Raphaël de Robiano,
Ergonome multimédia

Interview réalisée en juillet 2009

Pourriez-vous retracer votre parcours scolaire ? 

Après mes humanités, j’ai fait des études de communication appliquée à l’IHECS. Puis, j’ai suivi une formation de plusieurs mois en webdesign au centre de compétence Cepegra. J’ai enchainé avec un master en ergonomie à l’UCL et à l’ULg. 

Qu’est-ce qui vous a donné envie de devenir ergonome ? Pourquoi avoir choisi cette voie ? 

J’ai découvert le domaine du multimédia à l’IHECS. J’avais des cours de presse écrite et parlée, de vidéo, mais c’est le cours de multimédia qui m’a le plus intéressé. J’ai commencé à faire des recherches sur internet puis à développer des petits sites. Au fur et à mesure, j’ai découvert les différents métiers qui tournaient autour du design, comme le référencement par exemple. Je suis arrivé à l’ergonomie notamment en m’intéressant à l’accessibilité. 

Concrètement, en quoi consiste votre métier ? 

Le rôle de l’ergonome est d’adapter un objet à sa cible. L’utilisateur est donc au centre de la conception. Il s’agit de prendre l’interface de n’importe quel objet et de l’analyser dans ce sens. Par exemple, imaginons que vous voulez cuire une pizza au four à micro-ondes. Vous êtes devant une interface avec des boutons. Le four sera considéré comme « ergonomique » si vous ne devez pas lire un mode d’emploi de 450 pages avant d’être capable de l’utiliser. S’il vous faut 10 minutes avant d’arriver à votre but, ce n’est pas vous qui êtes bête, c’est le four qui n’est pas adapté à la compréhension que les gens en ont… L’ergonomie comporte également une dimension commerciale. Le client doit être satisfait ! Dans le cas d’un site de vente en ligne, si l’utilisateur ne trouve pas facilement ce qu’il cherche, en deux clics, il sera chez le concurrent ! 

Sur quels aspects intervenez-vous ? 

Je commence par analyser et adapter la navigation. Si ce niveau n’est pas clair, c’est déjà un problème. Je travaille aussi le design, pas l’esthétique mais la facilité d’utilisation. 

Quelle méthodologie utilisez-vous ? 

Pour commencer, je rencontre des utilisateurs. Je discute avec eux des informations importantes et de ce qui leur parait secondaire. Ensuite, je me mets en retrait et j’observe, j’analyse les différentes fonctions du site. Je détaille aussi son contenu et celui des sites concurrents. J’étudie les statistiques. Je peux également faire un test d’utilisateurs, c’est à dire que je donne des consignes aux utilisateurs et je regarde comment ils les appliquent. Après ces différentes phases, je peux élaborer des recommandations et faire des propositions plus concrètes. 

Parlez-nous de votre parcours professionnel… 

Après mes études, j’ai travaillé un an et demi chez Télé-Bruxelles. Je m’occupais de tout : design, contenu, développement, ergonomie… Ensuite, je me suis installé comme indépendant. La plupart de mes clients sont situés à Bruxelles et quelques uns sont en Wallonie. 

Qu’est-ce qui vous plait le plus dans votre métier ? Le moins ? 

J’aime le côté humain, j’aime rencontrer des gens et des univers différents. D’un jour à l’autre, je côtoie des architectes ou des vendeurs de téléphone. C’est très enrichissant ! Par contre, le résultat final est parfois décevant, à cause du budget, ou parce que le designer n’a pas voulu collaborer ou encore parce qu’on s’est trompé. 

Selon vous, quelles sont les qualités nécessaires pour devenir ergonome ? 

Ce métier demande le sens du contact. Il faut savoir mettre le client à l’aise, sinon il ne répondra pas à vos questions. Il faut avoir de l’empathie, pouvoir se mettre à la place de l’autre et comprendre ce qu’il dit. Il ne faut jamais penser qu’on peut tout savoir, ou que le client connait ses utilisateurs. Un bon ergonome a aussi un certain sens du design et une culture dans le domaine du multimédia. 

Pensez-vous qu’il s’agisse d’un métier d’avenir ? 

L’ergonomie est importante pour l’intranet comme pour l’extranet, mais elle est cruciale dans certains domaines, comme dans le e-commerce. Certains clients attendent un peu avant de se poser la question de l’ergonomie de leur site, mais lorsque leur boutique électronique n’est pas bien conçue, ils perdent du temps et des clients. Une grande entreprise qui utilise intranet a tout aussi intérêt à faire appel à nous. Leurs employés peuvent perdre beaucoup de temps si le site est mal fait ! 

Quels sont les conseils que vous donneriez à un jeune qui souhaite se lancer ? 

Je lui dirais de lire énormément, d’acquérir de bonnes références, de bonnes bases dans le Web et de se former lui-même par l’expérience. Je conseillerais aux jeunes d’aller voir des blogs (les blogs anglophones sont plus pointus), d’assister à des conférences (« usuability days ») et de participer à des tests d’utilisateurs.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.