Philippe Noël, Ingénieur acousticien

Interview réalisée en janvier 2005

Créateur et responsable du bureau d'études acoustiques Avea consulting, Philippe Noël anime une jeune équipe d'experts en problématiques acoustiques et vibratoires.

Leur domaine d'intervention touche l'acoustique environnementale, mais aussi l'acoustique du bâtiment, et l'acoustique industrielle.

"Le bruit est la nuisance la plus souvent relevée et la moins traitée"

Avez-vous une formation de base spécifique pour exercer le métier d'acousticien ?

Mon profil est assez atypique. J'ai fait des études d'ingénieur civil à l'université de Liège, avec une spécialité de physique. Parallèlement, à l'époque, c'était en 1997, j'étais aussi passionné par la musique et plus spécialement le piano. Je suis d'ailleurs entré au Conservatoire royal de musique où j'ai suivi les cours pendant un an. Je me suis rapidement rendu compte que j'étais trop âgé pour faire une carrière de soliste, à mon grand regret !
Une chose m'avait frappé : la mauvaise acoustique des salles de concert. A l'évidence, il manquait le dialogue entre musiciens et concepteurs de bâtiments. C'est ce qui m'a donné envie de devenir acousticien. J'ai donc repris mes études, j'ai obtenu un diplôme de gestion de l'environnement et j'ai suivi quelques cours d'acoustique à Anvers et à l'université de Liège, au laboratoire du bruit de l'ULG.

Exercez-vous l'activité dont vous rêviez à l'époque ?

Pas du tout. A l'issue de mes études, j'ai postulé à l'IBGE dans le cadre du plan bruit 2001-2005, projet sur la cartographie sonore des pays européens. Il s'agissait d'appliquer les directives européennes en matière de nuisances sonores produites par tout ce qui roule : autos et camions, trams, trains'et de réaliser des études d'incidence en tenant compte des nouvelles réglementations déclinées au niveau belge.

Pour travailler dans ce cadre institutionnel, fallait-il remplir certaines conditions ?

Pour recevoir mon agrément auprès de la Région wallonne, en dehors du diplôme d'ingénieur, qui me donnait une crédibilité scientifique, il fallait avoir déjà réalisé des études d'impact et avoir prouvé ma connaissance du matériel acoustique de classe I, c'est-à-dire être capable de faire des mesures reconnues légalement, avec des instruments de mesure répertoriés officiellement, de haute précision et d'une utilisation très complexe.

J'ai été ensuite engagé par le bureau d'études Ariès pour faire des études d'incidence au sein de leur département bruits et vibrations. Après trois ans, j'ai décidé de me mettre à mon compte, non sans avoir bien réfléchi à mes conditions de départ.

Qu'avez-vous négocié pour démarrer avec le plus de sécurité possible ?

Il faut savoir que les bureaux d'études ont rarement un service de conseil acoustique intégré. Ils font le plus souvent appel à des spécialistes indépendants. Je suis donc devenu un prestataire d'Ariès en y mettant deux conditions : que le matériel, très coûteux, reste dans un premier temps à sa charge, et que le personnel avec lequel je travaille soit d'abord rémunéré et formé par le bureau d'études. Aujourd'hui, j'ai racheté le matériel et réintégré dans ma structure mes trois collaborateurs : deux physiciens et un ingénieur civil. Ce qui constitue déjà une grosse structure pour notre domaine d'intervention !

Quels sont vos domaines de prédilection ?

Nous nous sommes spécialisés en acoustique environnementale. Nous faisons des mesures pour vérifier le respect des normes dans les bâtiments, par exemple, et nous sommes en relation directe avec les architectes en amont des constructions. Autre terrain d'action : la cartographie sonore. Autrement dit, nous dressons la carte des bruits à l'échelon des villes ou des régions pour en déduire des prédictions acoustiques qui permettront ensuite d'établir des plans anti-bruit et ainsi protéger les habitations les plus exposées, par des aménagements concrets et par des réglementations.

Nos clients sont les administrations publiques, les bureaux d'études et les particuliers. Nous mesurons aussi bien les nuisances sonores produites par les infrastructures routières, le trafic ferroviaire ou aéroportuaire que les activités industrielles. A souligner que nous tenons à notre liberté. Il est très important que nous maintenions notre indépendance pour rester neutres et crédibles en tant qu'experts. C'est notre choix, d'autres acousticiens préfèrent être salariés et travaillent par exemple dans les services R&D de grandes entreprises.

Comment se compose votre emploi du temps ?

Nous sommes soumis aux variations climatiques car nous passons 20% de notre temps à faire des relevés sur site, à l'extérieur, puis 30% à dépouiller ces mesures et en analyser les chiffres significatifs. Les 50% restants sont consacrés à l'élaboration de rapports et de conseils, notre valeur ajoutée résidant dans la synthèse claire et digeste des informations.

Dans votre travail d'expert acousticien, quels, points de douleur, avez-vous à assumer ?

Le plus ingrat est d'être impliqué dans des batailles d'experts. Car on utilise de plus en plus les scientifiques comme fusibles et comme prétextes pour attaquer le voisin... C'est pourquoi je préfère me cantonner aux études de base et ne pas prendre en charge des contre-expertises. Cela dit, nous nous connaissons tous, nous sommes regroupés au sein d'une association et heureusement, nous n'attaquons pas les personnes...

Conseilleriez-vous le métier d'acousticien à des jeunes ?

Sans nul doute, car ces domaines d'activité sont en pleine expansion. Pour le moment, c'est un très petit milieu, et la thématique du bruit commence tout juste à être prise en compte dans la défense de l'environnement. Mais les législations nationales et européennes, deviennent de plus en plus contraignantes et cela promet de beaux jours aux acousticiens qui contribueront à les faire respecter !
En ce qui nous concerne, nous développons notre expertise en matière de cartographie sonore car nous considérons que cela constitue un "produit d'exportation" très prometteur !

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.