Nicolas Conil, Laborantin CQ

Interview réalisée en juin 2009

Les savons et les détergents ainsi que les huiles forment le quotidien de l’entreprise Vandeputte, située à Mouscron. Au sein du labo contrôle qualité, on retrouve Nicolas Conil, 28 ans. Ce Tournaisien travaille dans cette entreprise depuis un an.

Quelle est votre formation, votre parcours professionnel ?

J’ai accompli mes études à l’Institut Meurice à Anderlecht. J’ai un diplôme d’ingénieur industriel en chimie dans la section polymères, peintures et vernis. L’entreprise Vandeputte constitue ma première expérience professionnelle.

Comment pourrait-on décrire votre profession ?

On contrôle les produits semi-finis pour qu’ils rentrent dans les normes : PH, concentration, viscosité et densité. Pour certains produits, il y a davantage de critères qui entrent en ligne de compte, par exemple le taux d’acides gras pour les savons. D’autre part, on vérifie les matières premières qui entrent dans l’usine afin qu’elles soient acceptées pour la fabrication. Dans le cas contraire, on les renvoie au fournisseur. On contrôle également le bassin d’homogénéisation des eaux usées. Si celles-ci ne sont pas dans les normes, c’est le service de contrôle environnemental (QSHE) de l’entreprise qui s’en occupe.

Quelles sont les particularités de cette profession ?

Il s’agit de contrôle qualité. Vu la spécificité de l’entreprise, ce sont constamment les mêmes produits qui reviennent : lessives, savons, liquides vaisselles, anti-calcaires…

Quelles sont vos tâches principales ?

Lorsqu’on reçoit un échantillon du produit semi-fini, on note le pH et la viscosité puis on vérifie la densité et la concentration par la mesure du Brix. Le contrôle qualité sert à vérifier si un produit est conforme ou non, bref s’il peut ou non être acheminé vers le service conditionnement. Dans le cas où il ne serait pas conforme, on procède à un nouveau contrôle après correction par le fabricant et en cas de gros problème on prend conseil auprès du formulateur. Lorsque le produit semi-fini est validé par le contrôle qualité, il est mis en cuve de stockage et est disponible pour le conditionnement.
Autre aspect du métier, le contrôle des matières premières rentrantes. Pour certaines matières telles que les parfums, on vérifie la densité ainsi que l’indice de réfraction. Pour d’autres matières, on détermine le taux de matières actives par titrages. Le titrage est une opération qui consiste à verser un volume ou une masse déterminée de réactif titré dans un volume connu de la solution à doser, correspondant à l’achèvement d’une réaction caractéristique. Le titrage permet ainsi de déterminer la concentration d’une solution par l’ajout d’un réactif de concentration connu jusqu’à un point d’équilibre visualisé par un changement de couleur. Lorsque la matière est dans les normes, on rédige une étiquette « conforme » pour communiquer au responsable logistique que cette matière peut être mise à disposition des fabricants pour la fabrication des produits semi-finis. Parmi nos tâches, on fait aussi des contrôles bactériologiques pour les produits en contact avec la peau. Cette procédure s’effectue essentiellement à la demande du client, via le cahier des charges.

Comment organisez-vous votre journée ?

Le travail s’effectue en pauses : 5-13h, 13-21h et 21-05h. A partir de 18h30, je suis seul au labo. On dépend des fabrications en cours et du planning de production. Si tous les réacteurs sont occupés en même temps, il est possible que nous ayons plusieurs produits à contrôler en même temps. Il faut donc établir lesquels sont prioritaires pour le conditionnement, ne pas traîner dans les contrôles sans pour autant faire d’erreurs. Lorsque toutes les cuves de stockage sont pleines, il est possible qu’on n’ait pas de produits à analyser. Alors, on fait du tri parmi les produits semi-finis les plus anciens. Chaque échantillon est conservé durant un an. Il y a des moments intenses et d’autres un peu moins. Certains produits nous sont déjà familiers, on sait donc apporter les corrections rapidement car on se base sur leur « historique ». En cas de problème important, les corrections peuvent aussi être apportées par le labo R&D. Il faut être rigoureux au niveau des paramètres car les normes sont établies et vérifiées par les clients.

Quelles qualités faut-il réunir pour exercer la profession de laborantin ?

Il faut respecter les normes, être rigoureux, faire preuve d’autonomie lorsqu’on est seul au labo la nuit, la disponibilité, le sens de l’adaptation et de l’écoute, le respect des objectifs fixés et la gestion du temps afin que les lignes de production ne soient pas à l’arrêt.
Dans le contrôle qualité, il n’y a pas que des personnes ayant une formation de chimiste. Même si les formules peuvent parfois changer, cela ne demande pas une réactualisation de ses connaissances. Ceci dit, avoir une vue d’ensemble du secteur constitue un plus. Il faut connaître et respecter les normes de sécurité inhérentes à la profession (lunettes de sécurité, tablier…) et, pour l’informatique, savoir utiliser Excel ainsi qu’un logiciel spécifique à l’entreprise pour lequel nous sommes formés en interne.

Quels avantages et inconvénients présente cette profession ? Quelles difficultés rencontrez-vous ?

Je souhaitais travailler dans ce secteur. J’ai toujours aimé la chimie, analyser les produits, faire des titrages… ainsi que l’ambiance du labo.
Le travail en pauses peut être un inconvénient même si, pour l’instant, cela me convient. Je peux ainsi avoir quelques temps libres. Il faut aussi savoir que c’est un travail répétitif. Les produits sont différents mais le principe d’analyse reste le même.
Les difficultés rencontrées sont principalement d’ordre technique. Par exemple, certains savons sont trop visqueux. On y rajoute de l’eau et cela revient encore plus épais ! Cette réaction n’est pas logique et on se demande alors comment trouver la solution. Autre réaction inattendue : les variations de couleurs. Chaque fois, on doit déterminer si on peut laisser le produit partir en cuve avant conditionnement. En cas de doute, le jour, c’est le labo R&D qui prend la décision mais la nuit, c’est la personne affectée au contrôle qualité qui doit procéder à ce choix.

Qu’est-ce qui vous plaît le plus dans votre métier ?

Le travail me passionnait déjà lors de mes études. L’aspect valorisant, c’est le tablier blanc. On détermine si le produit peut être conditionné ou non. C’est une responsabilité énorme.

La profession de laborantin a-t-elle évolué ces dernières années ? De quelle manière ?

Certainement ! On a des méthodes d’analyse plus poussées. Les analyses sont plus précises, on peut aller beaucoup plus loin. Ainsi, au niveau de la recherche, certaines détections se font au milligramme par litre. On utilise la colorimétrie et certaines machines permettent d’être plus rapide, plus précis et plus efficace.

Quel conseil donneriez-vous à un jeune intéressé par ce métier ?

Pour le travail en labo, il est incontournable d’être précis et méticuleux. Il doit être certain d’aimer cette activité, savoir sur quoi il veut travailler (analyse fine, analyse environnementale), déterminer ce qui l’intéresse dans la chimie afin de pouvoir se spécialiser. N’oublions pas qu’en biologie, on peut aussi faire du travail en labo. On utilisera alors un microscope tandis qu’en chimie, ce sera du dosage et du titrage.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.