E. Prato, Accoucheuse / sage-femme

Interview réalisée en janvier 2005

Quel est votre parcours professionnel ?

Il est assez simple dans le sens où j'ai terminé mes études et j'ai directement été engagée à la Citadelle, au bloc accouchement et ce depuis 18 ans. J'ai travaillé dans deux autres salles au sein de l'hôpital. Il s'agit d'un souhait de la direction visant à accroître la polyvalence de son personnel. J'ai travaillé deux fois (4 mois et 6 mois) au service de maternité et de surveillance de la grossesse. En 2000, a été ouvert un nouveau service contigu au bloc d'accouchement qui est un service de surveillance intensif des mamans, des grossesses à hauts risques, j'y ai travaillé également. Puis en 2002/2003, l'hôpital a ouvert un autre service qui s'occupe de consultations prénatales, service dans lequel j'ai travaillé une demi journée par semaine pendant un an.

Enfin, depuis cette année, je travaille en consultation prénatale à mi-temps et l'autre mi-temps en bloc d'accouchement. Le service de consultation permet une consultation gynécologique, prénatale et postnatale, il comprend également un service de sémiologie, un service d'échographie, ...

Quel est le rôle d'une accoucheuse ?

Il est multiple ! Il y a un rôle éducatif, un rôle de surveillance, un rôle de collaboration avec les médecins et un rôle de soins.

Quels actes accomplissez-vous ?

Les accoucheuses bénéficient d'une large possibilité de réalisation d'actes pour peu qu'ils s'inscrivent dans le cadre d'une grossesse « normale », sans risque. En fait les consultations, tout comme à l'ONE, ont été ouvertes aux accoucheuses. Ce qui signifie que tout comme le gynécologue, l'accoucheuse a sa consultation pour la surveillance de la grossesse. Elle reçoit la patiente, lit les examens qui ont été réalisés dans le cadre de la surveillance de la grossesse (prélèvements sanguins, échographies, ...), elle gère les protocoles et détecte les anomalies s'il y a lieu et en réfère au gynécologue.

Au niveau du bloc d'accouchement, je m'occupe de l'admission de la maman, j'évalue la situation avec le gynécologue. Si le travail a commencé, elle va en chambre de travail : nous assistons la maman et le gynécologue. Nous réalisons aussi les soins du nouveau-né et effectuons une surveillance légale de deux heures.

Travaillez-vous toujours en équipe ? Y a-t-il un(e) ou plusieurs accoucheur(euse)s ou un(e) ou plusieurs infirmier(ère)s ?

Notre bloc d'accouchement est constitué de 6 chambres de travail, d'une salle de dystocie et d'une salle de césarienne. En général, nous sommes trois accoucheuses. Nous nous répartissons le travail, nous essayons de prendre en charge une ou deux patientes et nous nous occupons d'elles, on réalise tout de A à Z.

Quels sont vos horaires de travail ?

Quand je travaille au bloc d'accouchement, je fais les trois pauses de l'hôpital et les nuits. En ce qui concerne mon autre mi-temps de consultation, je preste de 9h à 13h et de 14h à 18h.

Vos horaires sont-ils compatibles avec une vie de famille ?

Du point de vue de la vie de famille, les arrangements sont un peu différents que si j'avais des horaires réguliers mais c'est tout à fait possible.

Quelles sont les qualités nécessaires pour bien exercer votre métier ?

Enormément d'altruisme, de disponibilités par rapport au patient, être capable de prise en charge émotionnelle.D'autres qualités plus « classiques » sont aussi nécessaires : précision dans le travail, bon sens de l'organisation, être soigneuse, respecter les consignes,...

Quelles sont les difficultés que vous rencontrez dans le cadre de votre travail ?

La lourdeur des horaires est parfois difficile à vivre. Il arrive également que la charge de travail soit beaucoup trop importante pour le personnel présent. Et puis, l'accouchement à proprement parlé est une période de grand stress, d'anxiété. Ce terrain anxiogène est vécu par le couple et par l'équipe médicale. A chaque minute tout peut basculer, nous devons être concentrées et disponibles à chaque instant. C'est un si grand moment d'échange et moment unique qu'il faut tout mettre en place pour que cela se passe bien.

Est-ce que votre métier à évolué depuis que vous l'exercez ?

Il y a de plus en plus d'exigences dans notre métier. L'aspect médico-légal a pris une place très importante, on a pas droit à l'erreur. D'un point de vue technique, il y a également pas mal d'évolutions, par exemple, de nouveaux appareils de surveillance.

Il y a donc une formation continuée ?

Bien sûr, au minimum une fois par an. En plus, des colloques extérieurs à l'hôpital sont organisés. J'ai récemment suivi une formation ou plutôt un perfectionnement sur l'allaitement maternel. D'autres sont organisées sur les interprétations du monitoring, à l'application des nouvelles technologies dans ce domaine. Il y a aussi des demandes d'information qui viennent de l'équipe.

Que pensez-vous de la formation d'accoucheuse ?

Je l'ai suivie, il y a 18 ans. Depuis lors, de grosses modifications ont eu lieu. La formation est bien en soi et relativement complète mais je reste persuadée que l'on devient accoucheuse en exerçant. Si l'on compare avec les sages-femmes françaises, leur niveau d'études est universitaire et donc supérieur mais à expérience égale de pratique, les compétences se nivellent.

Quelles sont les différences entre un(e) infirmier(ère) et un(e) accoucheur(euse) ?

L'accoucheuse ne fait pas uniquement partie de l'art de guérir, elle partage également l'art de soigner. Dans le cadre de ces attributions, l'accoucheuse a la possibilité de faire pas mal de choses au niveau décisionnel que l'on ne retrouve pas chez les infirmier(ère)s. L'accoucheuse engage pleinement sa responsabilité.

Actuellement, y a-t-il de l'emploi dans le secteur ?

Oui, on a besoin d'accoucheur(euse)s. A l'hôpital, on tend vers un personnel de plus en plus qualifié. Idéalement, il devrait toujours y avoir de permanence, un(e) accoucheur(euse) dans nos services, la tendance est à remplacer les infirmier(ère)s par les accoucheur(euse)s. Cela étant dit, il est évident qu'un(e) infirmier(ère) qui travaille depuis 20 ans dans un service de maternité en connaît autant, voire plus, qu'un(e) accoucheur(euse) qui sort de l'école.

Quels conseils donneriez-vous à un jeune ?

De bien réfléchir avant de choisir sa profession parce que parfois il peut y avoir un décalage entre la réalité, les études et ce que l'on s'imagine de la profession.

Connaissez-vous des accoucheurs ?

Oui, nous en avons un pour une équipe de 20 personnes ! Il y autant de gynécologues masculins que féminins, il n'y a aucune raison qu'il y ait si peu d'hommes. C'est avant tout un problème culturel avec certains tabous.

Quels sont les avantages et les inconvénients de votre profession ?

L'avantage le plus important consiste à vivre avec un couple un moment exceptionnel de leur vie, de façon générale nous assistons à des moments très heureux. D'autres avantages sont le panel très varié du métier, on gagne bien notre vie et avons une sécurité d'emploi. Les inconvénients sont les horaires irréguliers qui peuvent virer à un avantage si l'on est bien organisé. C'est aussi un métier qui offre la possibilité d'améliorer les choses, d'y apporter un petit plus personnel.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.