Christelle Cornil, Comédienne

Interview réalisée en septembre 2013  —  Interview 1091

Pourriez-vous retracer en quelques mots votre parcours scolaire et professionnel ? 


Après ma rhéto, j’ai suivi six mois de cours intensifs de théâtre dans une école à Oxford. Ensuite, je suis revenue en Belgique et j’ai fait une année à l’IAD, dans l’option théâtre. Il s’agissait d’une année probatoire mais je n’ai pas été retenue ensuite pour continuer le cycle complet. Je me suis alors inscrite en Déclamation au Conservatoire de Mons, où je suis restée trois ans, et parallèlement en Art dramatique, trois ans aussi, au Conservatoire de Bruxelles. 

En fin de 2e année dans la section Art dramatique, j’ai déposé mon CV à la Bellone et trois semaines après, j’ai été contactée par le directeur de casting du film « Le vélo de Ghislain Lambert ». J’ai passé des essais et j’ai été retenue pour tourner dans le film. C’est à partir de là que les choses ont débuté pour moi dans le cinéma. J’ai terminé mes études, le film est sorti et j’ai continué dans ce domaine, en étant très proactive dans mes démarches pour trouver du travail. En 2006, j’ai rencontré mon agent artistique, qui, depuis, défend mes droits, me conseille et m’aide dans mes recherches.

Vous avez notamment joué au théâtre, dans des longs et courts métrages, dans des téléfilms, des spots publicitaires…La façon d’aborder le travail est-elle différente ? 


A la base, le travail n’est pas tellement différent dans le sens où j’ai un script, une pièce que je lis. J’aborde le travail et les personnages de la même façon, en étant attentive à leurs parcours, en décortiquant les émotions à travers l’histoire. J’essaie de trouver des résonnances avec mon propre parcours pour me connecter au niveau des émotions. C’est surtout le cas au cinéma car, comme on ne tourne pas dans la continuité, on est obligés de faire des liens, des connexions, très rapidement. 

La principale différence serait au niveau de la préparation. Au théâtre, il y a des répétitions, un travail collectif et c’est dans ce travail que l’on trouve le cheminement émotionnel du personnage. Au cinéma, ce travail est beaucoup plus solitaire. J’ai connu très peu de réalisateurs avec lesquels on faisait des lectures, des répétitions avant le tournage. 

Pour les téléfilms, ça se passe aussi différemment. Ca doit aller très vite et donc, on arrive sur le plateau et on commence directement à tourner. Les réalisateurs n’ont pas le temps de façonner le personnage avec le comédien, c’est pourquoi ils choisissent généralement des comédiens qui, aux essais, dégagent une énergie proche de leurs  personnages. Ils ne prennent pas le risque de se lancer dans des contre-emplois.   

Comment se déroulent les castings ?


J’ai connu différents types de castings. Soit j’ai le texte avant, soit je ne l’ai pas. Il y a des castings où je rencontre le réalisateur ; d’autres où je ne vois que le directeur de casting. Il y en a où des comédiens me donnent la réplique ; d’autres où c’est le directeur de casting qui est présent avec sa caméra et qui me donne la réplique. Pour certains, je peux me préparer une semaine à l’avance, alors que pour d’autres, je dois être prête le lendemain. 

Dans le cas d’un casting type, celui que j’ai le plus souvent rencontré, je reçois le texte 2 ou 3 jours à l’avance et je le mémorise. J’ai parfois un synopsis, quelques informations sur le personnage et j’essaie de projeter des images sur ce que ce personnage peut vivre, etc. J’essaie toutefois de ne pas trop me créer d’histoire à l’avance car sinon, je risque d’aller à l’encontre de ce que le réalisateur cherche. J’essaie de rester le plus possible ouverte et malléable. Je me rends au casting en essayant d’être détendue, en me préparant avec un petit échauffement vocal, physique. 

Ce qu’il m’arrive de faire aussi, c’est d’envoyer une vidéo, surtout pour les castings en France. C’est beaucoup plus confortable pour moi car j’ai le temps de peaufiner le travail. Comme je ne dispose pas toujours des indications du réalisateur, je fonctionne au feeling, en essayant d’être au plus proche de l’idée que je me fais du personnage. 

Qu’est-ce qui vous a attiré dans le métier de comédienne ? Pourquoi avoir choisi cette voie ? 


J’ai eu envie de devenir comédienne après avoir vu Emma Thompson au cinéma, quand j’avais 16 ans. J’avais complètement flashé sur le travail de cette comédienne et sur tout l’univers autour. Je suis passée par le théâtre pour justement rencontrer cet univers, pour découvrir l’Angleterre. C’est pour cela que je suis partie après ma rhéto. Je voulais faire du théâtre en anglais, jouer du Shakespeare, etc. Il s’est avéré que c’était plus difficile que je ne le pensais de s’inscrire dans le cadre d’un théâtre d’un autre pays, dans une autre langue. Cela demandait beaucoup de travail, mais aussi beaucoup de moyens financiers pour pouvoir s’installer en Angleterre. Mais plus que le théâtre, c’est vraiment le cinéma qui m’a touchée. J’avais moi aussi envie de transmettre des émotions de cette façon. 

Comment choisissez-vous vos rôles ? 


J’aime pouvoir raconter quelque chose qui me touche au travers de mes personnages, même s’ils sont à l’opposé de ma personnalité. Mais il est vrai qu’au cinéma, on est très souvent « casté » pour des rôles qui sont souvent proches de ce que l’on dégage naturellement. Je remarque toutefois que les personnages que je joue sont parfois intimement liés à mon évolution personnelle. Lorsque j’ai débuté, je jouais surtout des personnages plus effacés. Avec le temps, j’ai commencé à m’affirmer, à être plus en confiance, plus à l’aise dans mon travail, et donc, d’autres rôles ont commencé à venir à moi. 

Plusieurs critères entrent en ligne de compte dans mes choix artistiques. D’abord l’histoire, la façon dont elle se raconte, la qualité des liens entre les personnages, les enjeux, la continuité dialoguée. Ensuite, après lecture, la rencontre avec le réalisateur reste essentielle pour moi. Si des questions se posent à la lecture, il (ou elle) peut me donner plus d’informations sur ce qu’il veut raconter, développer son point de vue, m’apporter un éclairage différent sur le projet. La rencontre me permet aussi d’apprécier les qualités humaines du réalisateur, sa façon de s’exprimer, ses valeurs, ses attentes et ses envies. Face à un projet, il me semble que l’on se définit autant par ce que l’on refuse que par ce que l’on accepte. Si un projet ne me touche pas, si je ne me projette pas dans l’histoire, je préfère ne pas m’engager et le laisser de côté. 

Comment se déroule un tournage ? Les différentes étapes ? 


Idéalement, j’aime bien rencontrer le réalisateur avant le tournage. Cela se fait, en général, sur les longs et courts métrages mais plus rarement sur les téléfilms pour lesquels les réalisateurs disposent de moins de temps. 
On discute sur l’histoire, des personnages, on s’informe sur ce que le réalisateur veut raconter. Il y a un véritable échange. Si on a du temps, on organise des lectures, des répétitions avec les autres comédiens. 
Les tournages commencent généralement tôt le matin. On doit être prêts à tourner vers 9h donc on arrive vers 7h30 sur le plateau. On commence par une mise en place de la scène, c’est-à-dire qu’on joue la scène pour que l’équipe technique puisse régler le son, la lumière, l’image, par rapport à nos mouvements. Une fois que c’est clair pour eux, ils commencent la mise en place technique des micros, de la lumière, du cadre, etc. pendant que les comédiens partent au maquillage, à la coiffure et aux costumes. 
A 9h, on est « PAT » (Prêts à Tourner). On commence par quelques répétitions de la scène avec la technique en place. Puis, on se lance et on commence les prises. 
Après le tournage, j’essaie d’assurer la promo du film autant que possible. 

Qu’est-ce que vous aimez le plus et le moins dans votre métier ? 


Ce que j’aime le plus, c’est le travail d’équipe. Au cinéma, l’équipe est présente en permanence, ce qui crée un esprit de famille. J’adore ce travail collectif, intense, dans une même direction et avec la même énergie. C’est très porteur. J’aime aussi l’échange avec les acteurs et le réalisateur. 

Ce que je regrette, c’est parfois le manque de temps pour aller au bout des choses. Mais aussi le manque de travail, les périodes plus creuses. Je reste proactive et je me démène toujours pour trouver du boulot mais il n’y a jamais la certitude d’avoir du travail tout le temps. En même temps, même si c’est déstabilisant et insécurisant d’être face à un  grand vide, les périodes creuses sont aussi nécessaires pour se ressourcer et revenir dans le quotidien, qui est rempli d’expériences et de découvertes. La vie en dehors des plateaux nourrit aussi intensément le jeu d’acteur et entretient la richesse de la palette émotionnelle.  

Est-il difficile de vivre de ce métier ? 


S’il n’y avait pas le statut d’artiste, oui. J’ai la chance d’avoir une aide du chômage lorsque je ne travaille pas. Ceci dit, ça reste relativement précaire, car totalement incertain, même après plus de 10 ans de carrière. C’est difficile de suivre les étapes « classiques » d’une vie, comme fonder une famille ou acheter un bien où je pourrais vivre. Je ne peux pas me projeter puisque les rentrées d’argent sont aléatoires et plus ou moins importantes selon les projets. Sans compter les frais réels comme les trajets jusqu’à Paris, les communications téléphoniques, les formations que je suis, les spectacles auxquels j’assiste et les bouquins que je lis… Toutes ces dépenses sont nécessaires pour rester dans le circuit, et on arrive vite à un montant annuel très élevé.

Quelles sont les qualités nécessaires pour exercer le métier d’acteur ? 


De la patience, de la persévérance et de l’endurance par rapport à la précarité et aux difficultés du métier. De la sensibilité et une écoute de ses émotions. Un esprit collectif est également important puisqu’on travaille en équipe. Il faut aussi être capable de rester dans la concentration pure, de se couper de tout ce qu’il y a autour de nous lorsque l’on joue une scène. Et puis, il faut des qualités humaines. 

Quels conseils donneriez-vous à un jeune qui voudrait se lancer dans le cinéma ? 


Se former, choisir une école en allant voir ce qu’elle propose mais aussi en fonction de sa personnalité, de ce que l’on recherche. Ne pas hésiter à aller suivre des formations à l’étranger, à découvrir d’autres approches. Etre ouvert à tout ce qui se passe autour de soi et être proactif. Si cela correspond à l’esprit dans lequel on travaille et à notre propre énergie, créer des synergies avec d’autres artistes, pour lutter contre la solitude et continuer à se sentir utile, en lien, et vivant.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.