Thierry Leduc,
Minéralogiste à l’Institut Royal des Sciences naturelles de Belgique

Interview réalisée en décembre 2020

Pour commencer, en quelques mots, qu’est-ce que représente la minéralogie ?

La minéralogie c’est l’étude de tout ce qui est minéraux de préférence naturels. Un minéral est par définition un corps inorganique, naturel et caractérisé par une formule chimique bien définie ce qui le différencie des roches. On retrouve notamment les minéraux dans les roches et les météorites.

Quel est le rôle d’un minéralogiste ?

Personnellement, j’interviens dans plusieurs domaines : au niveau de l’identification des différentes phases composantes des roches mais aussi des météorites. J’ai également fait ma thèse aussi sur la composition minéralogique des ossements des Iguanodons de Bernissart exposés à l’Institut Royal des Sciences naturelles de Belgique (IRSNB). La présence de certains minéraux a un rôle primordial sur la conservation des ossements fossiles. Ce n’était pas de la paléontologie au sens strict, mais plutôt de la minéralogie appliquée. A partir du moment où on a des phases minérales à identifier, on peut faire appel à un minéralogiste quel que soit le contexte. 

Est-ce que vous pourriez parler de votre parcours académique et professionnel ?

Mon parcours est atypique par rapport à un minéralogiste traditionnel. Normalement pour être minéralogiste, il faut avoir fait les études de géologie à l’Université alors que moi j’ai un master en zoologie. D’une manière détournée, j’ai abouti au service de minéralogie de l’Institut Royal des Sciences naturelles de Belgique (IRNSB). Ma formation de base en minéralogie acquise durant mon cursus de zoologie m’a été utile pour avoir ce poste. Il est bien évident que ce n’était pas suffisant, j’ai dû resuivre les cours de minéralogie du cursus de géologie à l’Université de Liège pour me remettre à niveau. À partir de là, j’ai pu faire ma thèse de doctorat. Je l’ai terminée en 2013 mais elle a duré 8 ans parce que je cumulais ma thèse et le travail à l’Institut.

Pouvez-vous nous dire quelques mots sur l’IRSNB ?

L’IRSNB est composé de trois parties. Il y a le musée proprement dit, les collections et la partie recherche. Ces parties se rapportent à plusieurs domaines scientifiques :  les sciences de la terre (Géologie, Paléontologie et Préhistoire) dont je fais partie mais aussi un département « nature » qui reprend notamment l’étude de micro et macro-vertébrés, l’étude des eaux douces, de la Mer du Nord… et un département phylogénie basé notamment sur un laboratoire d’analyses ADN.

Une journée-type pour vous, cela consiste en quoi ?

Je fais toujours le travail de minéralogiste mais j’ai aussi repris la gestion de tout ce qui est laboratoires et équipements du département « Terre et histoire de la vie ». Mon rôle est donc plus centré sur cette gestion ce qui ne m’empêche pas de collaborer à des projets et des publications scientifiques par des analyses de roches, de météorites ou d’artéfacts au microscope électrique à balayage. L’Institut a acquis une certaine réputation dans l’analyse d’artéfacts tels les poteries, les matériaux en rapport avec les anciennes fonderies (fer, bronze…). Notre rôle est d’en déterminer la composition minéralogique et par comparaison avec des analyses de roches, d’essayer de trouver les sources de matières premières. Il n’y a pas vraiment de journée-type car on a des choses très différentes à faire chaque jour. Un autre aspect de mon travail, lié directement à la minéralogie est l’identification de minéraux ou de météorites pour des visiteurs externes, scientifiques ou particuliers. C’est ainsi que nous recevons régulièrement des particuliers pensant détenir des météorites.

Est-ce que vous travaillez plutôt seul ou en équipe ?

Il y a des travaux qui peuvent se faire seul, les identifications simples par exemple. Mais pour des choses plus complexes, oui, on est deux minéralogistes et on fait même parfois appel à d’autres scientifiques de l’Institut lorsque ce sont des problèmes plus spécifiques. Pour les recherches scientifiques, le travail se fait toujours en équipe, chacun mettant une pierre à l’édifice.

Dans des cas spécifiques, est-ce qu’un minéralogiste est appelé par un particulier, les médias, etc. ?

Comme je l’ai dit précédemment, nous sommes sollicités régulièrement par des particuliers pour des identifications ou des conseils scientifiques. Nous sommes aussi parfois contactés par les médias (journaux, télévisions…) dans le cadre de certains de leurs reportages. Cela est déjà arrivé notamment lors des commémorations du premier pas sur la Lune. En effet, l’Institut détient des fragments de roche provenant de la Lune, fragments offerts au peuple belge par le président Richard Nixon à l’époque. 

À l’Université de Liège, Frédéric Hatert est aussi contacté par des particuliers. Il fait partie du Comité pour l’identification des nouvelles météorites.

Dans ce métier, le minéralogiste est-il est amené à manipuler des outils particuliers qui lui sont propres ou que le public ne connait pas spécialement ? 

Bien que certaines identifications puissent se faire par simple observation, celle-ci nécessite souvent au minimum une loupe binoculaire. Toutefois, la majorité de notre travail repose sur l’utilisation d’équipements scientifiques très sophistiqués mais qui ne sont pas spécifiques à la Minéralogie. On utilise principalement des équipements présents à l’Institut tels que la diffraction des rayons X, la microscopie électronique à balayage avec les équipements d’analyses chimiques et structurelles qui lui sont associés. Il arrive également que l’on collabore avec d’autres institutions fédérales ou universités pour des techniques ou équipements non présents à l’Institut. C’est notamment le cas pour des analyses chimiques quantitatives ou des analyses isotopiques.

Est-on régulièrement amené à se déplacer sur le terrain ou s’agit-il davantage d’un travail en laboratoire ?

Dans mon cas, la recherche scientifique est essentiellement liée à du travail de laboratoire. Le travail de terrain se limite à ce qui est absolument nécessaire car nous avons peu de temps et surtout peu de moyens pour le faire. Il existe tout de même des possibilités de prospection sur le terrain mais dans le cadre de projets de recherches déterminés.

Quel est l’objet de votre travail actuellement ?

La gestion des laboratoires et des équipements scientifiques me prenant la majorité de mon temps, il m’en reste peu pour effectuer mes propres recherches. Par contre, comme je l’ai dit précédemment, je collabore de temps à autre avec des scientifiques en tant que support analytique. Les derniers projets sur lesquels j’ai collaboré et fait des analyses concernent l’archéologie notamment des recherches à propos des céramiques, de briques et d’objets en rapport avec le travail du bronze, tous en provenance de Belgique.

En Belgique, est-ce que la minéralogie est fort présente ou ce sera plus difficile de trouver un emploi ?

Des minéralogistes en Belgique, il y en a peu. Nous sommes deux à l’Institut dont moi qui suis zoologiste à l’origine et ma collègue qui est plutôt géochimiste. Il doit y en avoir quelques-uns dans les universités ou autres institutions scientifiques. Il faut quand même rappeler qu’il n’y a pas d’études spécifiques pour la minéralogie mais que cela fait partie du cursus de Géologie.

Est-ce que vous identifiez des qualités à avoir pour exercer ce métier ?

Pas spécialement. Je pense que c’est comme pour n’importe quel métier, il faut avoir l’envie et l’amour de ce qu’on fait. Sinon, ce qui est nécessaire pour faire le métier, on le reçoit lors des formations et on l’acquiert avec l’expérience et les recherches réalisées par la suite.

Si vous aviez des conseils à donner à un jeune qui s’intéresse à la minéralogie et qui en fera peut-être son métier, ce seraient lesquels ?

Si je dois donner mon expérience personnelle, depuis l’âge de 10-11 ans j’ai voulu faire la biologie et la zoologie. J’adorais la nature donc je me renseignais énormément sur le sujet, je m’y balade régulièrement, je cherchais des petits animaux et ça a été pareil pour la minéralogie. Ce ne sont pas vraiment des conseils, s’il y a quelque chose qui vous intéresse, je crois que l’idéal c’est, plus jeune, de s’inscrire dans un club ou autre et de rencontrer des gens qui ont des connaissances plus importantes (pas nécessairement des professionnels) et qui pourront donner davantage d’informations. Ainsi, le jeune aura accès à d’autres informations avant de se lancer dans des études. Rappelez-vous, il faut faire ce que l’on aime.

Une anecdote pour conclure ?

Ma meilleure anecdote est mon parcours atypique en lui-même. Je suis sorti des études de zoologie en 1989. Dès le début, les professeurs nous avaient prévenu qu’il n’y aurait pas de travail et ils avaient raison. Par des chemins détournés, j’ai trouvé une place en taxidermie pour une firme privée de la région liégeoise. Plus tard, j’ai postulé en tant que taxidermiste à l’IRNSB et j’ai fini deuxième de l’examen. On m’a alors demandé si un autre poste m’intéresserait et c’est là que je me suis retrouvé en minéralogie. Je ne me serais jamais imaginé aboutir en minéralogie par la taxidermie, encore moins d’y faire une thèse de doctorat alors que ça ne m’avait pas traversé l’esprit à l’époque de la zoologie.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.
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