Monique Delincé,
Peintre et animatrice en arts plastiques au CEC Terre Franche

Interview réalisée en juin 2013

Pourriez-vous retracer votre parcours ?

A la base, je n’ai pas du tout suivi de parcours artistique puisque j’ai une formation en secrétariat. A l’époque, les arts n’étaient pas considérés comme étant suffisamment sérieux que pour en faire carrière. J’ai ensuite travaillé en tant que déléguée commerciale pendant plus de 20 ans.

En parallèle, je suivais des cours de dessin, peinture… à l’académie des Beaux-Arts de Namur. J’ai ensuite suivi d’autres cours à l’académie de Huy (histoire de l’art, notamment) et continué en tant qu’autodidacte. J’ai aussi fait un an de céramique mais suite à un problème aux mains, j’ai dû arrêter car je ne savais plus travailler la matière. J’en fais toujours un peu quand même, mais en mettant un frein.

Suite à la perte d’un emploi, je suis entrée à Terre Franche en 2007, où j’anime désormais des stages et des ateliers hebdomadaires de peinture. J’ai commencé par donner une animation dans une école qui recherchait un plasticien pour une classe maternelle et ça n’a cessé d’évoluer depuis.

Au CEC, j’ai découvert un univers complètement différent avec peu de moyens mais beaucoup d’échanges d’idées, de polyvalence, de recours à la récup dans la création, etc. On doit pouvoir tout faire en tant qu’animateur dans ce genre de structure. C’est très enrichissant. 

Pourquoi vous êtes-vous dirigée vers les arts plastiques ? Qu’est-ce qui vous plait dans ce domaine ?

J’aime toucher la matière, créer quelque chose à partir de rien. C’est aussi un rêve de petite fille de peindre derrière un chevalet. Je suis née dans une famille de peintres et de musiciens, j’ai donc toujours été baignée dans cette ambiance. 

Vous touchez à différentes disciplines (peinture, céramique…). Est-ce important pour vous de vous diversifier ?

Oui, bien sûr. Une discipline en entraîne toujours une autre, surtout dans l’art contemporain où il existe de multiples possibilités. On mélange tout, on cherche, on teste, comme dans un laboratoire. On est dans une recherche constante.

Je trouve qu’il est important de se diversifier mais tout dépend aussi du caractère de la personne. Il y en a qui font de l’aquarelle toute leur vie et qui sont très épanouis !  

Vous animez des ateliers dans un Centre d’Expression et de Créativité (CEC). Expliquez-nous comment cela se déroule.

Terre Franche propose différents ateliers destinés à un public diversifié (enfants, adolescents, adultes). Il y a les arts vivants (théâtre, musique, danse) mais aussi les arts plastiques (peinture, dessin, sculpture…). On essaie de proposer un échantillon le plus large possible de disciplines.

Pour ma part, j’anime cinq ateliers hebdomadaires au CEC. Mon public est composé d’enfants et d’adolescents, de 4 à 15 ans. Le contenu des ateliers varie selon les âges. Avec les plus petits, je propose surtout un éveil plastique : on (re-)découvre les couleurs, les formes, etc. Avec les plus grands, de 7 à 10 ans, on peut aussi intégrer le travail de la terre, le modelage, la création en 3D. Et avec le groupe des 11-15 ans, on travaille généralement sur une œuvre collective autour d’un thème, pendant un trimestre de l’année. On est plus dans le perfectionnement d’une technique et dans la façon dont on présente, on expose sa réalisation. Je propose également une sortie : visite d’une expo, d’un musée, un spectacle pour les plus petits, afin de compléter l’atelier. J’essaie de leur faire découvrir le travail des grands peintres, les différents courants, etc.

Nous intervenons également régulièrement dans les écoles primaires de la commune.

Au CEC, comme dans les écoles, je rencontre des enfants qui sont passionnés et d’autres qui le sont moins, voire pas du tout. Mon rôle est d’essayer de les intéresser et pour cela, mon passé de commerciale m’aide certainement à les convaincre ! Dans tous les cas, je leur apprends à être curieux de tout et à s’éveiller. 

Quelles sont les compétences indispensables pour pouvoir enseigner une discipline artistique ?

Il faut être passionné avant tout et avoir la volonté de transmettre ce qu’on a appris. L’amour de ce que l’on fait compte beaucoup. Il faut aussi se documenter pour ne pas faire tout le temps la même chose avec les élèves. A travers les ateliers et les stages, je leur apprends aussi à perfectionner leur travail, à présenter une œuvre aboutie. Je pense qu’il faut aussi beaucoup de patience, surtout avec les plus petits à qui il faut apprendre des règles. Ils se lassent également vite et donc, c’est important de leur proposer de la diversité. Enfin, il faut aimer le contact humain. 

Est-ce que vous vous consacrez toujours à des projets personnels ?

Oui, j’ai mon atelier personnel dans lequel j’expérimente toute une série de choses. Je travaille sur et avec tous les supports, formats, matériaux. J’essaie d’y consacrer une journée et demie par semaine. Actuellement je réalise mes tableaux avec de la peinture acrylique, des liants, des pigments. Mon objectif à la rentrée, en septembre, est de parfaire la technique de la peinture à l'huile. Malheureusement, je n’ai plus beaucoup le temps d’exposer mais j’espère pouvoir le refaire bientôt. 

Quelles sont, d’après vous, les qualités à posséder afin de devenir artiste plasticien ?

Un artiste doit avoir de la rigueur dans son travail, une certaine discipline. Il ne doit pas être trop vite satisfait et rester humble. Au CEC, on dit toujours qu’on « fait du rêve avec de la buée » : on a peu de moyens et on doit arriver à faire de belles choses.

Il faut aussi de l’enthousiasme mais aussi une force de caractère qui permet d’accepter les critiques, positives comme négatives, et d’avancer. 

Quels conseils donneriez-vous à un jeune qui voudrait se lancer ?

Il doit y croire, avoir une bonne formation de base et être curieux de tout. On apprend tous les jours dans ce milieu. Je lui conseillerais d’expérimenter différentes disciplines artistiques et de choisir celle qui lui correspond le mieux par rapport à son tempérament. Aller voire des expos, des musées, lire des revues ou des livres sur l’histoire de l’art, se documenter, voyager, sont aussi des façons intéressantes d’approcher l’art plastique. Cependant, il faut aussi être conscient qu’entreprendre une carrière artistique n’est pas simple. Il vaut mieux parfois avoir un autre métier à côté. 

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.