Brigitte Julien et Jean-Louis Craenhals,
Kinésithérapeute sophrologue et enseignant sophrologue

Interview réalisée en juin 2013

En quoi consiste le métier de sophrologue ?


Brigitte Julien : Le métier de sophrologue est un métier associé à une profession de départ. C’est rarement un métier en tant que tel parce que ce n’est pas facile d’être sophrologue à temps plein. C’est lié aux professions du bien-être. Du « bien naître » aussi parce qu’on l’a d’abord utilisé surtout pour les accouchements. (Maintenant on dit « préparation à la naissance ».) Et puis cela s’est élargi au mieux-être, à la gestion du stress, mais aussi au développement personnel. 

C’est recevoir des gens soit en privé, en individuel, soit en groupe pour leur faire partager une pratique. La sophrologie est essentiellement une pratique. Il s’agit d’essayer d’amener les personnes à se l’approprier, à s’y entraîner, de façon à progressivement se développer, s’harmoniser, mieux gérer les contraintes du monde extérieur, être mieux dans sa peau et bien d’autres choses encore. C’est vraiment le mieux-être et le mieux-vivre. 

Personnellement, j’ai une casquette supplémentaire parce que j’ai une école de sophrologie et que dans le métier de sophrologue il y a aussi le métier de formation, de former d’autres personnes en sophrologie. Mais cela ne concerne que quelques personnes. Pour la plupart des sophrologues, il s’agit vraiment de le faire avec des personnes en individuel ou en groupe. 

Jean-Louis Craenhals : C’est vraiment une activité complémentaire. Il faut savoir que le sophrologue, lorsqu’il reçoit le participant ou son patient, son groupe, donne la séance mais la vit aussi. Donc cela dépend du rythme de chaque sophrologue. Je pense qu’il n’y a pas beaucoup de sophrologues qui enfilent huit séances de sophrologie sur une journée parce que le sophrologue travaille en même temps.

B. J. : Cela demande vraiment un investissement personnel important de concentration et d’adaptation parce qu’une personne n’est pas l’autre. Ce n’est pas « première séance ceci, deuxième séance cela, troisième séance cela, quatrième séance cela ». C’est vrai qu’il y a une progression. Il y a quatre niveaux. Il faut d’abord avoir fait au moins une dizaine de séances du premier niveau pour passer au deuxième, etc. Mais en dehors de cela, il y a un choix d’exercices en fonction de l’avancement des séances, en fonction de ce qu’est la personne ce jour-là, en fonction des objectifs que la personne vise. C’est vraiment quelque chose qui est du sur-mesure. Il faut donc être extrêmement disponible pour arriver à capter le non-dit. Et adapter de façon la plus juste possible la séance à l’état d’être et aux objectifs de la personne. Cela demande énormément d’énergie et cela fatigue très fort. Alors, peut-être que certains fonctionnent en mode automatique mais cela n’est pas en adéquation avec le principe d’authenticité du sophrologue, on ne peut pas être authentique vis-à-vis de la personne. Et justement, en ce qui concerne le métier de sophrologue, c’est vraiment se changer soi-même avant de vouloir changer les autres. Ce que je communique quand je transmets la sophrologie, ce n’est pas seulement ce que je connais, mais ce que je suis. Et cela c’est terriblement important. C’est ce travail sur moi-même, cette implication que j’ai dans mon boulot de sophrologue, qui va transparaître dans ce que je vais donner aux autres. Et quand je vais choisir telle ou telle séance, tels et tels exercices avec une personne, et que je vais l’accompagner dans ces exercices, je vais les choisir grâce à mes connaissances théoriques mais surtout grâce à mon vécu de la pratique parce que je ressens les exercices, je les vis, je connais leur effet. Et c’est à ce moment-là où, faisant jouer aussi un peu mon intuition en plus de ma connaissance, je vais décider que c’est cet exercice-là (ou ces exercices-là) dans cette séance-là qui est le plus adapté à la personne aujourd’hui.

J.-L. C. : Le sophrologue va se baser aussi sur son expérience personnelle. Et ce sont peut-être les fractures de vie qu’il a subies qui vont lui permettre de transmettre une certaine richesse. Dans notre profession, on a cette notion d’autonomie. Le but est que la personne qui vient ou les participants du groupe puissent s’approprier la méthode. Nous ne travaillons pas en automatique et les séances sont les plus riches lorsque nous sommes attentifs  à l’énergie qui se passe ici et maintenant. Il y a une progression. Nous savons que nous allons commencer par des exercices plus ou moins faciles. Mais parfois nous nous laissons surprendre par ce qui se passe dans l’instant et par rapport à l’écoute ou au vécu de la personne ou des personnes. On se dit « Tiens, je vais faire autre chose ». 

B. J. : Dans la profession de sophrologue, dans la sophrologie elle-même, il y a des choses très importantes. L’autonomie, comme vient de le dire Jean-Louis, mais aussi : il n’y a pas de suggestion. Il s’agit vraiment d’essayer d’amener la personne à découvrir elle-même ses potentialités et à faire elle-même son chemin. Nous réalisons la séance avec eux mais dans une forme de neutralité bienveillante si je puis dire. Et donc il n’y a pas de suggestion. C’est la personne qui décide au travers des exercices proposés. Il y a une grande liberté d’exécution. Que ce soient des exercices plus physiques (qui ne sont jamais des exercices de gym, qui sont des mouvements destinés à la prise de conscience) ou que ce soient des exercices plus mentaux (des exercices de concentration, de visualisation), chaque fois c’est la personne qui est maître chez elle. Pas question que le sophrologue transmette ses images, ses sensations. Surtout pas. C’est donc dans ce dialogue-là que nous devons essayer d’amener la personne à faire sa propre évolution et son propre chemin.

J.-L. C. : L’idée c’est que, lorsque la personne retourne chez elle, elle puisse avoir identifié un élément qui lui appartient, une sorte de ressource, avoir découvert quelque chose qui va l’aider à mieux vivre, à mieux aborder ce qui se passe dans la vie, l’environnement, les stimulus, l’extérieur. Se sentir mieux. Atteindre cette notion d’être pleinement soi.

B.J. : C’est un peu une phrase de Pindare, c’est « Deviens celui que tu es ». C’est ça, finalement. C’est petit à petit y arriver. Parce que, dans notre vie, on naît à neuf mois déjà donc pas tout à fait hors d’une bulle d’influences. Et puis la vie nous amène à un squelette psychique qui est parfois atteint parce que la vie ne déroule pas un long tapis rouge. Et donc ce que nous essayons de faire, c’est de redécouvrir toutes ces ressources, comme disait Jean-Louis, qui vont nous permettre vraiment de retrouver cette harmonie intérieure qui a été un peu écornée par la vie et se retrouver pleinement soi-même avec ce que nous aurions dû être si nous n’avions pas subi toutes les difficultés de la vie ou tout au moins si nous avions pu en faire des forces.

La sophrologie est-elle une sorte d’hypnose ?


B. J. : Non. C’est intéressant car il y a souvent cette confusion, qui est une confusion assez ancienne, tout simplement parce que le fondateur, Caycedo, a commencé par faire de l’hypnose avant la sophrologie. Et c’est parce qu’il n’a pas trouvé ce qu’il cherchait dans l’hypnose et parce qu’il n’aimait pas la dépendance de l’époque qu’il a créé la sophrologie en lui donnant ce maximum de liberté et cette non-suggestion. A l’heure actuelle, l’hypnose a beaucoup évolué et est devenue plutôt une auto-suggestion qu’une véritable hypnose des années cinquante où l’hypnotiseur avait toute-puissance sur l’hypnotisé. Mais même maintenant, cela n’a rien à voir avec la sophrologie. Il y a des concordances dans le niveau de conscience que l’on recherche, de détente, etc. Mais ici il n’y a pas de suggestion et la personne est seul maître à bord. 
 
J.-L. C. : C’est la notion d’autonomie. Nous allons accompagner la personne pour qu’il y ait une émergence. Mais tout le tact du sophrologue c’est d’être présent juste ce qu’il faut, sans trop ni trop peu. C’est la finesse du sophrologue. Etre un éveilleur, un révélateur.

B. J. : C’est un éveilleur de quelque chose que les personnes ont en elles. Ce n’est pas de la suggestion, c’est éveiller les potentialités de la personne.

 Nous utilisons la relaxation. Ce n’est pas une technique de relaxation mais une technique qui utilise la relaxation pour prendre conscience. Ce serait vraiment cela la définition. En effet, comme le dit Jean-Louis, nous sommes des éveilleurs, des révélateurs. Nous n’allons pas nous mêler d’interprétations ou de suggestions. Jamais.

Comment s’est construit votre parcours?


B. J. : Au départ, je suis kiné. Dans mes études de kiné, je voulais faire de la kiné prénatale donc de la préparation à l’accouchement, comme on disait à l’époque, qui est encore la préparation sans douleur. En étant en stage, je me suis rendu compte que c’était tout sauf sans douleur. Je l’ai dit à l’équipe de l’époque et il y avait un cours expérimental de préparation en sophrologie auquel j’ai été invitée à participer. Et cela m’a semblé nettement plus efficace. En sortant de mes études de kiné, j’ai donc décidé de me spécialiser et je me suis inscrite à un cours de sophrologie. Au bout de trois fois, je me suis dit « Occupons-nous de nous avant de vouloir nous occuper des autres ». Et j’ai commencé ma propre vivance sophrologique. Cela m’a été très salutaire parce que j’étais insomniaque, j’avais « les épaules aux oreilles », j’étais très crispée, très stressée, et ma qualité de vie était évidemment fortement handicapée par ce stress et ce handicap du sommeil. En quelques séances, j’ai redécouvert une qualité de vie qui était vraiment importante et ça m’a passionnée. 

De sophrologue, j’ai créé mon école. J’ai collaboré avec Yves Davrou qui a été le plus grand collaborateur de Caycedo, le fondateur de la sophrologie. Cela fait trente ans que j’ai créé l’école et que je suis toujours aussi enthousiaste de ce que la sophrologie peut faire pour les personnes. Elle permet de les amener à une qualité de vie qui est tellement chouette que je continue à partager à l’école et dans les consultations privées.

J.-L. C. : C’est d’abord un rendez-vous manqué. Il y a très longtemps, en 1977. Quand j’ai commencé mes études en mathématiques, j’éprouvais un mal-être personnel. On m’avait parlé de la sophrologie. Mais il se fait que par le fait de quitter ma famille, le mal-être que j’avais a disparu. Et donc je n’ai pas eu besoin de la sophrologie. Et puis, il y a plus ou moins six ans, j’ai fait une recherche sur Internet, je cherchais quelque chose, et je me suis inscrit à un voyage dans le désert où il y avait une découverte de la sophrologie. J’ai eu ma première séance de sophrologie dans le désert par Brigitte. Ce qui m’a frappé, c’est cette notion d’énergie. Puis j’ai commencé ma formation qui a duré deux années. Pendant une année après ma formation, j’ai continué à m’entraîner avec des amis jeunes sophrologues pour me faire la main. Actuellement, cela fait deux ans que j’ai commencé une pratique. D’abord en groupe parce que je suis enseignant en activité principale. Et seulement, à partir de janvier, j’ai commencé à prendre des personnes en individuel. Cela prend du temps. Il faut quand même un certain nombre d’années pour arriver à une certaine maîtrise. C’est un peu  comme les orfèvres, tous les métiers d’art. Cela touche l’accompagnement de personnes, ce ne sont pas que des techniques. 

En quoi consiste votre travail au quotidien ?


J.L. C. : Pour l’instant, je donne maximum une séance de sophrologie par jour. En gros, par semaine, j’en ai deux, trois. Et puis, certaines semaines, je fais des formations complémentaires en sophrologie. Je m’offre donc un travail sophrologique en formation. Et quand j’ai la possibilité (l’idéal étant d’avoir un moment sophrologique tous les jours), je m’offre aussi, au moins une fois par semaine, une séance sophrologique rien que pour moi avec moi-même. Et puis, il y a des moments où c’est aussi penser à l’esprit sophrologique parce que ce n’est pas que la séance que nous donnons. C’est également par exemple l’observation sans jugement de ce qu’il se passe à l’extérieur. C’est être dans un esprit sophrologique. C’est, lorsque je mange, peut-être manger un peu moins rapidement ou être pleinement là où je suis dans ce que je fais. Je complète parfois aussi avec d’autres pratiques. Pour l’instant, une fois par semaine, je suis un cours de Qi Gong de la sagesse. Cela m’aide parce que cela parle aussi d’énergie, de souffle, de mouvement, etc. Cela permet d’alimenter ma pratique. 

B. J. : Je consulte sur plusieurs registres. Il y a d’abord mon registre plus personnel de ce que je fais la semaine. J’ai un carnet de rendez-vous avec soit des rendez-vous kiné soit des rendez-vous sophro.

J’ai l’école de sophrologie. Là il y a un travail de week-end. J’organise des séminaires le plus souvent en week-end (vendredi, samedi, dimanche). Donc c’est un travail aussi d’organisation. Je passe pas mal de temps devant mon ordinateur, quelques paperasses, répondre au téléphone… C’est ma partie d’organisation, ma partie école.

J’aime bien alterner des kinés et des sophros parce que plus de deux sophros d’affilée c’est très fatigant. Donc j’essaie de faire mi sophro mi kiné. Et puis d’alterner aussi avec un  peu de travail sur ordinateur ou de travail de bureau, de gestion de mes formations, des programmes…

Pourquoi les gens s’adressent-ils à vous en tant que sophrologue?


B. J. : La plupart des gens qui s’adressent à moi sont dans la grande catégorie de gestion du stress, chacun le déclinant à sa façon. Il y a ceux qui ne dorment pas, il y a ceux qui ont mal au ventre, il y a ceux qui sont avec « les épaules aux oreilles » et ont des grosses douleurs de nuque, il y a ceux qui ont des douleurs de dos… Chacun le décline un peu à sa façon. Mais c’est généralement : gestion du stress et des émotions. Entre dix et vingt séances, j’ai généralement répondu à leur besoin. Certains continuent alors par plaisir dans la partie plus orientée vers le développement personnel : essayer de rechercher le sens de l’existence, de viser un mieux-être plus général, de trouver sa voie. 

J.-L. C. : J’ai un groupe de pratique avec des seniors. Et parfois c’est surprenant parce que dans la séance de sophrologie, à la fin, j’insiste pour que la personne prenne le temps de partager au groupe les découvertes qu’elle a faites sur elle-même. Et c’est surprenant de voir qu’on peut faire des découvertes encore à cet âge alors qu’on pourrait se dire que ce sont des personnes âgées qui connaissent donc plein de choses de la vie. Moi ça m’émerveille en tous cas.

B. J. : Il y a évidemment aussi les gens qui viennent pour la formation. Leur motivation est alors souvent d’acquérir une nouvelle réorientation. Et curieusement, à la fin d’un séminaire, ils commencent généralement à penser à eux. Dans la première rencontre, dans le premier contact, je leur explique toujours : c’est se changer soi-même avant de vouloir changer les autres. Mais ils ne comprennent pas nécessairement tout de suite. C’est très vite compris lors du premier séminaire. Et là ils font d’abord le travail du développement personnel avant de pouvoir exercer la transmission. Je rajouterais aussi que le chemin n’est jamais terminé. Les anciens doivent s’y replonger régulièrement. Ce n’est pas parce qu’il y a un diplôme qu’on a fini, qu’on connaît. Il y a tout un travail de développement personnel qui se construit tout au long de l’existence du sophrologue. 

Est-ce difficile de se faire une patientèle ?


J. L. C. : Cela demande beaucoup de lâcher-prise. Si nous « voulons », des freins vont se manifester. Si je regarde mon expérience personnelle qui est très brève, la première année j’ai continué à m’entraîner parce que je n’étais pas assez sûr de moi. Et puis une amie m’a dit « Quand commences-tu ? ». Donc la première année, cela a été facile, j’ai envoyé des mails à mon carnet d’adresses, à tous ceux qui me connaissaient, qui m’ont soutenu. Et le premier groupe, forcément, c’était la chance du débutant. Tous les gens qui me connaissaient sont venus pour voir ce que c’était ce truc-là. Après le premier module de dix séances, de septembre à décembre, il y en a d’autres qui n’ont pas enchaîné sur le deuxième module, et  j’ai terminé avec trois personnes sur le troisième module. Et puis, l’année suivante (c’est-à-dire cette année), j’ai dû retravailler. 

C’est important de ne pas négliger l’information sur le web puisque beaucoup de gens recherchent à partir du web. Cela veut dire pratiquement avoir un site Internet. Nous sommes référencés dans notre site www.sophro.be. Il y a le nom mais ça ne dit pas vraiment ce qu’on fait. 

Mais aussi une information sur le quartier où nous exerçons puisque ce sont des gens qui viennent du quartier environnant. Cela prend du temps. Je dirais que c’est comme un agriculteur qui a un nouveau champ, qui doit d’abord le débroussailler, l’ensemencer une première fois, c’est suivre les cycles et aussi se remettre en question, être vraiment attentif, utiliser nos intelligences que nous avons mobilisées en sophrologie, notre intuition, ressentir. Ce que je constate c’est : lorsque je lâche-prise le plus, que je ne m’énerve pas, les choses se dénouent et le chemin se précise.

B. J. : Moi évidemment cela fait longtemps que j’exerce donc je suis relativement connue. En tant que kiné, au départ, j’ai été trouver les médecins. A l’époque, il n’y avait pas tellement d’ouverture parce que cela fait quand même plus de trente ans que j’ai vraiment commencé. Les homéopathes étaient plus ouverts. Et puis progressivement, ils m’ont envoyé quand même une personne, deux personnes, et puis les résultats arrivant, la confiance s’est établie. Et à l’heure actuelle, j’ai pas mal de médecins qui me connaissent et qui m’envoient régulièrement des personnes. Donc personnellement, j’ai pas mal de personnes qui viennent. 

Il y a le site Internet qu’on a créé à l’association où sont répertoriés tous les élèves qui ont été diplômés. Là il y a parfois un petit facteur chance. Il y a des endroits où il y a beaucoup de sophrologues, il y en a d’autres où il y en a moins. Mais je crois que ce qui marche le plus c’est la qualité du sophrologue. Si au départ c’est difficile, il se fera connaître dès qu’il aura de bons résultats, il y a le bouche-à-oreille qui va fonctionner, il y a une crédibilité qui va s’installer. Et ce que je remarque c’est que pour les sophrologues qui sont bons, ceux qui s’impliquent vraiment à fond, qui s’entraînent, qui se remettent en question, qui évoluent et qui font vraiment du bon boulot, la clientèle suit. Petit à petit, elle suit parce qu’il y a du résultat. Et donc il y a une crédibilité qui s’installe. Il faut un peu se bouger. Je dis aussi  « Aide-toi, le ciel t’aidera ». Oui, ils sont sur le site Internet, mais il faut un peu se bouger. Aller trouver en effet les médecins, aller dans les magasins bio, là où ils pourront toucher des gens et les informer. Il y a aussi un processus d’information qui doit être fait. Mais par rapport à il y a 32 ans où c’était très peu connu, à l’heure actuelle la sophrologie commence quand même à être connue. Par exemple, à l’hôpital Brugmann, ils ont une sophrologue de notre école au sein de leur établissement en psychiatrie et quand il y a un suivi à faire en dehors, ils s’adressent à un ou une sophrologue de notre école. Petit à petit, le sérieux et la qualité que nous avons essayé de maintenir a payé. Parce que malheureusement il y a encore un tas de pseudo-sophrologues et de pseudo-écoles et donc ça peut discréditer très fort la sophrologie et les sophrologues. Mais heureusement, nous avons fortement serré la vis. Nous sommes très exigeants par rapport aux élèves : deux années de formation, un recyclage minimum tous les trois à cinq ans, une supervision tous les trois à cinq ans. Nous sommes extrêmement attentifs. Les médecins, les psychiatres, nous font confiance parce qu’ils connaissent la qualité de notre formation et notre rigueur vis-à-vis du suivi de nos élèves. Donc oui, ça leur demande un peu plus d’investissement personnel, mais à côté de ça, ils ont déjà, par le site Internet de notre école, des possibilités d’avoir de la clientèle. Après, à eux de faire leur chemin aussi. 

J.-L. C. : Par le dynamisme de l’association, nous donnons des outils aux sophrologues pour être moins seuls dans la profession. On essaie aussi de stimuler le fait qu’ils travaillent en réseau.

B. J. : Dans l’association, il y a des points centraux. Par exemple, il y a une responsable à Liège, une responsable à Arlon, une responsable près de Mons, une responsable près de Namur pour que chacun puisse aller se réentraîner, ne pas rester seul. C’est important. Il faut continuer à s’entraîner. C’est comme la gymnastique. Il faut continuer l’entraînement. Il ne faut pas s’isoler dans son coin. 

Nous organisons des journées régulièrement. Par exemple, avec Jean-Louis, nous organisons actuellement un recyclage pour les anciens en même temps que les examens des nouveaux avec des conférenciers, des ateliers.  Le week-end passé, il y avait un recyclage de trois jours pour les anciens sur un thème. Régulièrement, tout au long de l’année, il y a des journées, des séminaires.

Quelles sont les qualités souhaitées pour être à l’aise dans ce métier ?


J.-L. C. : Je pense que ce sont un peu les mêmes qualités que l’on demande dans tout métier en contact avec des personnes. Ici on est aussi dans la relation d’aide puisque la personne qui vient en sophrologie demande quelque chose, a un mal-être quelque part. Donc, dans notre formation, nous avons un module sur l’écoute se basant sur Carl Rogers. 

C’est aussi avoir une qualité de présence. Une qualité d’écoute.

B. J. : De l’honnêteté, je dirais.

J.-L. : Il faut être honnête par rapport à soi-même.

B.J. : Et par rapport aux autres. Je crois qu’il faut une forme d’honnêteté. Si moi je ne suis pas bien, si je n’ai pas travaillé sur moi, si je n’ai pas atteint un certain développement, je n’ai pas le droit de commencer à transmettre. Ce n’est pas quelque chose d’intellectuel. C’est quelque chose qui se vit.  Donc je dirais qu’il faut une forme d’honnêteté, se dire qu’il faut faire son chemin, travailler sur soi. Il faut avoir la qualité de se dire qu’on va commencer son chemin, son chemin à soi, pour transmettre et ne pas se dire qu’on va apprendre par cœur dix page. Moi ça me dérange de voir qu’il y a des « sophrologues » qui lisent une séance sur un papier. Cela me dérange de dire « Enregistrez une séance, faites-là chez vous ». Cela, pour moi, c’est malhonnête. On ne peut pas donner des séances par correspondance. 

Pour moi, ce serait de l’honnêteté et le désir de faire un chemin personnel et de transmettre ce chemin-là. 

J.-L. : Et je mettrais aussi l’humilité. Etre profondément humble.

B. J. : On n’est pas tout-puissant. Ce n’est pas de la puissance. Ce n’est pas du pouvoir. Il faut vraiment travailler sur soi parce que, dans l’être humain, il y a beaucoup de désir de pouvoir. Et là, justement, il faut pouvoir laisser l’ego et le pouvoir de côté pour vraiment faire un chemin personnel. 

J.-L. C. : C’est aussi cette notion de cohérence en fait. Si le sophrologue pratique la sophrologie, c’est d’abord pour lui. C’est lui qui en a peut-être le plus besoin. Et c’est dans sa pratique à lui qu’il va pouvoir transmettre. C’est vraiment une implication…

B. J. : …de vie.

J.-L. : … de vie, dans le protocole que nous utilisons. Nous devons travailler le présent, le corps, maintenant. C’est le matériau qui est là. Et puis après, lorsqu’on s’est bien entraînés, nous allons poursuivre : les émotions.

B.J. : Il faut être prêt à s’investir, prêt à s’investir dans la technique. 

J.-L. : Et aussi accepter que le patient va nous accompagner un peu et puis va peut-être disparaître dans la nature parce qu’il a trouvé ce qu’il voulait ou qu’il a peut-être trouvé autre chose. C’est vraiment ce détachement, cette humilité, juste être là, passeur, révélateur, éveilleur. Juste ce qu’il faut. 

B.J. : Et parfois les gens disent « Grâce à vous… », je dis « Non, ce n’est pas grâce à moi parce que moi je ne peux rien pour  vous. C’est grâce à vous ! Moi je vous ai juste donné quelques guidances. ». On parle, nous, dans la formation, de stimulus heuristique c’est-à-dire stimuler des choses que les gens ont en eux-mêmes. Cela vient de Rogers.

Quand on me téléphone pour le conjoint, je demande s’il est d’accord ou non et je préfèrerais que ce soit lui ou elle qui prenne rendez-vous. J’ai encore eu dernièrement une épouse qui a pris rendez-vous pour son mari. Il est venu. Cela s’est bien passé. Mais il n’est pas revenu. Parce que je ne suis pas sûre que c’était sa démarche à lui. Et même les enfants, je leur demande à eux s’ils veulent revenir. Parfois, les parents disent « Oui mais c’est moi qui… », je leur dis « Non non non, c’est l’enfant. » Ce sont les enfants qui décident s’ils ont envie de revenir. C’est vraiment une démarche personnelle. Et là,  il faut que notre ego soit un peu mis de côté. On est des éveilleurs. On n’est pas des tout-puissants. Et ça je crois que c’est aussi une qualité à avoir. L’humilité. 

Honnêteté, humilité et puis travail sur soi tout d’abord.

J.-L. C.: Une cohérence. Ce n’est pas un travail à la chaîne. Chaque humain est différent. Chaque séance. Et même le sophrologue sera différent. 

Etre cohérent avec soi-même. Si le sophrologue vit un énervement ou une impatience, il est dans cette énergie-là. Il faut d’abord la reconnaître. « Mon énergie est là et je vais composer avec. » Et ne pas faire « le king » de la  sophrologie.

Quelles sont les difficultés de votre travail ?


J.-L. C. : Une collègue enseignante m’a dit « Jean-Louis, je ne sais pas ce que tu viens faire à l’école, ton vrai métier c’est sophrologue ». Je dirais que, pour moi, la difficulté est de ne pas aller trop vite vers ça. 

Sinon, à part ça, chaque fois que je pratique, chaque fois que je donne une séance, c’est un réel bonheur. 

Je suis enseignant, je suis dans la transmission, mais le groupe n’est parfois pas très cohérent. En sophrologie, ce qui est passionnant, c’est que je ne dois pas donner des points à la fin de la séance. Je vais peut-être aider la personne ou peut-être la guider pour qu’elle puisse évoquer, émerger. « Tiens, j’ai senti que mes épaules se relâchaient. » « C’était à quel moment ? C’était quel genre ? C’était quelle partie ? C’étaient les massages ? Etc. » Je n’ai pas de bulletin à donner. 

Donc je dirais que je ne vois pas spécialement de difficultés.

B. J. : Moi non plus ! Je cherche. Je cherche mes difficultés !

J .-L. C. : La difficulté viendra quand je « veux », quand c’est ma volonté, quand c’est l’ego qui reprend le dessus. Mais quand je suis pleinement là où je dois être c’est un pur bonheur. Et je peux dire que « je prends mon pied ». De voir la personne ou les personnes partir avec un sourire, ou qui ont découvert quelque chose, c’est génial. 

B. J. : La difficulté ce serait si je me laissais embarquer par quatre séances d’affilée. Mais je ne le fais pas. Je m’évite ce genre de difficulté parce que là je ne serais plus bonne. A partir de la troisième, je serais fatiguée, je ne serais plus 100% disponible. Je commencerais à avoir des difficultés parce que je ne serais plus juste par rapport aux gens. Mais comme je le sais, j’évite absolument ce genre de situation. Gérer correctement mon agenda et respecter mes limites de repos. Ne pas me laisser embarquer dans l’enthousiasme excessif qui me ferait dépasser mes limites de fatigue, ce serait plutôt ça. Parce que c’est tellement passionnant que j’aurais tendance à organiser encore plus de séminaires, encore plus de séances, encore plus...  C’est peut-être ma difficulté : d’arriver à gérer mon enthousiasme. Pour rester dans le juste bien pour moi, ne pas aller trop loin dans ma fatigue, et rester dans la juste répartition.

Donc il n’y a pas vraiment de difficultés.

J.-L. : La difficulté serait quelqu’un qui dit « Je veux faire ce métier à temps plein ». Cela peut peut-être arriver mais c’est peut-être après vingt ans de travail.

B. J. : Il y en a qui le font. Dans les anciens, j’en ai. Mais ils ne sont pas riches. Parce qu’ils respectent tout à fait le fait de ne pas dépasser un certain nombre de patients ou de clients. Ils ne sont pas riches mais si c’est leur vocation, parce qu’ils ne veulent pas faire autre chose… Il n’y en a pas beaucoup. Ou alors ils mélangent d’autres techniques. Comme moi, je fais de la kiné et de la sophro. Mais, à temps plein, ils ne seront jamais riches s’ils se respectent vraiment. 

Quels sont les avantages et points positifs du métier ?


B. J. : C’est de se changer soi avant de vouloir changer les autres. C’est tellement enthousiasmant tout ce chemin parcouru pour nous-mêmes que l’avantage c’est que nous allons bien. Donc c’est chouette de pouvoir faire partager cela aux autres. 

Un travail qui est à la fois en groupe et en particulier.

Je suis toujours à la fois émue et touchée quand je lis les mémoires de mes élèves qui sont des mémoires existentiels où ils doivent retracer leur vécu de ce qu’ils ont engrangé, évolué tout au long des deux ans de formation. Je me dis que c’est merveilleux, extraordinaire. Et quand quelqu’un sort et qu’il va mieux et qu’il me dit qu’il a fait une découverte, que les gens redorment, etc. C’est une récompense en permanence. Je suis récompensée en permanence. C’est motivant de A à Z.

J.-L. : Les personnes qui retournent chez elles avec un peu plus de conscience. Cela touche des choses qui nous dépassent. On se dit que le monde va peut-être aller mieux, qu’il va peut-être pouvoir quand même passer dans son nouveau cycle. C’est de pouvoir participer à ça et donner des outils aux personnes. 

B. J. : Je crois que tout un chacun recherche un sens à son existence. Nous avons besoin dans notre vie de trouver un sens à l’existence. Même au travers de mon métier, je dirais, j’y réponds. C’est extraordinaire. La réponse au sens de l’existence. Quand les gens vont bien, c’est merveilleux. J’ai beaucoup de chance.

Quel(s) conseil(s) donneriez-vous à un jeune qui désire se lancer dans la profession?


B. J. : Se changer soi-même avant de vouloir changer les autres. C’est ma grande expression. 

C’est cet entraînement personnel, cette humilité, cette authenticité. C’est ce travail sur soi.

Et puis de se dire que c’est un mi-temps.

Mais si vous travaillez sur vous, si vous vous impliquez, la voie est là. 

J.-L. : Je dirais qu’au début la sophrologie c’est la cerise sur le gâteau et que, peut-être, à un moment donné, ça sera la tarte à la cerise. Il s’agit d’aller doucement. Il vaut mieux aller doucement et sûrement. De toute façon, c’est un travail sur soi et ça ne se fait pas rapidement.  C’est comme les médecins. Ils prennent du temps avant de devenir médecin. Ou même n’importe quel métier. Avant d’avoir une certaine expérience… Et puis, même quelqu’un qui fait un métier à temps plein, il ne fait pas toujours tout le temps la même chose. Dans la sophrologie, il y a une séance, puis il y a le fait de travailler sa clientèle, ses folders, utiliser un peu toutes les facettes. 

B. J. : C’est vraiment un métier où il faut s’impliquer. Si on n’est pas prêt à s’impliquer, il ne faut pas commencer. Il faut aimer l’humain aussi. Il faut avoir des capacités d’écouter l’humain. Travailler avec des gens.

 
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