Sabine Colleau,
Directrice espace hypermarché

Interview réalisée en mai 2008

Sabine Colleau est directrice d’un espace hypermarché Carrefour depuis 3 ans

En quoi consiste votre activité au quotidien ?

Je passe 80 % de mon temps sur le terrain, donc en magasin. Je contrôle l’espace de vente avant l’ouverture, je fais le tour des rayons. Je m’entretiens avec les managers des départements « food » et « non food ». Je m’assure de la qualité, de la fraîcheur et de la présence des produits.

J’ai ensuite un briefing avec les managers de rayon et de département. Je leur explique la situation du magasin (chiffre d’affaires, nombre de clients, débit par rapport à la région et à l’enseigne). Ils peuvent ainsi se positionner et établir des plans d’action adaptés. Je veille à la diffusion des informations dans le magasin. Je vérifie la fluidité au niveau des caisses pour que les clients n’aient pas à attendre. Je suis en contact avec les clients, qui aiment s’entretenir avec la directrice en cas de problème. Je supervise également les commandes de marchandises. Je contrôle les plans d’occupation du sol pour voir comment les articles seront installés.

La gestion technique, immobilière, mobilière et commerciale du magasin me prend aussi du temps. Le point de vente doit être rentable. « Avons-nous fait les bons choix ? Les produits proposés sont-ils les bons ? En fonction du chiffre d’affaires, j’aurai autant d’hôtesses de caisse, ces effectifs seront-ils suffisants ? » Je dois répartir les budgets entre les différents départements et services en fonction du chiffre d’affaires. Je suis entourée par les deux managers de département mais également par une responsable des ressources humaines. Je travaille donc en étroite collaboration avec ces trois personnes.

Je suis également chargée de l’activité textile. J’ai des réunions régionales et nationales avec les responsables de l’achat pour décider des tendances, des projets, des concepts, des chiffres…

Mon magasin est situé juste en dessous du siège central de l’enseigne. Les fournisseurs visitent donc fréquemment les implantations. Nous testons de nouveaux produits, de nouveaux concepts. Nous voyons, avec le secteur de l’achat et les directeurs de marchandises, si ces innovations sont intéressantes et s’il faut les adapter avant de les généraliser. Mon Carrefour est un magasin « pilote ».

Chaque jour est différent du précédent. Des événements imprévus peuvent survenir et j’adapterai mon emploi du temps en fonction de ces derniers. Par exemple, une collaboratrice vient de me prévenir que des journalistes voudraient filmer. Si Carrefour passe à la télévision, je dois tout mettre en œuvre pour que le magasin soit irréprochable. De plus, une telle équipe doit être accompagnée pendant le tournage.

Quelles sont les qualités nécessaires pour exercer votre profession ?

Mon travail exige des aptitudes en gestion. Mon équipe compte 220 personnes. Si le climat social n’est pas bon, le magasin ne tournera pas bien. Je dois éviter les conflits, assurer la stabilité du fonctionnement du magasin. Je travaille aussi avec les partenaires sociaux pour intervenir avant que les problèmes ne surviennent. Je dois être une bonne communicatrice. L’information doit transiter du haut vers le bas et inversement. Je dois adapter mon discours à chacun de mes collaborateurs, être souple. Il faut faire preuve d’une certaine autorité et d’une rigueur de travail. Mon comportement doit être exemplaire. Je ne fais pas ce que je demande aux autres de ne pas faire. Le climat social dépend beaucoup de moi. Le moindre écart de comportement de ma part pourrait porter préjudice à l’enseigne. Il faut entretenir une certaine convivialité, mais aussi donner à chacun les moyens nécessaires pour accomplir son travail. Les qualités humaines sont très importantes. Je dois être objective, rationnelle, méticuleuse et proactive. Je dois toujours réfléchir avant de parler.  Il faut posséder des qualités commerciales. Carrefour veut que les clients soient satisfaits. Les consommateurs n’ont pas toujours raison mais ils reviendront ou non en fonction de ce qu’on aura fait, ou non, pour eux. L’orientation « sens client » reste ma devise. Un directeur doit aussi avoir des qualités économiques et financières. Je gère un budget, je ne dois pas le dépasser, au niveau mobilier, immobilier, marchandises, personnel… Il faut limiter les pertes. Les commandes doivent donc être estimées au plus juste.

Quels sont les avantages et les inconvénients de votre métier ?

J’aime le contact et le travail en équipe. Lorsque je travaillais à l’achat, je me sentais plus isolée. Je rencontrais les fournisseurs, mais je passais plus de temps dans un bureau, ce qui ne me convenait pas du tout. J’ai besoin de discussions, de terrain. J’aime le commerce, les produits, surtout le « non food ». 

L’inconvénient, c’est que ce travail est stressant et très prenant. Il faut réagir à chaque problème, saisir les priorités… Il faut trouver un équilibre entre la vie privée et l’activité professionnelle, ce qui n’est pas toujours évident.

Quel est l’horaire de travail ?

Je travaille de 8h à 19h ou 20h, du lundi au samedi. Tout dépend des besoins du magasin. Je gère mon temps comme bon me semble, de cinq à six jours par semaine. En tant que cadre, je n’ai pas de jours de récupération si je dépasse mon temps de travail, mais je juge moi-même de ce que j’ai à faire et du temps que je dois y consacrer. Si je prends congé, je dois être sûre qu’un des deux managers de départements sera présent.

Quelles études avez-vous suivies pour accéder à votre profession ?

J’ai étudié à l’ULB. J’ai une licence en droit et une licence en sciences criminologiques. J’ai acquis les compétences des métiers de la distribution sur le terrain, lors de mes expériences et en stage. J’ai pu cibler mes besoins en formation et compléter mes savoirs par des cours, en interne ou en externe. Carrefour propose des formations économiques, commerciales, informatiques, orientées clients comme des formations à divers métiers de la distribution.
Je dépends du directeur régional. Lors de ma promotion, nous avons défini ensemble mes attentes, mes besoins et décidé des compétences que je devais encore acquérir et des moyens pour y parvenir. Nous procédons toujours ainsi.

Quel a été votre parcours professionnel ?

J’ai commencé chez Quick comme étudiante. J’ai été engagée comme manager pour la même enseigne pendant que mon mari finissait ses études. J’ai ensuite été directrice d’un magasin du groupe Champion. Après quelques années, je suis partie travailler comme chef de secteur chez Leroy Merlin, donc dans le bricolage. Ensuite, j’ai été acheteuse pour Mr. Bricolage. J’ai commencé en 2004 comme manager du rayon  « non food » au GB de Berchem-Sainte-Agathe. J’ai été promue directrice d’hypermarché l’année dernière.

Pourquoi avez-vous choisi ce métier ?

Je me suis prise au jeu de la distribution. Après quelques années sans contact professionnel avec le droit, il est devenu difficile pour moi de retourner dans ce secteur. Mon profil s’est spécialisé. Mon C.V., à l’heure actuelle, intéressera davantage le secteur commercial. Il y a beaucoup de mouvement ici. Cela me plaît. Chaque jour est différent. La connexion avec le siège central rend le magasin plus innovant. Il y a une interaction entre tous les niveaux. On avance sans cesse.

Que diriez-vous à un jeune qui souhaite se lancer dans cette voie ?

C’est un choix difficile à faire. Les contraintes sont importantes. Il faut garder en tête que l’aspect humain est central, qu’il s’agisse des clients ou des collaborateurs. Un directeur de magasin aura tous les jours des contacts avec les gens. Il faut donc aimer les relations humaines. Il faut aussi rester objectif, intègre et rigoureux.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.