Jacques,
Responsable des moyens de paiements

Concrètement, quelle est votre formation ?

Il n'existe pas de formation proprement dite. J'ai moi-même  une formation d'économiste, sciences économiques et sociales avec une approche de la sociologie, sanctionnée par un diplôme des  facultés Notre-Dame de la Paix à Namur.

Il y a autant de profils de responsables de paiements qu'il y a de banques. Il s'agit d'une fonction taillée suivant la stratégie et la clientèle des banques. Les différences peuvent être fondamentales.

Tout au court de sa carrière, le responsable de paiement est amené à suivre plusieurs cursus : informatique, banque et bourse, langues, management,...

Ce n'est pas un métier que l'on apprend à l'école, donc pas de formation spécifique.

Le plus souvent, il faut être titulaire d'un diplôme universitaire ou supérieur et suivre ensuite la filière de la banque.  On n'est pas responsable des paiements, on le devient.

Il y a autant de filières que d'individus. L'évolution est fonction du parcours au sein de plusieurs ou d'une seule institution bancaire. Ce parcours s'étale sur plusieurs années et est différent pour chacun. Le parcours professionnel d'un  responsable de paiements peut être lié aux circonstances de la vie. Ca a été mon cas.

Pouvez-vous nous décrire votre parcours professionnel ? 

J'ai tout d'abord évolué dans une petite banque dans laquelle j'ai touché tous les domaines et ce, en peu de temps. J'ai effectué des remplacements qui m'ont permis d'avoir une approche variée dans plusieurs domaines, notamment en ce qui concerne l'approche des titres et coupons. Puis j'ai remplacé des directeurs d'agences et des conseillers. Par ces diverses expériences, j'ai acquis un comportement polyvalent dans toutes les matières, dans divers types de fonctionnement et pour une texture de clientèle très différente pour chaque agence.

Les circonstances de la vie m'ont permis de gravir des échelons qui m'ont progressivement amenés à la fonction que j'occupe actuellement.

Ensuite à Liège pendant 7 ans, je suis passé au département organisation en tant que responsable. Il s'agissait là de missions plus spécifiques : notamment, l'informatisation d'agences en réseau. De nouveau, ces domaines vous montrent bien qu'il faut être polyvalent selon les besoins.

A Bruxelles, j'ai atteint l'échelon de back office crédit pendant environ 2 ans. Je suis passé à la fonction de technico commercial crédits avec appui sur clientèle de particuliers ou professionnels. Il s'agissait pour moi d'opérer au niveau du suivi lorsqu'il y avait complication tant au niveau des clients qu'au niveau des problèmes rencontrés par la société.

En ce qui concerne la clientèle de particuliers, ceux-ci peuvent avoir de gros besoins au niveau des crédits et il est alors difficile de monter un dossier solide.

Après ces années dans la même fonction, la vision des choses se fait autre et l'ennui peut s'installer.

Concrètement, en quoi consiste la gestion des moyens de paiement d'une banque ?

Je vais vous énoncer une définition que j'aime bien, je pense qu'elle couvre tous les aspects de cette fonction. Ma mission : Assurer aux opérations, dès qu'elles sont confiées au département, soit directement par la clientèle (externe ou interne), soit par la biais des agents, supports et réseaux commerciaux, un parcours sans faille et en temps opportun, dans le respect des procédures et règlements en force ainsi que dans la rencontre du triple souci " Qualité - Rentabilité - Sécurité ".

De manière générale et pour tous les compartiments du département, les tâches consistent en : management et organisation des Ressources, supervision et conduite de gros projets. Plus spécifiquement, recherche de la meilleure adéquation des systèmes, procédures et modes opératoires à la mission.

En ce qui concerne les grandes tâches du département, il existe différents compartiments et différentes spécialisations dans la partie nationale (logistique, réseaux d'agences...) et l'international (de la Belgique vers les pays européens en appliquant les versions les plus rapides).

En ce qui concerne directement le management, il faut trouver la meilleure adéquation entre le système de procédures et la mission définitive, notamment dans la conduite des très gros projets (par exemple : contrôle, vitesse, confidentialité...).

Avec quel type de clientèle travaillez-vous ?  Quelles sont les particularités d'une clientèle institutionnelle et d'une clientèle de particuliers ?

Nous travaillons avec tout type de clientèle suivant la stratégie de la banque et politique de niche ou non (soins plus particuliers ou non à tel ou tel type de clientèle).

Partie " clientèle institutionnelle ", comme les syndicats, mutuelles...

Partie " clients moyens et haut de gamme ", comprenant les professionnels indépendants, les artisans, PME, professions libérales.

Il s'agit là de proposer des produits qui répondent le mieux à leurs besoins : un ciblage des produits et services suivants des besoins plus spécifiques.

En ce qui concerne les toutes grosses sociétés, celles-ci ont toute une série de services personnalisés.

La particularité de la clientèle institutionnelle est que celle-ci a des besoins précis et peu sophistiqués. Il faut effectivement fournir ces sociétés en volume avec une qualité basique.

Pour ces cas, tout dépend de la stratégie et de la cible de chaque banque, mais on va vers une étendue des services bancaires.

En quoi les nouvelles technologies ont-elles influencés votre profession ? Et quelles en sont les conséquences ?

Les nouvelles technologies ont permis d'augmenter la sécurité et la vitesse des opérations et de diminuer les coûts opératoires, mais aussi quantité de personnes qui traitent un nombre sans cesse croissant d'opérations de plus en plus sophistiquées.

Par exemple, l'exécution d'un virement classique réceptionné à l'agence, donc particulièrement urgent se fait par le siège central à j+1 avec un paiement à  j+2. Dans ce cas, l'encodage est effectué par l'agence, ce qui permet de gagner un jour avec compensation le lendemain.

Un virement très urgent, pour une TVA de dernière minute, par exemple, le siège exécute le virement le jour même et le bénéficiaire est crédité le jour même.

Quels sont les avantages et les inconvénients de votre métier ?

Les avantages sont que je n'ai pas l'occasion de m'embêter car les choses bougent tout le temps, elles évoluent. J'ai le sentiment de ne pas être confiné dans une fonction  figée. 

Je suis entouré de quelques adjoints. Ma fonction relève du comité de direction à qui je dois rendre compte mais j'ai un champs d'action plutôt personnel avec une certaine autonomie et donc une situation hiérarchique intéressante. Je suis un peu une plaque tournante car je touche à tous les compartiments de la banque par des contacts avec tous les responsables ce qui est une position intéressante sur le plan humain, intellectuel et de la communication.

Je m'occupe donc du management d'un nombre très important de collaborateurs.

Mes adjoints sont  responsables d'une ligne de production et de services tant sur le plan national qu'international.

Il existe 5 niveaux en ce compris le personnel d'exécution. L'organisation du travail se fait en montant et en descendant.  Encore une fois, l'organisation d'une banque ou d'un département est toujours différente d'une institution à l'autre et d'un département à l'autre.

Toute la journée, mes adjoints courent contre la montre. Tout doit être fait endéans les timings. Pour ce faire, des contrôles sont donc effectifs tout au long de la journée. En fin de journée, le personnel d'exécution doit chaque soir quitter son lieu de travail toutes tâches terminées (clean desk).

Mon organisation personnelle est un peu différente par rapport à mes adjoints, comme je vous l'expliquais tout à l'heure. Je peux m'absenter plusieurs jours alors que tout continue à fonctionner correctement car chacun à ses responsabilités, son travail. Le suivi est assuré.

De quel type de collaborateurs êtes-vous entouré pour mener à bien les projets ?

Globalement il s'agit d'adjoints indirects qui sont des personnes universitaires ou diplômées d'écoles supérieures à vocation de juriste, ou économiste de préférence. Les personnes les plus efficaces sont recrutées aussi pour leur " bonne tête ", leurs qualités humaines. Leur bagage doit en tous cas leur permettre d'affronter des situations de plus en plus complexes. Ne l'oublions pas, la banque reste une affaire de comptabilité.

Selon vous, quelle est la formation la plus appropriée pour votre profession ?

Il n'y a pas vraiment de formation. L'idéal est d'avoir une formation économique avec une approche comptable, sociale (psychologie) et informatique de plus en plus précise. La connaissance active des langues (au moins anglais et néerlandais) est nécessaire.

Par rapport à l'évolution constante des moyens de paiement, comment envisagez-vous votre profession dans quelques années ?

C'est un métier qui va faire appel à des techniques de  plus en plus sophistiquées. Il s'agira d'un travail journalier de moins en moins exécutant, donc suivant des filières plus complexes car supra nationales, voire même mondiales,

Les canaux informatiques permettent beaucoup de contrôle, moins de travail papier (virements, chèques,…).

La sécurité est très importante car tous les paiements peuvent être fait par mail ou Internet, mais  c'est assez dangereux, il faut encore être très vigilant (sécurité, transparence des flux). Ce qui implique des améliorations et la présence des responsables lors des différentes étapes de plus en plus complexes, rapides, contrôlées. Il est indispensable d'avoir un personnel de plus en plus spécialisé, pointu dans le domaine de l'informatique avec une participation à l'élaboration de la sûreté des contrôles.

La sélection du personnel se fait non seulement sur l'expérience sur le terrain mais aussi sur les formations complémentaires nécessaires parce que la connaissance totale du processus et des produits est très important. Ces personnes sont ce que l'on peut appeler " à valeur ajoutée ".

Je rappelle qu'on n'est pas adjoint ou responsable, on le devient. On ne décroche sa place dans la fonction sans passer du temps auprès d'un responsable. Il faut en effet se former correctement et voir la réalité du métier. Il s'agit d'une période d'apprentissage nécessaire afin d'avoir une connaissance totale des processus existants. Le futur responsable est et restera un stagiaire !

Il n'y a pas de formation spécifique mise sur pied lors de la création de nouveaux produits. Il existe seulement des séminaires en interne et l'apprentissage sur le terrain. La communication permet inévitablement de se trouver sur la longueur d'ondes.

Quels conseils donneriez-vous aux jeunes s'orientant vers le secteur ?      

Modestie, patience, implication. Dans chaque banque, dont le nombre diminue (fusions), il y a un responsable et quelques adjoints, il ne faut pas s'engager en disant je veux devenir responsable des moyens de paiement. Il n'existe pas de  plan de carrière dans la banque.

Dans ce métier, on touche à tout, les circonstances font que l'on devient ou pas responsable.

Question première à se poser : qu'est-ce que je veux faire, vers quoi ai-je envie d'évoluer ?

Moi-même, je ne suis vraiment pas certain de terminer ma carrière dans ce poste.

Pendant 15 ans, tout a évolué rapidement, mais tout va encore bouger et plus vite encore. Il y a un moment où on peut avoir envie de faire autre chose car tout peut être intéressant.

Quel est votre mode de rémunération ?

C'est très simple et cela dépend de maison en maison. Tous les responsables ne sont pas payés au même barème.

J'ai un salaire fixe, frais de représentation , des chèques-repas et une voiture de fonction.

On procède à l'analyse des objectifs de l'année. Ensuite, il y a une première puis une seconde évaluation permettant de voir si les objectifs sont atteints. En fonction de ces critères, si la santé financière de la banque le permet, un " bonus " est accordé.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.
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