Alexander Van de Wiele,
Pilote de navires

Interview réalisée en novembre 2020

Pouvez-vous décrire votre profession ? 

Je suis ce qu’on appelle un « pilote de mer » de la Communauté flamande, et plus particulièrement pour « Loodswezen », le Service de Pilotage de l’Agence des Services Maritimes et Côtiers. Il faut savoir qu’il existe quatre types de pilotes de navires : le pilote de rivière, le pilote de mer, le pilote du canal et le pilote côtier. En tant que pilote de mer, j’assure que le passage des navires dans l’embouchure de l’Escaut se déroule en toute sécurité.

Concrètement, j’accompagne les navires qui rentrent et sortent des ports belges dans une zone qui va de la rade de Flessingue aux Pays-Bas à une des stations de Pilotage « Wandelaar » ou « Steenbank ». Sur la rade de Flessingue, je suis relayé par le pilote de rivière qui guide le navire à Anvers ou, sur le canal à Bruxelles, à l’écluse de Wintam. Pour le port de Gand, je suis remplacé par un pilote de canal. 

Les bateaux, qui vont vers nos ports, peuvent également obtenir l’aide d’un pilote des Pays-Bas. Le choix entre pilotes belge ou hollandais se fait selon un ancien traité entre les deux pays.  

Votre rôle est donc de guider ces navires ?  

En tant que pilote, je suis le conseiller du capitaine qui reste toujours le seul maître à bord. Mes conseils portent sur ma connaissance approfondie des endroits peu profonds et dangereux. Je suis également un expert dans le domaine des marées et des courants, de la législation locale et des règles à suivre.

Je conseille le capitaine et l’officier de quart sur les parcours, la vitesse, les manœuvres et l’interaction avec les autres navires en tenant compte des caractéristiques du bateau que je guide (dimensions, maniabilité), des conditions météorologiques, ainsi que de l’espace utilisé dans la route employée. 

Quel(s) type(s) de navires accompagnez-vous?

Tous les bateaux qui doivent ou veulent prendre un pilote. Il peut s’agir de petits remorqueurs, de porte-conteneurs jusqu’à 400 mètres, de pétroliers, de navires-citernes pour gaz, de navires avec du vrac, de cargos mais aussi des navires à passagers. Bref, tout ce qui transporte des biens et des personnes. En ce qui concerne les navires militaires, c’est beaucoup plus rare.   

Comment montez-vous à bord du navire ?  

Le pilote est conduit à bord par le bateau-pilote qui est basé à la station de Pilotage. Comme je l’ai signalé, il y a deux stations pour les ports belges, une en Belgique (le « Wandelaar », situé à 18 km devant la côte d’Ostende) et une aux Pays-Bas (le « Steenbank », situé à 22 km devant la côte de Domburg). 

Le bateau-pilote peut s’apparenter à un petit hôtel dans la mesure où l’on peut y manger et y dormir. On y est en attente 24h/24, pendant six jours d’affilée pour dans le cas où un bateau ferait appel à nos services. Après ces six jours, nous avons cinq jours de repos. 

Selon la taille et la hauteur du bateau sur lequel nous devons embarquer, nous montons à bord d’une chaloupe ou d’un navire SWATH pour le rejoindre. 

Par le passé, un hélicoptère était utilisé par mauvais temps. 

Et que se passe-t-il une fois à bord ? 

Je monte à la passerelle de navigation. Le capitaine et moi abordons rapidement les caractéristiques du navire et le plan de navigation que j’ai préparé. Après cette courte consultation, le petit voyage commence : direction le port ! Je vérifie régulièrement la position pour garder le navire sur la route prévue et éviter qu’il ne tombe en eau peu profonde. J’entre en communication avec les autres navires pour prendre des dispositions nécessaires ainsi qu'avec les centres de radars qui supervisent l’ensemble de la zone. Je m’assure également que tout le monde est tenu au courant de l’heure d’arrivée prévue au port afin que tout soit prêt pour charger ou décharger rapidement le navire.

Qu’est-ce que vous appréciez dans votre travail ?

J’aime l’air frais de la mer en hiver quand je sors à l’extérieur sur le pont du bateau, le beau ciel étoilé, le soleil sur l’eau en été. J’aime aussi le temps orageux qui rend le travail beaucoup plus dangereux, surtout lors de l’embarquement et du débarquement. Je travaille sous toutes les conditions météorologiques, même en cas de forte tempête ! 

Je fais ce métier depuis 21 ans et je ne m’en lasse pas. Certes, je connais les routes par cœur mais les navires et les capitaines ne sont jamais les mêmes. L’interaction avec toutes les différentes nationalités est très intéressante. L’horaire est variable, on peut travailler le jour ou la nuit. J’adore ça !   

Quelles sont les difficultés de la profession ?

La communication avec l’équipage n’est pas toujours fluide. D’ailleurs, une très bonne connaissance de l’anglais est nécessaire et chaque langue supplémentaire est un bonus. 

En raison des heures qui changent constamment, le rythme du sommeil est tout sauf normal. 

Ce métier implique aussi un minimum de condition physique, ne fût-ce que pour grimper à bord du navire : les échelles peuvent mesurer jusqu’à 9 mètres et il y a souvent un escalier du pont du navire à la passerelle de navigation. Cela peut parfois être l’équivalent de 10 étages ! Les conditions météorologiques font que vous montez parfois à bord après avoir été bien trempé par les vagues, mais vous devez malgré tout être directement opérationnel !

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.
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