Virginie Clemens et Irène Minacapelli,
Co-accueillantes d’enfants

Interview réalisée en septembre 2013

Selon vous, quel est le rôle de l’accueillante ?

Etre à l’écoute et répondre aux besoins de chaque enfant et des parents, être une référence vis-à-vis de laquelle ils se sentent en sécurité. Etre à leur disposition tout en posant des repères et des limites.
 

Pouvez-vous nous présenter votre projet d’accueil ?

Ce que nous privilégions dans notre milieu « Aux petites colombes », c’est le développement de l’autonomie chez l’enfant lors des repas, des jeux libres et de l’apprentissage de la propreté. Notre objectif est qu’il soit prêt pour son entrée à l’école maternelle. Il y a des périodes d’activités encadrées afin d’apprendre à chacun le partage et la vie en communauté. Nous proposons des thèmes variés : les bouteilles de psychomotricité, les poupées, les marionnettes, les animaux, le bricolage, les puzzles, etc. Apporter de la variété permet d’éviter la lassitude chez l’enfant. Au niveau des repas et du sommeil, nous suivons le rythme et les habitudes de chaque enfant en gardant une logique de groupe. Une conteuse vient une fois par semaine, ce qui est un privilège pour les enfants et cela nous permet de nous occuper des tâches administratives et de l’organisation du milieu (liste de courses, menus, etc.). Lors d’un conflit avec un enfant, nous favorisons le dialogue et mettons tout en œuvre pour qu’il comprenne son acte. Nous sommes exigeantes sur les arrivées et les départs, pour ne pas chambouler les enfants au niveau du sommeil et des repas. C’est très difficile de faire respecter les horaires.
 

Quels sont vos parcours scolaires et professionnels ?

Virginie : J’ai étudié la coiffure durant mes études secondaires, mais j’ai été très déçue de ce milieu. En 2009, une amie a ouvert une maison d’enfants, elle m’a donné l’opportunité d’y faire une convention de stage en alternance avec des cours à l’IFAPME afin de devenir accueillante d’enfants. Cette formation a été suivie d’un engagement après ma réussite. Elever mes enfants était pour moi primordial. J’ai accepté sans hésiter quand elle m’a proposé ce poste où je pouvais avoir ma fille alors âgée de neuf mois à mes côtés, tout en faisant ce que j’ai toujours aimé ! Une nouvelle vie s’ouvrait à moi.
 
Irène : Mon parcours secondaire fût le même que celui de Virginie, j’ai travaillé dans des salons de coiffure en tant qu’étudiante. Je me suis vite rendue compte que dans le futur, avec une vie de famille, cela ne me correspondrait pas. J’ai alors tenté la télévente car j’aime la communication. Suite à la faillite de mon employeur, j’ai choisi de reprendre une formation d’auxiliaire de l’enfance en cours de promotion sociale pendant dix-huit mois. Cette formation accompagnée de stage a confirmé ma passion envers les enfants.
Irène et Virginie : A ce jour, être indépendantes nous permet de concilier vie de famille et vie professionnelle.
 

Pourquoi avez-vous choisi d’être accueillantes autonomes plutôt que conventionnées ?

Pour des raisons financières principalement même si nous restons lucides : ce n’est pas un métier de richesse mais de passion envers les enfants. Nous avons pris les renseignements sur les deux possibilités, nous voulions être certaines de faire le bon choix. Nous avons préféré être indépendantes plutôt que « gérantes ».
 

Quels sont les éléments qui vous ont motivées à travailler à deux ?

Virginie : Nous nous sommes rencontrées lors d’une communion et avons découvert que nous avions fait la même formation. C’est Irène qui a pris l’initiative de me contacter et qui m’a proposé de me lancer avec elle mais j’ai refusé dans un premier temps car le statut d’indépendante ne m’intéressait pas. La seconde fois qu’elle me l’a proposé, nous avons discuté des avantages : me rapprocher de mon domicile, limiter les garderies extrascolaires pour mes enfants, rentrer moins tard à la maison. Elle m’a apporté sa motivation et c’est devenu une très belle aventure. Quand Irène veut quelque chose, elle ne lâche pas ! Et je l’en remercie pour moi et ma famille.
 
Irène : J’ai toujours voulu être indépendante et ne pas être sous les ordres de quelqu’un. Je n’aime pas la solitude et les responsabilités que cela représente d’être complètement seule. A deux, nous sommes rassurées parce que quand l’une de nous doit changer un bébé ou préparer un repas, l’autre surveille le reste des enfants.
 

Que se passe-t-il en cas de désaccord entre vous ?

Cette situation ne s’est pas encore posée mais si cela devait arriver nous en parlerons et nous trouverons la meilleure solution pour toutes les deux. Au niveau de l’organisation, nous avons mis toutes les choses au clair dès le départ, comme par exemple la présence de nos propres enfants dans le milieu d’accueil.
 

Combien d’enfants accueillez-vous ? De quels âges ?

Nous avons entre six et dix enfants chaque jour. La moyenne exigée par l’ONE dans notre cas est de huit enfants par jour. Cela nous laisse une certaine flexibilité : si nous avons moins d’enfants certains jours, nous pouvons compenser sur un autre jour de la semaine avec un maximum de dix enfants par jour. Quand nous avons démarré notre activité, il y a six mois, nous étions complètes au niveau du nombre de demandes d’inscription. Mais les arrivées se sont étalées sur plusieurs mois. Depuis le mois d’octobre 2013, les enfants sont tous présents. Notre milieu accueille des enfants de zéro à trois ans. Les enfants que nous avons actuellement ont entre trois mois et deux ans.
 

Quel type de relation instaurez-vous avec les enfants ?

C’est une relation magique, ils nous apportent beaucoup. C’est une relation saine, ils n’ont pas d’arrière-pensée, uniquement de la sincérité. Ils nous aiment ou ils sont fâchés mais jamais longtemps, ils ne sont pas rancuniers et se rendent compte que quand nous interdisons quelque chose, c’est dans leur intérêt. Il peut arriver que certains enfants éprouvent plus de difficultés à affronter la séparation du matin, mais ça passe rapidement.
 

Et avec les parents ?

Nous entretenons une relation presque familiale, c’est pourquoi il nous est parfois difficile de faire respecter le projet d’accueil ainsi que le contrat. Ce qui ne les empêche pas d’être attentionnés, ils nous respectent, nous nous sentons considérées, ils voient que leurs enfants évoluent rapidement et sont épanouis. Ils en sont très contents. Ils nous apportent aussi leur aide. Nous allons par exemple organiser une vente de lasagnes pour réunir les fonds afin de continuer à embellir le milieu. Certains parents sont exigeants et c’est un couteau à double tranchant : ils demandent que l’enfant soit changé plus souvent mais n’apportent pas le nécessaire. Lors d’une nouvelle arrivée, il y a toujours une phase d’intégration et d’adaptation en trois étapes : une heure le premier jour avec les parents, ensuite une demi-journée sans les parents et enfin une journée complète. Selon les capacités de l’enfant, cela peut prendre plus de temps. Cela permet de préparer l’enfant mais aussi de rassurer les parents sur notre comportement avec l’ensemble des enfants. Il faut aussi les rassurer par rapport à notre rôle : les enfants nous aiment beaucoup mais nous ne sommes pas là pour prendre la place de leurs parents, même si les enfants passent parfois plus de temps avec nous qu’avec eux.
 

Pouvez-vous décrire une journée-type ?

Nos journées durent dix heures : de 7h30 à 17h30. De 7h30 à 9h00, nous accueillons les enfants avec des jeux libres. Ils ont pris le premier biberon du matin avec les parents. A 9h00, c’est l’heure du petit-déjeuner. Ensuite, à 9h30, les activités commencent : des jeux, des chants, des bacs aux trésors, des lectures, de la peinture et, pour d’autres, une sieste. A 11h00, c’est le début des repas et vers 13h00-13h30, ils vont faire la sieste, après un moment de détente dans le « baby zen » (un espace relaxant avec des jeux de lumières). A 15h00-15h30, c’est l’heure de la panade, suivie de jeux libres. Les départs se font à partir de 16h00. Nous fermons le mercredi pour garder du temps libre avec nos propres enfants. Les tâches administratives comprennent les payements, les factures, la liste des présences, la gestion des horaires et des petits détails. Nous prenons de notre temps à toutes les deux pour préparer nos futurs projets et prendre des décisions. Globalement, une heure par semaine nous suffit.
 

Dans quel cadre travaillez-vous ?

Nous ne travaillons pas à notre domicile, nous ne voulions pas empiéter sur la vie privée de l’une d’entre nous et nous n’avions pas la place à la maison. Nous avons donc loué un local qui était une ancienne crèche. L’avantage du lieu est qu’il est très bien situé et que la publicité était déjà faite. Le local était devenu insalubre et demandait beaucoup de nouvelles autorisations. Il y avait des problèmes d’aération, d’humidité, des vieux équipements. Certains travaux ont nécessité l’accord du propriétaire et même parfois sa participation, comme le changement des châssis et des radiateurs. Nous avons également redescendu certains plafonds, repeints tous les murs, refait toute l’électricité, posé du parquet partout. La mise en conformité a nécessité énormément de travaux, nous avons investi en argent, en temps, en santé et en vie privée pour réaliser notre projet. Nous avons reçu beaucoup d’aide également. Maris, enfants, famille et amis ont travaillé sans relâche.
 

Quels sont vos rapports avec l’ONE ?

Une semaine avant l’ouverture, la représentante de l’ONE nous a rendu visite afin de vérifier les normes de conformité. Elle ne pouvait pas délivrer l’agrément, car les travaux n’étaient pas encore terminés. Toute l’équipe a mis les bouchées doubles et quand elle est revenue, une semaine plus tard, tout était prêt pour l’ouverture. Elle a constaté notre volonté de réussir, notre motivation. Nous sommes toutes les deux obstinées, motivées et déterminées. Si vous êtes cohérents avec l’ONE et les règles de votre milieu, les rapports avec eux se passent bien.
 

Quels sont les aspects positifs et négatifs de votre métier ?

La relation avec l’enfant et les découvertes qui en découlent sont un côté magique de notre quotidien. Notre seule motivation est la passion. Du point de vue négatif, il est parfois difficile d’obtenir des parents qu’ils respectent les horaires et les règlements internes.
 

Quelles qualités faut-il posséder pour exercer ce métier ?

Il faut être passionné, organisé et ne pas craindre de changer un enfant. Une bonne organisation évite le stress. L’enfant y est très sensible. Plus on se sent bien dans sa peau, plus l’enfant sera facile.
 

Quel conseil donneriez-vous à un jeune qui souhaite se lancer dans ce métier ?

Aller passer plusieurs jours dans un milieu d’accueil pour se rendre compte de la réalité du terrain : le comportement d’un groupe d’enfants, le bruit qui règne dans le milieu d’accueil, etc. Il ne suffit pas d’aimer les enfants pour se lancer dans ce métier. Il faut aussi être réaliste, les premiers mois ne sont pas toujours faciles concernant l’organisation, la gestion et les finances.
 

Comment envisagez-vous votre avenir professionnel ?

Nous espérons que ce milieu soit notre projet final, jusqu’à notre pension. Après, personne ne sait de quoi l’avenir sera fait, ni comment notre corps va réagir avec l’âge.
 

Le mot de la fin ?

Le bonheur est une denrée rare, plus on en donne, plus on en reçoit. Pour cela, rien de tel que de travailler au côté d’enfants.
 
 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.