Madame Bozet, Logopède

Interview réalisée en janvier 2005

Quel est votre parcours professionnel ?

J'ai un parcours un peu particulier. J'ai d'abord fait une licence en psychologie. Après avoir travaillé un moment dans ce domaine j'ai, pour des raisons familiales, arrêté mon activité. Ensuite, j'ai voulu recommencer. Je cherchais un travail qui me permettrait d'avoir un contact avec le patient un peu comme un psychologue mais je désirais aussi un certain degré de certitude et d'efficacité supplémentaire et j'ai opté pour une licence en logopédie.
Et cela fait aujourd'hui 15 ans que je travaille comme logopède indépendant.

Quelles sont les missions d'un logopède ?

Un logopède s'occupe de retard de langage oral ou écrit, de dyslexie, de dysorthographie, de dyscalculie mais aussi de rééducation en relation avec l'orthodontie, des troubles du bégaiement, des troubles de la voix, tout le groupe des aphasies y compris les troubles du langage et de la mémoire consécutifs à des dégénérescences, chez les personnes âgées par exemple...

Où travaille un(e) logopède ?

Il peut travailler dans des centres spécialisés pour certains types de handicaps comme, par exemple, l'autisme. Ou bien dans des centres pluridisciplinaires, dans des hôpitaux, dans les écoles, à domicile ou encore en cabinet.

Vous travaillez toujours à partir d'un bilan ou d'une prescription de médecin ?

La prescription médicale est nécessaire pour l'obtention du remboursement de la mutuelle. La plupart des interventions des logopèdes sont effectivement soumises à une prescription médicale. Le bilan est indispensable pour préciser les troubles et établir les objectifs de la rééducation ainsi que les moyens d'y arriver.

Concrètement, comment travaillez-vous ?

Ici, en cabinet, nous travaillons sur rendez-vous. La majorité de notre clientèle est composée d'enfants ce qui signifie que la plupart de nos prestations ont lieu l'après-midi et en fin de journée. Nous travaillons souvent jusque 19 ou 20 heures. Ces horaires sont assez difficilement compatibles avec une vie de famille si l'on a des enfants. Une de mes collègues, une fois devenue maman, s'est demandée s'il ne serait pas opportun de devenir salariée parce que les horaires des logopèdes indépendants sont contraignants.

Qui compose votre clientèle ?

Les enfants majoritairement mais notre formation nous permet d'aborder tous les cas. Généralement chacun d'entre nous se spécialise pour l'un ou l'autre aspect de notre profession. Nous pouvons donc aussi recevoir des adolescents, des adultes et des seniors.

Y a-t-il une formation continue en logopédie ?

Il n'y a aucune obligation mais c'est souhaitable. Le bémol est que les formations sont souvent chères.
On peut aussi s'informer par des livres, par Internet, par des revues spécialisées,...

Par rapport à la formation, la trouvez-vous en adéquation avec votre métier ?

Grosso modo, oui. Je ne peux parler que de la licence mais la plupart des logopèdes sont bacheliers.
Généralement, on différencie les deux formations par l'aspect pratique (stages) mais je pense que cet aspect est très rapidement dépassé dès que l'on est plongé dans le travail. Le plus important me semble de poser le bon diagnostic et de juger des meilleurs moyens pour bien travailler.

Quelles sont les qualités nécessaires pour bien exercer votre métier ?

Il faut une certaine patience, avoir un bon contact avec les enfants mais aussi avec les parents. Une bonne dose d'imagination et de créativité sont également les bienvenues de façon à toujours maintenir la motivation chez l'enfant.

Est-ce un secteur porteur d'emplois ?

Je me demande s'il n'y a pas pléthore de logopèdes, surtout dans les grandes villes. Il y a plus de demandes à la campagne.

Quel est l'ordre de prix pour installer un cabinet de logopède ?

Tout dépend de l'endroit où l'on s'installe. Dans les grandes villes les loyers sont très chers, mais on peut meubler un local de façon très sommaire. Ensuite, il faut un matériel de base comme des livres, des jeux, un miroir,... Les tests sont onéreux sinon, par rapport à d'autres professions, les frais d'installation ne sont pas excessifs.

Comment expliquez-vous que la grande majorité des logopèdes soient des femmes ?

A l'instar des instituteurs, travailler avec les enfants induit le fait que ce métier est majoritairement choisi par des femmes. C'est vrai que les hommes sont rares et pourtant recherchés...

Quels conseils donneriez-vous à un jeune qui souhaite devenir logopède ?

De bien s'informer sur les études et sur le métier, de voir si son idéal de vie est en adéquation avec le métier, avec les horaires particuliers que nous avons.

Le métier a-t-il évolué des 10 dernières années ? De quelle façon ?

Il y a une certaine revalorisation des honoraires par l'INAMI. C'est un aspect positif car il y a une dizaine d'années, alors que les montants n'étaient pas très élevés, on allait vers une régression. Des négociations ont amené, il y a environ 2 ans, une nouvelle nomenclature satisfaisante.
Du point de vue des connaissances, il y a une grande évolution particulièrement depuis l'essor de la neuropsychologie.

Quels sont les avantages et les inconvénients de votre profession ?

En tant qu'indépendant, l'inconvénient majeur réside dans les horaires : prester des heures en fin de journée mais aussi le fait qu'il n'est pas évident de gagner énormément d'argent.
Par contre, le gros avantage de l'indépendant est qu'il organise seul son travail et ne doit obéir à personne!
Et puis le plus bel avantage de la profession est la satisfaction personnelle de pouvoir aider des gens, c'est très gratifiant. Les enfants nous envoient parfois une petite carte, des dessins... c'est énorme comme satisfaction.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.