Paul Catoir,
Photographe en laboratoire

Paul Catoir est âgé de 47 ans. Depuis plus de 20 ans, il dirige « Clic Clac 1 heure », un labo-photo situé à Charleroi, spécialisé dans le service en une heure et qui compte deux employés et une stagiaire. La clientèle de son magasin se compose de 60% d'amateurs, 20% de semi-professionnels et 20%de professionnels.

« L'avenir appartient aux passionnés et à ceux qui sauront se remettre en question. »

Peut-on avoir un aperçu de votre formation, votre parcours ?

J'ai commencé la photo en secondaire à Saint-Luc à Tournai en 1977. Ensuite, j'ai poursuivi par un graduat à Saint-Luc à Liège. Puis, j'ai travaillé deux ans dans les diapos graphiques à Bruxelles et en 1983, avec mon épouse, j'ai ouvert ce magasin à Charleroi.

Qu'est-ce qui vous a amené à la photo ?

Lorsque j'étais en humanités à Charleroi, j'étais passionné par les sciences et je me suis inscrit à un stage photo organisé par les Jeunesses scientifiques.

Votre formation vous a-t-elle bien préparé à ce métier ?

Oui. J'ai eu beaucoup de chance à ce niveau-là. J'ai fait une première école qui préparait à la vision et ensuite une école davantage tournée vers l'accès à la profession.

Quel effet la photo a-t-elle eue sur vous ? Estimez-vous avoir changé ?

D'abord, cela a été un moyen de m'exprimer lors de mes études. Donc, je me suis complètement ouvert durant mes études. Ensuite, cela m'a permis de me faire une place dans la vie publique et commerciale. C'est un métier dans lequel je m'épanouis complètement.

Quel regard portez-vous sur le secteur dans lequel vous travaillez, le travail en labo ?

Il est en pleine mutation avec l'arrivée du digital. Il faut s'adapter. Toutefois, le support papier a encore de beaux jours devant lui.

Quelles sont les particularités du travail en labo ?

A la base, on a démarré avec un labo « service en une heure ». On doit être hyper-soigneux au niveau de la qualité tout en sachant tenir les délais et puis aussi avoir un prix raisonnable. La difficulté est là : avoir un bon rapport qualité-prix.

A quoi se résume votre activité ?

Principalement la photo en une heure. Je fais aussi quelques reportages en industrie ainsi que de la vente de matériel et d'albums afin que le client se plaise bien chez nous. On a aussi investi dans des bornes numériques (kiosques) : les gens choisissent leurs photos, peuvent les recadrer et puis c'est revu par un opérateur qui va ajouter des corrections de couleurs et de densité.

Quels sont les travaux photo qui vous sont le plus souvent demandés ?

Cela va des photos de vacances aux photos industrielles. On tire aussi des photos de mariage pour des photographes professionnels. Le panel est vraiment très large.

Pourriez-vous nous décrire une journée-type ?

J'ouvre le magasin à 7h30. Je prépare les machines tout en faisant mon courrier. Les premières personnes arrivent vers 8h00. Je passe ensuite du service clientèle au service « quality contrôle », à la facturation, et cela jusque 19h. Enfin, trois fois par semaine, après 19h, je fais environ 1h30 de comptabilité.

Quels investissements votre activité vous demande-t-elle en terme de temps et de matériel ?

Au point de vue temps, je ne compte pas car c'est une passion. Ce qui me semble le plus dur, c'est le labo où le matériel évolue très vite. Depuis 1983, j'ai investi considérablement en matériel et celui-ci se déclasse très vite.

Selon vous, c'est quoi une photo réussie ?

Il est indispensable qu'il y ait une bonne lumière, qu'elle soit bien composée, bien mise en valeur mais il faut aussi qu'elle fasse passer un message.

Quelles sont les qualités demandées pour exercer le métier de photographe ?

Principalement, il faut un bon oeil. Je trouve d'ailleurs que les écoles de photo qui n'ont pas de cours de dessin font une erreur car c'est très important de former l'oeil. 

Quelles difficultés rencontrez-vous le plus souvent ?

La difficulté vient surtout du personnel que l'on vient d'engager. Ces personnes ont été formées à l'argentique et c'est difficile pour elles de passer au numérique.

Que vous inspire l'apparition de nouvelles techniques comme le numérique ?

Le numérique a beaucoup d'avantages. Je crois que la presse quotidienne ne retournera plus jamais à l'utilisation de négatifs parce qu'il y a des possibilités considérables : on voit tout de suite ce que l'on a fait, on peut sélectionner. Dans certains cas, la qualité est meilleure même si cela consomme beaucoup d'énergie. Mais le négatif aura toujours un certain charme.

Cette évolution vous donne-t-elle à penser que demain tout le monde pourra faire de la photo ?

Tout le monde fait déjà de la photo. Les choses ont été facilitées ces dernières années avec des systèmes de pictogrammes sur les appareils. Par exemple, je suis parfois étonné de la qualité des photos réalisées par certains aquarellistes amateurs alors qu'ils ne savent pas ce qu'est un diaphragme.

Utilisez-vous davantage les appareils photos numériques ou argentiques ?

C'est mixte. Cela dépend de ce que l'on fait. Ainsi, je réalise en argentique tout ce que je dois archiver. Quand il ne s'agit pas de travaux importants, j'utilise le numérique par facilité et rapidité.

Quelle part prend le numérique dans votre travail quotidien ?

Il y a 3 ans, j'avais 21 000 bobines de développement. Cette année-ci, si j'arrive à 13 000 bobines, ce sera déjà un bon résultat ! Tout cela est toutefois compensé par le numérique.

Le matériel est-il de plus en plus coûteux ?

Oui et non. Quand on démarre, c'est de plus en plus cher mais, avec le matériel actuel, il faut reconnaître qu'on fait beaucoup plus de choses qu'avant. Ma première machine avait coûté 125 000 euros et elle ne faisait que deux formats. Maintenant, j'ai mis 160 000 euros dans un nouveau système et on va de la photo d'identité jusqu'au 30X45 avec une possibilité de mettre plusieurs types de papiers dans la machine, un scanner pour faire des photos de photos ainsi que des bornes numériques.

De manière générale, les études préparent-elles bien au métier de photographe ?

Non. De plus, je pense que l'accès à la profession va sans doute sauter. Personnellement, cela ne m'ennuie pas car cela va surtout pénaliser les mauvaises écoles de photo qui donnent cet accès. En secondaire, j'accepte encore que l'approche photographique ne soit pas hyperspécialisée parce que cela permet à des jeunes de développer leur ouverture d'esprit. Si un jeune sait s'exprimer avec un appareil photo, qu'on lui forme l'oeil mais qu'il ne sait pas travailler dans un magasin, ce n'est pas très grave. Il lui reste la possibilité de se former grâce au FOREM et aux stages en PME. Mais si demain il ne reste que quatre bonnes écoles en photo qui apprennent vraiment le métier, cela ne me dérangera pas !

Comment voyez-vous l'avenir du secteur ?

Pour moi, l'avenir appartient aux passionnés et à ceux qui sauront se remettre en question. Celui qui n'est pas passionné par la photo, ce n'est pas la peine qu'il s'y investisse.

Quels conseils auriez-vous envie de donner à un jeune qui souhaiterait ouvrir un labo ?

Avant tout, il devrait essayer de travailler dans un labo. Si une personne aime la photo, elle doit faire des études dans ce domaine et être opportuniste. Elle doit par exemple ouvrir un labo là où il y a beaucoup de passages. Le loyer est plus élevé mais on a des clients. La photo, c'est un tout ! Ce n'est pas uniquement de la prise de vues ou du labo. C'est un moyen d'expression. Il faut être opportuniste et ne pas rester avec des idées préconçues ou se limiter à un seul domaine de la photo. En tous cas, il doit avoir un super oeil, un esprit relativement élastique et être vraiment passionné.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.