Vincent Lemaire, Chirurgien plastique

Interview réalisée en novembre 2010


Parlez-nous de votre parcours professionnel ?

J’ai commencé mes études de médecine en 1995. En tout, j’ai fait 13 années d’études après mes humanités, sept en médecine et six en chirurgie. Ce que j’aime dans la chirurgie, c’est le mélange de l’acte intellectuel du diagnostic et de l’acte thérapeutique. Au sein de la chirurgie, il y a plusieurs sous-spécialités. J’ai choisi la chirurgie plastique car c’est la seule qui ne se limite pas, anatomiquement, à une seule partie du corps. Cette formation contient une partie commune qui englobe diverses parties de la chirurgie et, il y a la spécialisation chirurgie plastique. Afin d’être avalisée, cette spécialisation doit se faire dans un centre spécialisé reconnu (il y en a 4-5 en Belgique). Parallèlement, j’ai fais des stages de perfectionnement dans une clinique privée à Lausanne et plus récemment, un stage en chirurgie réparatrice et esthétique du visage à Rotterdam et Gand.

On parle de trois types de chirurgies: esthétique, réparatrice et reconstructive. Pouvez-vous nous expliquer les différences ?

En fait il y a deux catégories: l’esthétique et la réparatrice, pour moi la reconstructrice et la réparatrice sont du même type. Dans la première, on retrouve l’augmentation mammaire, la liposuccion, le lifting du visage etc. Dans la seconde, on retrouve plusieurs types de chirurgie : la reconstruction mammaire après un cancer du sein, la chirurgie abdominale (tablier graisseux), les greffes de peaux dans des cas de grands brulés ou de cancer cutané. Les chirurgiens plastiques sont autorisés à intervenir dans chacun des deux pôles. Selon le cadre de travail, il y aura davantage de réparatrice, comme en milieu hospitalier, ou d’esthétique. 

À quoi ressemble une journée type d’un chirurgien plastique ?

Notre journée commence tôt, on doit être en salle d’opération dès 8 heures Auparavant, nous rencontrons nos patients pour faire les dessins et les photos préopératoires. La suite est rythmée par les interventions. Entre deux, nous assurons le suivi postopératoire. Nous pouvons aussi voir un patient externe pour un avis urgent. En fonction de la structure dans laquelle nous travaillons, nous sommes souvent appelés par nos confrères pour des gestions de plaies chroniques, des pansements complexes et pour des demandes d’avis, ce qui occupe considérablement nos journées. 

Ce métier est en constante évolution, que faites-vous pour rester à l’affût des nouveautés ?

Il faut savoir qu’en Belgique il y a une Société Royale de la Chirurgie plastique fort dynamique. Elle organise au minimum deux réunions nationales par an. Chaque service présente son secteur de recherche et ses études cliniques. Nous y rencontrons des invités du monde entier. Au niveau européen, il y a environ un rassemblement par semaine. Nous devons assister à un minimum de réunions pour pouvoir être à la page et voir les futures tendances. Nous avons à notre disposition un moteur de recherche spécialisé en médecine (pubmed.com) où nous retrouvons une mine d’informations très précises et accédons aux articles de références. 

Quels sont les risques liés à la chirurgie plastique ?

Les risques ne diffèrent pas d’un autre type de chirurgie, on rappelle au patient qu’il s’agit d’une chirurgie et qu’il n’est pas à l’abri de complications potentielles. Les complications classiques sont les hématomes et les infections. Tout doit être clairement exposé à la rencontre préopératoire. Un autre risque est l’insatisfaction du patient. Il est important d’expliquer clairement où seront les cicatrices, que les résultats ne seront pas immédiats ni permanents. Par exemple, la mise en place d’un implant mammaire a une durée de vie d’environ 15 ans. Si la patiente souffre d’un affaissement de la poitrine, nous faisons ce que l’on appelle une mastopexie (lifting des seins). Malheureusement, étant tous soumis aux lois de la gravité, nous devrons refaire l’opération après une dizaine d’années. Il n’y a que dans les séries télévisées que le patient ressort d’une chirurgie sans aucune cicatrice !! 

Les tarifs sont-ils règlementés ?

La plupart des chirurgiens plasticiens ne sont pas conventionnés, c’est-à-dire, qu’ils n’appliquent pas les tarifs règlementés par l’INAMI. Généralement, lorsque l’on fait une reconstruction, on ne demandera pas de supplément, le tarif de la sécurité sociale sera appliqué. Lorsqu’il s’agit d’une intervention purement esthétique, telle un lifting ou une augmentation mammaire, le chirurgien est libre de demander ce qu’il désire, ce qui explique la disparité entre confrères. Dans la codification de l’INAMI, quelques interventions plastiques sont remboursées comme des opérations mammaires ou du nez mais elles doivent entrer dans un canevas bien précis. 

Quelles sont les principales qualités d’un bon chirurgien plastique ?

Une chose est certaine, on ne doit pas avoir deux mains gauches. Être très à l’écoute du patient est indispensable. On arrive dans une période où les patients sont de plus en plus informés. Ils se remettent entre les mains du chirurgien, il est donc très important de créer un lien de confiance solide et savoir répondre clairement à leurs questions. Une autre qualité est d’avoir un bon jugement et de savoir dire non à une demande. On rejoint le principe premier de tout acte médical qui dit « primum non nocere » qui signifie « d’abord ne pas nuire ». 

Dans quelles circonstances allez-vous refuser une chirurgie ?

Dans ma jeune carrière, il m’est arrivé à deux occasions de refuser une intervention. Dans le premier cas, la demande émanait plus du conjoint que de la patiente qui adoptait une attitude passive et effacée. La seconde fois, le patient s’était déjà fait opérer à plusieurs reprises pour la même chose, je ne pouvais donc satisfaire pleinement sa demande. 

Quels conseils donneriez-vous à un jeune qui rêve de devenir chirurgien plastique ?

Il est très bien d’avoir des vocations précoces mais je dirais, lorsque l’on entame cette formation, qu’il faut attendre avant de choisir une spécialisation. Quelqu’un qui veut être plasticien doit d’abord savoir s’il veut être médecin. Le jeune doit aborder ses études de médecine de manière ouverte et se dire « je veux aider mais attendons de voir si cette spécialisation m’intéresse ». Les places sont rares et il y a beaucoup de demandes en chirurgie plastique. Il faut s’impliquer davantage que son voisin d’auditoire, en montrant sa motivation, en prenant des contacts et en allant observer en salle d’opération. 

Quels sont les principaux employeurs ?

Je dirais les hôpitaux. Dernièrement, des cliniques privées se développent de plus en plus et sont régies par le ministère de la santé. Ces structures sont tout aussi fiables que les hôpitaux. Ce sont nos deux principaux employeurs. 

Vous n’avez jamais pensé vous expatrier aux USA où le culte du corps est hyper développé ?

Cette mode est de plus en plus présente également ici !! Aux USA, la médecine est bien différente et je ne me vois pas travailler dans un système de santé qui n’a qu’un minimum de couverture pour les interventions nécessaires. Pour ce qui est du « bling bling », ça peut sembler attrayant et être un eldorado mais j’avoue que ma pratique me satisfait pleinement. Je retrouve en Europe des techniques tout à fait capables de rivaliser, sans rougir, avec celles des USA. Les américains ne sont pas avancés sur tout. Par exemple, la technique de lifting la plus répandue aujourd’hui, a été développée à Gand. 

Quels sont les avantages et les inconvénients de votre métier ?

C’est un métier très gratifiant aussi bien pour le volet esthétique que reconstruction. Les patients qui sont heureux du résultat n’hésitent pas à le montrer. C’est très satisfaisant pour un chirurgien que de poser des gestes concrets qui apportent du bien-être. L’autre avantage est que nous sommes amenés à travailler avec énormément de nos confrères et beaucoup d’idées ressortent de ces rencontres. Nous avons beaucoup moins de contraintes et de garde qu’un médecin généraliste donc, une meilleure qualité de vie.

L’inconvénient est notre indispensable disponibilité. Même si nous ne sommes pas de garde à l’hôpital, nous sommes rappelés pour les suivis urgents de nos patients. Ce métier est également très stressant par la qualité du résultat attendu.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.