Moyo, Artiste peintre et coloriste

Interview réalisée en mai 2013

Pourriez-vous retracer votre parcours?

J’ai suivi des études secondaires artistiques en technique de transition : arts appliqués. J’ai ensuite obtenu un diplôme d’aptitude pédagogique d’enseignement supérieur en promotion sociale, à Liège. De 1992 à 1997, j’ai donné des cours de dessin et de peinture à mon domicile. Par la suite et ponctuellement, j’ai donné des cours de dessin dans des écoles à Stavelot, Malmedy et Bütgenbach. 

En complément à ce C.V. artistique, j’ai travaillé plusieurs années dans la plomberie, en tant qu’indépendant avec un petit magasin d’articles de peinture, boulanger et chauffeur de bus. Cette dernière activité m’occupe actuellement à temps partiel pour pouvoir mieux me consacrer à la peinture. 

Pourquoi avoir choisi la peinture ? Qu’est-ce qui vous plait dans cette discipline ?

Ce que j’apprécie c’est avant tout l’expression elle-même, le côté défouloir, soupape de sécurité…

Le reste me semble dépendant du vécu (d’abord antérieur) de l’individu/artiste. En ce qui me concerne, c’est l’Afrique et les couleurs de ma petite enfance (je suis né à Lubumbashi, en République Démocratique du Congo), puis très probablement le déracinement qui a suivi. Les difficultés rencontrées par la suite (comme tant d’autres) ont été « du bois pour le feu ». 

Vous êtes également coloriste. Pourriez-vous nous parler de cet aspect de votre métier?

C’est une facilité relationnelle (si possible) plus intuitive que livresque entre l’artiste et les couleurs. Une façon de connaître, ou ressentir, leurs influences entre elles et selon le cadre, le milieu où elles se trouvent. L’ambiance qu’elles suggèrent, voire imposent… 

Que peignez-vous ? Quelles sont les étapes de votre travail, de l’idée à la mise en œuvre ?

Artiste depuis toujours, je privilégie la spontanéité et l’intuition. Je peins un moment d’une vie, un vécu ; ma relation avec un environnement culturel, social ; une oppression, joie, peine, humeur, un stress… L’expression d’un manque ou déséquilibre avec soi-même.

Je peins la nature, c'est-à-dire moi-même car je ne mets pas de distinction entre mon individualité purement intellectuelle et ma corporalité. Il n’y a pas la Nature d’un côté et l’homme de l’autre, sauf dans sa conception intellectuelle (bouchez-vous les orifices naturels et vous ne tiendrez pas longtemps …). La nature est mon environnement direct et indirect. Je peins la relation entre celle-ci et mon environnement social et culturel, mes joies, peines et les difficultés rencontrées.

La première étape est l’ambiance du moment qui suggère des formes, couleurs, formats.

La suivante est la mise en œuvre sur la toile, le dessin au crayon puis au fusain.

L’application de l’ambiance par les couleurs, la relation entre elles, les « vides » (ou aérations) laissés.

Souvent le projet initial évolue et je suis son évolution. Un recul régulier avec la toile est souvent nécessaire pour vérifier l’équilibre, l’harmonie générale. 

Quelles techniques de peinture utilisez-vous et pourquoi ?

Peinture à l’huile sur toile. J’aime la texture, la matière de la peinture que je travaille au couteau pour faire des contrastes d’épaisseurs laissant apparaître parfois le croquis initial. 

Peignez-vous sur commande ou selon votre inspiration ?

Principalement selon l’inspiration, ambiance, couleurs, odeurs…Très rarement sur commande. 

Selon vous,  quelles sont les qualités et compétences qu’un artiste peintre doit posséder?

Sincérité dans l’expression, d’abord avec lui-même ensuite avec son public. L’expression artistique devrait se faire libérée d’un maximum d’interférences, de rentabilités…

Sans intellectualiser à outrance, la place est au ressenti. Dans l’écoute et le regard, avec la culture et l’époque, l’artiste s’exprime. Il se dévoile dans son expression, par l’assimilation, la digestion et la transformation de son vécu. Ses réalisations, reflets de son temps, (dé)montrent sa sincérité. 

Comment faites-vous connaître votre travail ?

Intuitivement, lors des visites de galeries, d’expositions… 

Comment se passe, justement, le choix d’un lieu d’exposition ?

Plusieurs critères peuvent jouer : l’ambiance du lieu, la relation avec le propriétaire, entre le lieu et ma peinture, l’harmonie générale, la mise en valeur des œuvres. 

Quels conseils donneriez-vous à un jeune qui voudrait se lancer ?

L’artiste, homme ou femme est au service de son Art et de son expression artistique !

Je lui souhaiterais d’essayer de rester humble, de développer sa confiance en lui, dans son art et son évolution. De respecter cette évolution et, si le succès arrive, continuer à évoluer. Je lui conseillerais également d’avoir une autre activité professionnelle (stable) pour conserver une fraîcheur et une liberté d’action dans son expression. D’avoir du respect dans sa démarche, d’apprendre la patience.

L’œuvre est un résultat, la finalité d’une expression dont l’origine, les liens et les interactions sont multiples. 

http://www.moyo-art.be/

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.