Samuel Lemaire, Dessinateur de presse

Interview réalisée en avril 2013

Qu’est-ce qui différencie le dessin de presse de la caricature ? 

La caricature, c’est l’art de faire un portrait exagéré dans lequel on accentue un détail physique (nez, bouche, etc.). Dans le dessin de presse,  on essaie de faire un lien entre un sujet d’actualité (souvent politique) et un dessin. On peut y exagérer les traits d’un personnage pour que ce dernier soit reconnaissable mais ce n’est pas le but premier. Le dessin de presse est davantage lié à l’art de la communication. Le dessin ne doit pas l’emporter par rapport au message, à l’idée à faire passer. Il doit faire rire mais pas seulement. Il doit aussi pouvoir résumer et faire comprendre la situation, le sujet... 

Qu’est-ce qui vous a donné envie de vous lancer dans ce domaine ? 

Lorsque j’avais 12, 13 ans, je voulais faire de la BD. Malheureusement, cette option n’existait pas quand je suis rentré à l’académie. Je me suis alors tourné vers le dessin. J’ai aussi fait de la peinture jusqu’en 2003. J’ai exposé un peu partout dans le monde mais, à un moment donné, j’avais l’impression d’être arrivé dans une impasse avec la peinture. C’est alors que j’ai rencontré un dessinateur de presse qui, par l’intermédiaire d’un collègue, a reçu un de mes dessins et l’a montré à un rédacteur en chef d’un journal. Ce dernier a aimé et m’a proposé de me lancer. J’ai donc arrêté de peindre pour me consacrer au dessin de presse. Il ne s’agit toutefois pas de mon activité principale puisque j’exerce un autre métier en lien avec le droit de séjour des étrangers, même si j’y consacre de moins en moins de temps. 

Pour qui dessinez-vous et quel est votre statut? 

J’ai commencé par un journal satirique belge, la Tribune de Bruxelles, la Dernière Heure…

Actuellement, je travaille pour Sud Presse en tant que dessinateur national. Je suis rémunéré sur base des droits d’auteur. Généralement, pour un dessin national, le prix varie entre 80 et 250 euros suivant la notoriété du dessinateur. Une pleine page peut se facturer 1000 euros. 

Comment travaillez-vous ? Quelles sont les différentes étapes ? 

Au quotidien, je passe en revue les sujets qui vont être traités avec la rédaction du journal afin de choisir quel sera le plus intéressant à dessiner pour le lecteur. Ensuite, généralement, je fais des recherches sur le sujet, je me documente et petit à petit, le dessin prend forme. Je parcours aussi les commentaires laissés par les internautes pour sonder un peu l’opinion générale. Il faut compter entre 3 et 4 heures en tout pour un dessin national et je produis entre 1 et 17 dessins par jour. Les délais sont donc serrés et je ne peux donc me permettre qu’une version à chaque fois.    

Quelle est la personnalité que vous aimez le plus dessiner ? 

J’adorais Michel Dardenne car c’était une personnalité avec un capital sympathie énorme auprès des gens et donc, on pouvait lui faire dire ce qu’on voulait, tout passait avec lui. Sinon, pour le moment, j’aime bien Fabiola, Joëlle Milquet, Albert II, etc. Généralement, il est plus facile de dessiner ceux qui font l’actu. J’essaie malgré tout d’éviter autant que possible de dessiner des politiques. Je me rends compte que finalement, mes dessins sont parfois repris par les partis et créent le buzz et donc, je préfère éviter cela car ce n’est pas le but.    

Quelles sont les qualités essentielles à posséder pour exercer ce métier ? 

Il faut savoir dessiner mais il faut pouvoir faire passer le dessin en second plan. Un bon dessin de presse doit être compris par le lecteur en 4 secondes et donc, il ne faut pas trop de détails, il faut que le message passe facilement. Le dessin ne doit pas être un frein à la compréhension.  Il faut aussi un certain intérêt pour les sujets d’actualité et aller plus loin que le simple dessin. Il faut essayer de comprendre le sujet, l’objet de la polémique, là ou le bât blesse. Si on ne comprend pas, on ne rit pas. Il faut aussi éviter de faire de la politique. 

Vous n’avez jamais eu de problèmes de censure ? 

Si bien sûr. J’ai même perdu deux boulots à cause de réactions de certaines personnes qui avaient mal interprété mes dessins! Même si je pars du principe qu’on peut tout dessiner, il y a des sujets un peu trop sensibles que les rédactions préfèrent toujours éviter. Pourtant, je pense que plus un sujet est compliqué, plus il faut en parler et le comprendre. 

Quels conseils donneriez-vous à un jeune qui veut se lancer ? 

Lorsqu’on commence, il ne faut pas avoir peur de fournir un travail sans trop de prétention. Il y a beaucoup de personnes qui veulent se lancer dans le dessin de presse mais tout le monde n’en vit pas forcément. Ne jamais oublier de rester le « fou du roi », de garder du recul par rapport à l’actualité, par rapport aux politiques. Il ne faut pas non plus avoir peur de demander un avis sur son dessin. A l’heure actuelle, je pense aussi qu’il faut être présent sur les réseaux sociaux. 

http://www.samuelcaricature.be

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.