vraiment. Beaucoup de gens ont envie, par exemple, d’arrêter de fumer mais ils n’y arrivent pas. Parce que, finalement, peut-être qu’au fond d’eux ils ne le veulent pas vraiment. Ils ne sont pas encore prêts. Il y a un temps pour tout. Et il y a des gens qui ne sont jamais prêts. Certains patients, même gravement touchés par la maladie, préfèrent la possibilité de conséquences graves mais qui n’arriveront peut-être pas plutôt que de se dire qu’ils doivent arrêter de fumer. Alors ce sur quoi on peut travailler, c’est d’accepter de se voir comme fumeur, de continuer en tant que fumeur et qu’un jour cela pourrait avoir des conséquences très importantes pour eux. Chacun son choix. Et il faut l’accepter. Et cela ce n’est pas facile. Mais on n’a pas le droit de juger de ce qui est bon pour l’autre ou pas. On n’en sait rien. C’est sa vie et pas la nôtre. Et cela aussi c’est une qualité qui est importante. Mais c’est plutôt quelque chose qui s’apprend et qui s’acquiert au fur et à mesure de la pratique. Au début, bien sûr, on se dit que c’est mieux de ne pas fumer. Et on se battra dans ce sens-là. Et puis après, on se rendra compte qu’il ne faut pas « lutter contre » parfois. Il faut « se battre avec ». C’est différent.
 

Qu’est-ce qui est le plus difficile dans le métier d’hypnothérapeute?

Le plus difficile, je dirais que ce sont quand même certains échecs. La situation de certains patients, par exemple dans la douleur, s’améliore souvent très fort. Et puis un jour, pour une raison X ou Y, ou parce qu’il y a eu la vie qui continue avec des choses difficiles qui peuvent arriver et que, du coup, on a moins de ressources pour lutter contre ces douleurs, on revient à des niveaux similaires au début, voire parfois même pires. Ou parfois, on en arrive à la disparition du patient. Il y a des patients dont l’état s’améliore énormément grâce à l’amélioration de leur mental et de leur moral de par l’hypnose et de par leur travail personnel. Mais à un moment, la maladie prend le dessus quand même. Il s’agit parfois de se dire qu’il a peut-être eu plus de temps et une meilleure qualité de vie grâce au travail qui a été fait. Mais qu’on n’est pas des dieux et que des patients vont mourir, des patients vont faire des rechutes, des patients ne vont pas nous accepter ou accepter nos méthodes, des patients vont nous rejeter. C’est parfois vraiment difficile. Et cela aussi c’est de l’apprentissage avec le temps. Il n’y a pas de secret, il n’y a pas de miracle. Par contre là, chose très importante, bien se faire superviser par quelqu’un qui a déjà de l’expérience depuis de nombreuses années pour pouvoir un peu poser et se rendre compte qu’on n’est pas responsable de tout et qu’un échec ou un retour à l’origine pour un patient, ce n’est pas une faute. C’est la faute de personne. Ce qui est important, c’est de voir à quel point on a quand même pu améliorer la situation, la qualité de la vie pendant tout un temps. Et c’est déjà cela de gagné. Cela a été une grosse accalmie dans la vie du patient en général. Après, à voir… Ce sont des périodes qui sont parfois un peu dures.
 

Quels sont les avantages et points positifs du métier ?

Tous les matins, on a envie de se lever parce qu’on va faire quelque chose de bien. Ce qui est agréable, le soir, c’est de faire un mini-bilan. Et se dire « J’ai fait ça… et ça… et ça… » et il y a peut-être ne fusse qu’une personne qui s’est sentie un peu mieux ou un peu apaisée grâce au travail qu’on a pu faire ensemble. Et rien que cela, franchement, cela fait vraiment du bien ! A partir du moment où on aime bien son métier, c’est parti. Bien sûr, il y a toujours des moments qui sont plus difficiles. Il y a des patients qui sont plus difficiles. Mais on va se rendre compte aussi progressivement que, ces patients avec qui on travaille, ce sont souvent des gens avec qui il y a quand même une accointance, il y a quelque chose qui passe. Quand cela ne passe pas, c’est mieux d’orienter la personne vers quelqu’un d’autre. Comme ça c’est plus facile pour lui, c’est plus facile pour nous aussi. Mais il faut savoir reconnaître cela. Ce qui n’est pas toujours facile d’ailleurs. Mais rien que pouvoir se dire, à la fin de la journée, « J’ai contribué, construit quelque chose », cette petite marque qu’on laisse en fin de compte, c’est bien. Même si la marque est très éphémère. Mais c’est bien. Et ça, ça fait du bien. Je me dis que temps que je pourrai faire ce bilan à la fin de la journée, je continuerai à faire ce métier.
 

Quel(s) conseil(s) donneriez-vous à un(e) jeune qui voudrait devenir hypnothérapeute?

D’abord, faire soi-même un traitement en hypnose. Trouver l’un ou l’autre souci, problème, sans que ce soit forcément majeur. Mais d’abord le tester soi-même dans son esprit et dans sa chair. Voir si ça lui parle vraiment. Pour pouvoir le ressentir. C’est comme un psychanalyste qui doit faire une analyse avant d’exercer, c’est normal. Dans n’importe quelle pratique, c’est intéressant d’avoir vécu cela soi-même pour pouvoir après le faire bien. Je crois que c’est vraiment important. Première chose à faire, soyez vous-même patient pour pouvoir être un meilleur thérapeute ensuite. C’est fondamental je pense. 
 
Et puis bien choisir le secteur dans lequel on a envie de travailler. Parce que ce travail, très honnêtement, si on ne l’aime pas et si on y va avec des pieds de plombs, c’est l’enfer. Parce qu’on se ramasse quand même la vie des gens sur le dos toute la journée. Cela peut être très lourd et très difficile. Donc il faut vraiment bien choisir son créneau et se dire que c’est vraiment cela qu’on a envie de faire toute sa vie. Parce que c’est un peu comme de la médecine ou comme tous types de thérapies finalement, ce n’est pas juste un métier. C’est un sacerdoce en fait. On y consacre sa vie. C’est quelque chose qui est vraiment important. Donc, soyez sûrs de votre coup et vivez-le d’abord dans votre chair et dans votre corps pour être sûrs que c’est vraiment cela que vous avez envie de faire.
 
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