Olivier Noiret, Expert forestier

Interview réalisée en septembre 2007

Voici six ans, il s'est installé comme indépendant dans l'expertise et la gestion forestière. Il est aujourd'hui secrétaire de la Fédération Nationale des Experts Forestiers.

Quelle est votre formation, votre parcours professionnel ?

J'ai un diplôme d'ingénieur agronome, orientation eaux et forêts, obtenu en 1994-1995 à l'UCL. Ensuite j'ai fait du bénévolat à la Société Royale Forestière de Belgique, qui est le syndicat des propriétaires forestiers. Puis, j'ai rejoint l'Institut Royal des Sciences naturelles où je me suis notamment occupé d'un projet « Life », financé par l'Union européenne et la Région wallonne pour la conservation de la nature et plus particulièrement la protection des chauve-souris.

Puis, je me suis désintéressé de la conservation de la nature, que je trouvais trop « monomaniaque » ! Je me suis donc réorienté. En 1999, j'ai travaillé durant une année pour le Centre de Développement AgroForestier (C. D. A. F. ) de Chimay. C'était également un projet subventionné relatif à la recherche et au développement ainsi qu'à la vulgarisation de la gestion forestière. Dans la foulée, j'ai eu un contrat de six mois à l'ASBL Forêt Wallonne, où j'ai organisé une formation sur la régénération naturelle assistée du hêtre pour les agents de la Division de la Nature et des Forêts.

Ensuite, j'ai connu une période de chômage. Toutefois, depuis la fin de mes études, je souhaitais devenir expert forestier et, vu que je commençais à avoir de l'expérience, je me suis installé en tant qu'indépendant en novembre 2001. J'ai ainsi pu rejoindre la Fédération Nationale des Experts Forestiers, qui existe depuis 1958. C'est une manière d'exister vis-à-vis du monde forestier et de toucher une certaine clientèle.

Pourquoi avoir choisi d'être expert forestier ?

Tout simplement pour la perspective d'être indépendant. Je suis libre de penser ce que je veux et je ne dois pas défendre les idées ou politiques des autres. C'est une forme de liberté même si celle-ci est fort philosophique. Cela permet de surcroît d'avoir une vie variée. Il n'y a pas de routine même si on en installe une pour être rentable. On vit constamment dans le défi.

Quelle différence peut-on faire entre l'expert et l'exploitant forestier ? Quelles sont vos tâches ?

L'expert est actif à tous les échelons de la filière forêt et bois. Son rôle est, entre autres, de donner des conseils à des propriétaires privés ou publics pour que les relations soient les meilleures avec, notamment, les exploitants.

Pour cela, il faut être capable de déterminer le type d'informations dont on a besoin et où on peut la trouver. Il est nécessaire de maîtriser tous les aspects de la forêt (législatif, économique, environnemental et administratif) et de connaître tous les milieux reliés de manière directe ou indirecte à celle-ci : Division de la Nature et des Forêts, administrations communales, services de l'urbanisme, parastataux et intercommunales, offices du tourisme, universités, laboratoires de recherches,...

Il faut intégrer tous ces paramètres pour prendre une décision ou aider un propriétaire à le faire. C'est essentiellement du travail intellectuel mais, pour maîtriser toutes les caractéristiques de la forêt, il n'y a qu'une seule solution : aller sur place ! Au niveau de la gestion forestière, on organise les ventes de bois, on décide de ce qu'il est nécessaire de couper et on contacte les marchands ou exploitants. Mais certains peuvent aussi effectuer des ventes de propriétés ; dans ce cas, on vend la forêt dans son entièreté.

On effectue aussi des expertises de propriétés (détermination de sa valeur marchande ou financière) en cas de succession, de dégâts d'exploitation ou de dégâts de gibier, en cas de calamités naturelles telles que les tempêtes... Ce qui distingue l'expert, c'est qu'il travaille seul. Il faut pouvoir supporter cette façon de travailler. On n'est pas intégré dans une équipe, on est seul face à ses choix, des choix qu'il faut pouvoir assumer.

Donc, il faut avoir les épaules solides, à l'instar de tout indépendant. Dans ce métier, le danger, c'est qu'on peut parfois passer très vite du solitaire à l'individualiste car on aime avoir sa chasse gardée. On fait trop peu souvent appel à des confrères ou à une personne plus expérimentée. Or, il faut savoir connaître ses limites pour éviter les erreurs et pouvoir s'améliorer.

Dans la filière bois, à quel niveau vous situez-vous ?

Entre la production sylvicole et la première transformation.

Mais j'aurais tendance à dire qu'on se situe à tous les niveaux. C'est ce qui fait notre particularité. On gère la forêt dans son ensemble depuis la plantation (puisque nous sommes en relation aussi avec les pépiniéristes) jusqu'aux scieries. Parfois, certains experts se spécialisent dans l'un ou l'autre domaine.

Quelles sont vos tâches principales ? Comment se compose votre emploi du temps ?

L'emploi du temps varie d'une personne à l'autre. Les tâches que j'effectue ne peuvent pas être enfermées dans un carcan horaire. Les propriétaires forestiers ont leur métier de leur côté, donc on ne peut les rencontrer qu'en dehors des heures de bureau. Certains experts exercent leur activité en tant qu'indépendant complémentaire, leurs horaires sont donc fonction de leur emploi. Les activités de terrain sont réalisées lorsqu'il fait clair.

Lorsque je vais sur le terrain, j'essaie de commencer tôt (8h00). De plus, toutes les informations collectées sur le terrain doivent ensuite être remises au propre et traitées. Enfin, la part de travail administratif est conséquente et il y a aussi des formations qui permettent de tenir ses connaissances à jour.

Quelles qualités incontournables faut-il réunir pour exercer la profession d'expert forestier ?

Il faut être ordonné, avoir un esprit structuré et savoir prendre des décisions qui n'auront pas de conséquences juridiques ou économiques pour le client.

Il faut aussi être rigoureux dans son travail. D'autre part, il faut être capable de résister au stress et savoir travailler seul, ce qui n'est pas facile à supporter pour tout le monde.

Présente-t-elle certains avantages ou des inconvénients ? Quelles difficultés rencontrez-vous ?

Comme tout indépendant, on est libre de ses horaires... quoique, si on veut faire son métier convenablement, on n'a plus vraiment d'horaires. Le statut d'indépendant induit également une liberté de penser. On est libre de choisir ses clients en fonction des affinités qui se créent lors du premier contact ou des missions à réaliser.

La palette de tâches est très vaste et permet de s'orienter vers ce que l'on préfère. Je considère que c'est un avantage car on peut de la sorte être plus motivé et plus performant. C'est agréable de pouvoir faire ce qu'on aime. On est souvent dehors et, personnellement, je trouve passionnant d'être sur le terrain. De plus, on rencontre de nombreuses personnes différentes et fort intéressantes et cela ouvre l'esprit.

Côté inconvénients, il y a justement le fait qu'on n'a pas d'horaires. On commence tôt, on finit tard : il est difficile de concilier cela avec une vie de famille. De plus, le travail n'est pas bien rémunéré ; les revenus ne sont en tous cas pas à la hauteur de ce qu'on fait et de la valeur ajoutée apportée au client.

En Belgique, la profession n'est pas appréciée à sa juste valeur. La France voit les choses différemment. La principale difficulté vient de la saturation du marché. On assiste à une concurrence entre les experts forestiers et il y a souvent une concurrence déloyale du secteur public. Dans ces conditions, il n'est pas évident de se faire de nouveaux clients dans un marché saturé. Donc, il faut être très polyvalent tout en sachant qu'on ne peut être spécialiste en tout. D'autre part, il faut se former en permanence et se documenter sinon on ne reste pas expert forestier fort longtemps. Toutefois, il devient difficile de trouver du temps pour cela.

Qu'est-ce qui vous plaît le plus dans votre métier ?

Ma liberté et la rencontre des gens sur le terrain. C'est une façon de vivre que j'apprécie.

La profession a-t-elle évolué ? De quelle manière ?

Je suis trop jeune pour répondre à cette question. Mais je considère qu'elle devrait évoluer au même titre que la forêt. C'est l'expert qui connaît le mieux la forêt car il l'analyse, il la décortique dans toutes ses composantes au contraire des différents secteurs d'intérêt (production, protection de la nature, exploitation, chasse,...). Si celle-ci évolue, alors l'expert doit le faire aussi. Par ailleurs, les contraintes administratives et environnementales prennent de plus en plus de place dans notre emploi du temps.

Pensez-vous qu'il s'agit d'un métier d'avenir ?

Pour moi, oui. Heureusement, d'ailleurs ! Il y a une part croissante d'aspects à intégrer dans la gestion forestière (administratif, législatif, économique,...). Il est indispensable de les maîtriser pour prendre des décisions judicieuses. Un propriétaire forestier ne peut pas non plus avoir une connaissance globale de la législation en matière de forêt et il y aura donc toujours de la place pour les experts même si les tâches ne seront plus identiques. Le travail de bureau, la collecte d'informations et le traitement des données prendront davantage d'importance tandis que la présence en forêt et la part sylvicole du métier diminueront.

Quel conseil pourriez-vous donner à un jeune intéressé par le métier d'expert forestier ?

Il doit avant tout acquérir de l'expérience et ne pas vouloir s'installer comme expert forestier dès la fin de ses études. On n'apprend pas tout à l'école. Par exemple, il peut travailler comme sous-traitant pour un expert. En France, par exemple, il est difficile d'être expert avant l'âge de 30-35 ans car il faut prouver une expérience minimum pour être nommé expert. Il y a en effet de nombreux aspects à maîtriser avant de pouvoir s'installer. Il est important aussi de rester motivé, de voir les choses à long terme, d'éviter l'individualisme mais aussi de se former et de s'informer constamment.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.