Damien Pauquet, Diététicien sportif

Interview réalisée en décembre 2008

Damien Pauquet, 28 ans, s’est spécialisé dans la diététique et la nutrition sportive. Il surveille ou a surveillé l’alimentation de plusieurs sportifs de renom, tels Justine Henin, Axel Hervelle ou encore les joueurs du Standard.

Quel est le rôle d’un diététicien sportif ?

Contribuer à la santé (au sens large) ainsi qu’aux performances recherchées par le sportif. La diététique trouve sa place à côté de la médecine, de la kiné, de l’entraînement, du don, du sommeil, de la motivation, de la psychologie… Il faut voir l’encadrement du sportif comme une prise en charge pluridisciplinaire. Le rôle du diététicien du sport est plus précisément d’adapter l’alimentation du sportif en fonction de sa saison, de ses objectifs, de son poids de forme, de ses sensations (fatigue générale ou musculaire), de ses goûts, dégoûts et allergies éventuelles… Tout ceci afin également d’éviter une baisse de régime et des carences. Il a également comme mission de prodiguer des conseils spécifiques à l’effort tant avant que pendant ou après.

De quels sportifs vous occupez-vous ?

Il y en a beaucoup et toutes les catégories de sport sont représentées (endurance,vigilance, sport de force/puissance). Cela va également du niveau débutant au professionnel. Il y a un « turn over » permanent dans la patientèle car les sportifs évoluent (les pros voyagent beaucoup, ils déménagent), ils essayent d’autres thérapeutes ou méthodes, se blessent… Le diététicien les voit nettement moins souvent qu’un médecin sportif ou un kiné mais il a de fréquents contacts par mail ou téléphone. Personnellement, outre les 47 élites de la Communauté française (contrat Adeps) et parmi les grosses pointures dont je m’occupe (ou que j’ai eu la chance de suivre antérieurement), on retrouve (liste non exhaustive) : Justine Henin, le Standard de Liège, les basketteurs Axel Hervelle, Sébastien Maio, Charles Lee, de nombreux très bons cyclistes tels Sébastien Delfosse, Gaetan Bille, Kevin Vanmelsen… Je m’occupe d’ailleurs du Vélo Club Ardennes depuis 2005. Il y a aussi les nageurs Yoris Grandjean et Fabienne Dufour, les joggeurs Guy Fays, Catherine Lallemand, Frédéric Collignon et Fathia Baouf, le champion d’Europe de BMX Arnaud Dubois…

Quel a été votre parcours scolaire ?

J’ai tout d’abord fait un graduat en diététique à la Haute Ecole André Vésale à Liège, de 1997 à 2000. Ensuite, je me suis lancé dans une licence en Sciences biomédicales (finalité Nutrition humaine) à l’UCL de 2000 à 2003. Enfin, j’ai également suivi une formation universitaire en France en nutrition du sportif, à Paris plus exactement (Pitié Salpêtrière).

Quels ont été les axes principaux de la formation que vous avez suivie en diététique sportive ?

  • Physiologie du sportif ;
  • Besoins macronutritionnels et micronutrionnels de chaque catégorie de sportif ;
  • Exposés / témoignages divers ;
  • Partie pratique (mémoire) sur le suivi d’un sportif de haut niveau pendant toute sa préparation.

Cette formation correspond aux exigences du métier ?

Oui et non ! Oui, vu les axes repris ci-dessus et donc les bases théoriques et expérimentales prodiguées. Non, car le plus dur reste à faire. On apprend son métier sur le terrain, au quotidien, en suivant les sportifs et en échangeant avec d’autres intervenants.

Pourquoi être devenu diététicien sportif ?

Très simplement parce que je suis moi-même un sportif à la base. J’ai pratiqué la gymnastique de haut niveau entre mes 6 et 12 ans à raison de plus de 20 heures d’entraînement par semaine. J’ai notamment été champion provincial. Ensuite, je me suis tourné vers la course à pied que je pratique toujours actuellement. J’ai ainsi été champion de Belgique espoir de semi-marathon en 1999, j’ai terminé 8e coureur européen au marathon de Rotterdam en 2005 en 2h26 et 2e au marathon du Médoc, 12e aux 20 km de Bruxelles, j’ai aussi remporté la Corrida de Namur en 2006 … J’ai donc toujours dû opter pour une hygiène de vie irréprochable et surveiller mon alimentation. La médecine sportive ainsi que la kiné m’attiraient également mais j’estimais que ces professions étaient déjà largement représentées il y a 10 ans et ai tenté ma chance dans une voie, à l’époque, assez peu connue.

Une fois votre diplôme en poche, quel a été votre parcours professionnel ?

J’ai toujours souhaité consulter et donc établir un contact assez proche avec les sportifs. Pour ce faire, seule la filière « indépendante » le permet avec tous les risques (financiers) qu’elle comporte lorsque l’on débute. J’ai donc commencé à travaillé à mi-temps pour les magasins « Decathlon » (comme conseiller dans le rayon « santé-découverte ») et ai développé parallèlement petit à petit ma patientèle. J’ai finalement développé mon activité sur Liège, Verviers, Bruxelles, Wavre et Bastogne. Au jour d’aujourd’hui, j’ai dû faire des choix et j’ai réparti mes activités entre de l’éducation nutritionnelle pour le public scolaire, des consultations individualisées, des formations / conférences / articles / cours, de la consultance diverse (lancement de nouveaux produits pour sportifs …) et des suivis de club sportifs (vélo, judo, baskets, football…).

Comment vous êtes-vous constitué votre clientèle ?

Essentiellement par le bouche à oreille, l’aura, les résultats sportifs, la confiance de certains médecins et autres paramédicaux, la patience, la presse…Un palmarès sportif aide considérablement à se faire un nom, une réputation… Il faut compter 3 ans environ pour que cela « décolle ».

La diététique sportive ne concerne que les pros ?

Non, pas du tout. Elle s’adresse à tous les sportifs. Et, j’insiste, la diététique du sport n’a strictement rien à voir avec un régime et une perte de poids systématique. Paradoxalement, les plus reconnaissants sont souvent les néophytes et/ou peu doués. Ils se rendent compte de l’importance d’une alimentation saine et adaptée à leur pratique et progressent très rapidement. Les pros sont généralement moins convaincus vu tout l’encadrement dont ils disposent déjà et les connaissances de base qu’ils ont.
Par contre, il est clair que l’on peut pousser beaucoup plus loin dans le détail avec les pros. C’est d’ailleurs très enrichissant pour le diététicien. Et cela dégage également une certaine fierté.

Est-il possible de ne faire que de la diététique sportive ou doit-on considérer cette spécialisation comme un complément ?

En Belgique, cela reste assez difficile de vivre exclusivement de la diététique du sport. On est d’ailleurs diététicien avant d’être diététicien du sport. Mon objectif à moyen terme (5 à 10 ans) est néanmoins de vivre pleinement grâce à la diététique sportive mais à l’heure actuelle, environ 30 à 50 % de mes patients viennentme consulter pour des problèmes de poids, de cholestérol, diabète, allergies…

Y a t-il selon vous des débouchés dans le métier ? La diététique sportive va-t-elle se développer de plus en plus ?

Oui, tout à fait mais comme je viens de le mentionner, il reste difficile d’en vivre dans ce pays. Cela se développe énormément à un point tel que l’on me déconseillait d’entreprendre ce type d’étude il y a 10 ans et que cela fonctionne très bien pour moi actuellement. Mais il faut travailler énormément, surmonter les difficultés, être très disponible et à l’écoute, continuer à se former et surtout montrer le bon exemple (alimentation + pratique du sport). Cela n’est pas donné à tout le monde et certainsn’arrivent pas à « percer ». 

Question difficile pour terminer mais qui peut intéresser tous les sportifs quel que soit leur niveau : quels sont les principes fondamentaux de la diététique sportive ? 

Impossible de répondre en quelques mots ! Et puis il ne faut pas dévoiler sa recette miracle (rires) mais je dirais (très succinctement) : 

  • boire beaucoup d’eau (1,5 l + 0,5 litre par heure d’effort) et limiter l’alcool ; 
  • augmenter ses rations de féculents (pâtes, pommes de terre, riz, semoule, blé) et limiter les sucres rapides aux entraînements ou minutes qui l’entourent ; 
  • limiter les graisses cachées, les sucres ajoutés, les excès en tout genre ainsi que ce qui est trop épicés, trop riche en lactose, trop acide… ; 
  • s’octroyer des moments de relâche (plaisir) afin de tenir le coup toute la saison ; 
  • surveiller sa biologie sanguine (micronutrition) et bien prévoir de se ravitailler (toujours tester une boisson ou un aliment préalablement lors d’un entraînement spécifique).
 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.