Michel Willems,
Statisticien - Démographe

Interview réalisée en janvier 2009

Après des expériences en tant que démographe au Congo et au Service Public Fédéral (SPF) Justice, Michel Willems est maintenant statisticien-démographe à la Direction Générale Statistique et Information Economique du SPF Economie.

Pouvez-vous nous décrire brièvement votre parcours scolaire et professionnel ?

J'ai fait des études de sociologie et d’urbanisme à l’ULB de 1972 à 1979 puis j'ai travaillé comme chercheur à l’Institut de sociologie (ULB) de 1979 à 1985 avant de devenir chef de travaux en démographie et statistique à l’Université de Kisangani (Congo) de 1986 à 1990. Ensuite, j'ai effectué un Diplôme d'Etudes Approfondies en démographie (UCL) de 1990 à 1993. Ma carrière s'est orientée vers l'enseignement à l'UCL de 1993 à 1996 et comme chercheur-enseignant à l’Université de Ouagadougou au Burkina Faso de 1996 à 2002. Par la suite, j'ai été statisticien au Service de la politique criminelle (SPF Justice) de 2003 à 2006. Maintenant, je suis statisticien-démographe (fonctionnaire nommé) à la Direction thématique Société de la DG SIE (Statistique et Information Economique) depuis février 2007.

Pourquoi avez-vous décidé de vous orienter dans la démographie ?

L’opportunité d’assumer des tâches d’enseignement à l’Université de Kisangani m’a orienté vers la démographie et la statistique (matières que j’appréciais lors de mes études). De retour du Congo, où j’avais donné le cours de démographie générale durant 4 ans, j’ai voulu poursuivre et approfondir.

Existe-t-il beaucoup de démographes au sein du SPF Economie et plus particulièrement de la Division Statistique ?

Nous sommes à présent 4 démographes à la Direction thématique Société de la DG SIE. Mais cela est très récent et pendant de nombreuses années, il n’y avait qu’une seule démographe pour toute la Direction.

Pouvez-vous nous expliquer votre métier de démographe auprès du SPF Economie ?

J’élabore les statistiques nationales de naissances, de mariages, de divorces et de mortalité foeto-infantile au départ des bulletins d’état civil. Je reçois les bases de données informatiques constituées à partir de la saisie des bulletins, effectuée soit par les Communautés (naissances, décès), soit par les centres régionaux de collecte de la DG SIE (mariages, divorces) et je les analyse en profondeur (rechercher les informations manquantes, corriger les erreurs et incohérences…) pour produire la statistique fédérale qui est publiée sur le site de la DG SIE.

Pouvez-vous nous donner des exemples concrets de travaux que vous avez dû effectuer ?

La nouvelle statistique de naissances et de fécondité qui est partiellement disponible sur le site est le résultat de mes travaux, de même que les statistiques de mariages et de divorces depuis 2005.

Pouvez-vous expliquer les tâches que font les autres démographes auprès du SPF Economie ?

Un autre démographe s’occupe des statistiques de population qui sont produites à partir de la base de données du Registre national, particulièrement des migrations. Une autre démographe s’occupe de produire au niveau fédéral la statistique des causes de décès, à partir des bulletins d’état civil.

Quels outils utilisez-vous dans l'exercice de votre métier ?

Pour l’analyse des bases de données, j’utilise principalement SPSS, un logiciel spécialisé dans l'analyse statistique. Mais, toutes ces tâches effectuées aujourd’hui en SPSS devraient prochainement être transférées en SAS, un autre logiciel, qui est déjà un outil de travail pour l’instant. Pour la production et la publication des tableaux, j’utilise essentiellement Excel. Et Word, pour les rapports.

Qu'est-ce qui vous plaît dans votre profession ?

Le caractère déductif de la discipline m’intéresse beaucoup. Pas de spéculation nécessaire (ou très peu), rien que des faits. De plus, ces faits ont trait à des aspects essentiels de la vie en communauté et les statistiques que l’on peut en extraire parlent à tout le monde et ont une grande signification sociale et économique. Derrière les chiffres, des phénomènes sociaux fondamentaux qui sont aisés à appréhender.

Quels sont les aspects plus négatifs de votre profession ?

Les délais pour obtenir nos données de base et les difficultés à trouver du temps disponible pour l’analyse des statistiques produites.

Pouvez-vous nous décrire une journée type ?

Dès le matin, poursuivre le nettoyage de la base de données de l’année en cours (les naissances 2002 par exemple), répondre au courrier et préparer les réponses aux questions statistiques, lancer la validation de la nouvelle base de données qui est arrivée (mariages et divorces 2009 par exemple) et s'il reste du temps, préparer les tableaux à mettre sur le site pour la statistique de mortalité foeto-infantile qui vient d’être validée. Parfois, un petit questionnaire saugrenu vient espacer tout cela.

Quels conseils donneriez-vous à un jeune intéressé par le métier de démographe ?

Bien développer sa formation en statistiques et en logique. Se rapprocher le plus vite possible d’un producteur de données (état civil ou bureau de population) ou d’une institution internationale. La recherche en démographie dans un centre universitaire est souvent passionnante, mais n’offre pas beaucoup de garanties de carrière. La démographie des pays en développement est pleine d’enrichissements, qui permettent de relativiser la situation nationale, sur tous les plans. Donc, ne pas hésiter à s’expatrier !
 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.