Anne D,
Assistante sociale à l'Office de la Naissance et de l'Enfance

Interview réalisée en janvier 2004

Où travaillez-vous et quelle est votre fonction ? 

Je travaille à l'Office de la Naissance et de l'Enfance (ONE) qui dépend de la Communauté française et est chargé, entre autres, de l'accompagnement des familles ayant des enfants de 0 à 6 ans par le biais de ses services gratuits que sont les Consultations pour Enfants. Le suivi médical et social qui y est fait est préventif. 

Je suis une travailleuse médico-sociale (TMS). Mon rôle est d'accompagner le médecin en consultation, d'assurer des permanences et de faire des visites à domicile. 

En consultation, nous assurons le suivi de la croissance et du développement psychomoteur des enfants, dépistons des troubles tels que ceux de la vue ou de l'ouïe et nous chargeons des vaccinations. Nous donnons des conseils d'ordre alimentaire. Nous faisons aussi de la prévention d'accidents domestiques. 

Lors des permanences, nous sommes à l'écoute des questions des familles concernant tout ce qui a trait à la petite enfance.La gestion des visites est laissée à l'initiative des TMS. Cependant lors de chaque naissance, nous proposons une visite à toutes les mamans qui le souhaitent. Ce service s'adresse à tout le monde et est libre (chacun peut y recourir suivant ses besoins). Il y a pourtant des cas "à risque" où nous devons intervenir. Ces interventions ne sont pas faciles, parce que les situations de maltraitance sont souvent difficiles à détecter. Il ne faut pas perdre de vue que nos visites sont ponctuelles. Si nous n'arrivons pas à gérer la situation seule, nous travaillons alors en partenariat avec l'aide à la jeunesse voire avec le tribunal si nécessaire (si l'enfant est en danger). 

Le but de notre profession est de redonner confiance à ceux qui nous appellent et à leur donner les moyens de s'en sortir indépendamment de nous. Nous sommes là pour les accompagner. 

Quels sont vos parcours scolaire et professionnel ? 

J'ai fait des études d'assistante sociale à l'I.S.F.C. J'ai débuté ma vie professionnelle dans la maison maternelle où j'avais fait un stage, puis dans une asbl chargée de la création de bases de données sociales. J'y ai travaillé quelques mois, avec un contrat à durée déterminée, puis j'ai passé un an dans le logement social où j'avais également fait un stage. Comme quoi les stages sont très utiles! 

J'ai ensuite passé les examens de recrutement à l'ONE où j'ai décroché un contrat à durée indéterminée. J'ai passé l'examen du Selor et je suis nommée à présent. En outre, nous bénéficions à l'ONE de formations régulières pour mener au mieux notre travail. 

Quel conseil donneriez-vous à un jeune qui voudrait travailler dans le secteur de l'enfance?

Dans les études d'assistante sociale, les stages sont l'élément-clé. Ils sont obligatoires au cours des études, et ma recommandation est d'en faire dans des endroits les plus variés possibles. Tant qu'on n'est pas confronté à la réalité du milieu social, on ne s'imagine pas du tout à quels problèmes professionnels on sera confronté. A l'issue des stages, certains étudiants réalisent qu'ils ne sont pas faits pour le travail social. 

Quelles sont les qualités et les compétences nécessaires ? 

L'humilité avant tout. Il faut être empathique et pouvoir écouter les gens. Il faut amener les gens à réfléchir et à trouver des réponses en eux-mêmes plutôt que de leur donner des conseils. Etre capable de prendre de la distance par rapport aux situations que l'on rencontre. Pouvoir travailler en équipe et en réseau avec tous les intervenants. Avoir une bonne capacité de travail autonome : la plupart du temps, on travaille seul. 

Il est vrai qu'au début on patauge beaucoup. Il faut quelques mois pour apprendre à mettre des priorités parce qu'on n'a pas le temps de tout faire : un tour de passe-passe qui s'apprend sur le tas et qui change en fonction de sa propre évolution et des directives que l'on reçoit de l'ONE. Travailler dans le social, c'est souvent se trouver face à des situations difficiles à supporter. 

Comment gérez-vous le stress? 

Au début, c'est très stressant. Face aux situations difficiles, nous avons des réunions de supervision qui, si elles ne sont pas obligatoires, peuvent néanmoins nous aider. Mais, nous sommes avant tout des travailleurs de première ligne : nous rentrons dans les maisons et nous avons des contacts très directs avec les familles. Les situations peuvent déraper très vite et il faut donc effectivement prendre du recul. Les réunions de supervision sont alors bien utiles.

Nous avons peu de balises. Nous savons que notre ligne directrice est le bien-être de l'enfant, et que les moyens pour y arriver sont les consultations, les visites à domicile et les permanences, mais on ne nous dit pas comment faire sur le terrain. Il n'existe pas de "recettes". Quand on débute, on est censé tout connaître. Ce qui est aussi une source de stress quand les gens nous posent des tas de questions : le quotidien du bébé, comment préparer et stériliser les biberons, etc. Au début, c'est très scolaire, et puis on devient plus souple. 

Quel sont les avantages et les désavantages de votre travail ? 

Les avantages, c'est qu'il s'agit d'un travail varié, avec une grande diversité de public. Je réalise aussi qu'avec l'expérience, j'apprécie mon autonomie. Par contre, c'est un métier qui peut être usant, parce qu'il exige d'être continuellement confronté aux problèmes des autres. De plus, les limites de notre fonction sont mal définies : où arrêter notre intervention ? Comment garder la "bonne"distance avec les familles ? La solitude peut également être perçue négativement lorsqu'on est confronté à une situation difficile.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.