Didier Bormans,
Professeur de Percussion en Académie

Interview réalisée en janvier 2014

Quelle est votre formation ? Quel est votre parcours professionnel ?

Après mes humanités, j’ai suivi une formation en Percussion au Conservatoire de Liège. Après avoir obtenu le prix de solfège, j’ai donné cours de musique dans l’enseignement général, tout en continuant ma formation en Percussion au Conservatoire. Puis, très peu de temps après, j’ai obtenu le poste de percussionniste à l’Opéra de Liège ; il était impossible de concilier les deux activités et ma formation. J’abandonnai l’enseignement, il y a de cela plus de 32 ans. A l’époque, j’avais aussi créé la classe de Percussion à l’Académie d’ Aywaille (OVA Ourthe-Vesdre-Amblève) mais je dû arrêter parce que je n’avais pas encore le diplôme pour enseigner. L’Académie montant de catégorie, reconnue par la Communauté Française, les critères d’attribution de fonctions exigeaient un titre pédagogique pour enseigner. De plus, à la même époque, une loi est tombée diminuant le nombre d’heures à attribuer aux musiciens ayant une fonction dans un orchestre. Les heures permises aux professeurs déjà nommés ont été réduites à huit au maximum. Ceux qui n’étaient pas nommés durent abandonner leurs heures.

Puis, il y a 4 ou 5 ans, je suis revenu à l’enseignement en faisant des remplacements et j’y ai découvert énormément de plaisir et aussi beaucoup de motivation. J’ai réalisé qu’en début de carrière je n’étais que dans la reproduction des mots et gestes de mes professeurs et rien d’autre. Là, j’avais un acquis à transmettre, tant au niveau technique, que du travail collectif, des astuces, de la musicalité, … Enfin, tout ce que j’ai appris au sein de l’orchestre. Je me suis retrouvé face aux enfants avec un boulevard de possibilités. J’ai vu briller les yeux des élèves et j’ai découvert un plaisir incroyable. Après vingt-cinq ans d’absence dans l’enseignement, ce fut une sorte de révélation. Mon parcours professionnel m’a beaucoup aidé, j’ai fait de l’écriture musicale, de la chanson, de la variété, du rock, de l’édition, etc. Cette diversité professionnelle et son enrichissement me permettent d’apporter un plus aux élèves.

Comment devient-on professeur à l’Académie ? Y a-t-il un titre requis ?

Pour devenir professeur, après ses humanités, on entre au Conservatoire après un examen d’entrée que je conseille de préparer en Académie. Après cinq ans d’études, on obtient le diplôme, le titre requis et le titre pédagogique. Moi, à l’époque, au vu des lois d’interdiction de cumul orchestre et enseignement, je n’avais plus essayé d’obtenir le diplôme pédagogique. J’ai donc dû demander une reconnaissance d’expérience utile que la Communauté Française m’a octroyée. J’ai donc commencé à enseigner ; mais j’ai vite remarqué le vide pédagogique, je n’avais pas réalisé l’ampleur de ce domaine. J’ai donc présenté un examen devant un jury composé de représentants de la Communauté Française et obtenu le CAP (certificat d’aptitude pédagogique). A l’heure actuelle, face à une pénurie de professeurs, les professionnels ne sont plus restreints à un nombre limité d’heures et c’est très bien car je pense vraiment que la pratique de l’orchestre enrichi le travail de l’enseignant. Aujourd’hui, le mot d’ordre au-delà de la formation est aussi de transmettre la joie et le bonheur de la musique ; on n’est plus uniquement dans la formation de solistes.

Pourquoi avoir choisi la Percussion ?

La Percussion est un domaine à part, on y vient par les concerts auxquels on assiste, ce que l’on voit à la télé, l’environnement familial, etc. Pour ma part, j’ai commencé dans la rue, dans une clique (ensemble de tambours et clairons). Je suis aujourd’hui très heureux d’avoir souffert depuis mes cinq ans presque tous les dimanches après-midi, sous la pluie ou pas, en jouant et marchant, même si j’avais parfois mal au crâne en fin de journée ! A seize ans, je me suis occupé de trois cliques et là, j’ai appris le travail de groupe. Canaliser les énergies tout en apprenant la technique. Le tambour était souvent joué par des enfants débordant d’énergie qui avaient besoin de se défouler d’où la nécessité de maîtriser leur emballement.

Quels sont vos horaires ? Bénéficiez-vous des congés scolaires ? Etes-vous nommé ?

A la date d’aujourd’hui, je ne suis pas encore nommé. Je preste seize périodes (une période = cinquante minutes) sur vingt-deux qui constituent un temps plein. Les horaires de l’Opéra ne sont pas figés, ils sont variables d’un mois à l’autre même s’il y a un canevas général : lorsque l’orchestre répète un spectacle, pendant deux semaines, on a deux services par jour (un service dure trois heures), on répète soit le matin, soit l’après-midi, soit le soir. En scène-orchestre c’est deux fois trois heures, l’après-midi et le soir et les générales quatre heures en soirée. Evidemment les horaires sont moins souples à l’Académie : cours le mercredi après-midi, le samedi matin pour Grétry, le jeudi à Amay et le vendredi à Remouchamps. Je suis payé en fonction du nombre d’heures prestées. Mon salaire est mensuel, comme tout enseignant et je bénéficie des congés scolaires. 

A l’opéra, je suis à temps plein et nommé depuis plus de trente deux ans. Le travail d’artiste, des répétitions, le pointu de l’exécution, de l’investissement personnel sont d’un autre ordre que celui du travail de l’enseignant. Ce dernier est d’une toute autre posture. On n’exige pas de l’élève d’être notre duplicata mais de l’emmener là où il a envie d’être heureux. On transmet la technique, le plaisir de jouer mais pas l’amour du métier ou de l’instrument.

Quel âge ont vos élèves ?

Leur âge varie de sept, huit ans à cinquante-six, cinquante-sept ans. Dans une période de cours, j’essaye d’associer mes élèves dans la perspective d’une complémentarité de leur niveau et dans le choix des pièces qu’ils devraient jouer ensemble. En première année, la classe se compose de trois élèves. Dès la seconde, ils sont deux. Les cours de solfège, cours de formation musicale sont suivis par un ensemble d’élèves de dix, quinze ou vingt ! Au niveau de l’instrument, il serait simplement impossible de travailler à autant. Il faut néanmoins apprendre à travailler en groupe, j’ai un monsieur d’une quarantaine d’années qui y était très réfractaire, le travail solo lui plaisait mieux, mais j’ai dû tenir bon et nous y sommes arrivés ! En général, il y a des listes d’attentes au niveau des inscriptions. Dans les Académies où j’enseigne, nous sommes deux professeurs de percussions et, en fonction du nombre d’inscrits, nous organisons nos classes et nos horaires. Cette année, j’ai trente deux élèves. La répartition des élèves entre collègues est généralement en fonction du jour de cours, parfois de l’âge des élèves. Pour ma part, plus ils sont jeunes mieux c’est. J’ai vraiment envie qu’ils développent la base technique dès leur plus jeune âge. Il n’y a évidemment pas de règles absolues et l’élève est toujours le bienvenu.

Quelles difficultés rencontrez-vous ?

Plutôt que de difficultés, je parlerai pour la classe de Percussion de spécificité. Les élèves n’ont pas la possibilité d’acheter toute la panoplie instrumentale de la Percussion tant elle est étendue. La Percussion est une famille d’instruments qui n’a pas encore été réellement et encore moins officiellement, structurée. Si vous prenez la famille des cordes, par exemple, cela fait des siècles qu’elle est structurée en Musique Classique tandis que l’essor de l’enseignement de la Percussion date seulement d’après la seconde guerre mondiale. Le répertoire, les méthodes et concertos écrits pour la Percussion en général étaient peu nombreux. Si nous prenons l’exemple du xylophone, il est présent dans les partitions d’orchestres classique depuis fin du 19ème siècle, début 20ème ! Les premières méthodes écrites pour cet instrument étaient des méthodes de piano, violon, flûte adaptées au xylophone, on transposait une méthode d’un instrument à un autre. Donc c’est depuis l’après-guerre que des percussionnistes, des compositeurs se sont penchés sur la question et ont écrit des méthodes et concertos pour la Percussion.

Le problème des percussions est que l’on n’a pas encore scindé les différentes techniques. Ce qui implique, et c’est ardu, que les élèves doivent étudier toutes les techniques : les instruments à peau (caisse claire, timbales…), les claviers (vibraphones, xylophones, …), les drums (batteries en jazz, rock) et il y a aussi les accessoires (castagnettes, tambour de basque…). Ces techniques sont très différentes, exigent chacune beaucoup de travail et sont obligatoires dans l’apprentissage. Ce qui n’est pas le cas d’autres instruments. Si vous apprenez le violon, on ne vous demandera pas de connaître la contrebasse, ce qui n’enlève rien évidemment au travail qu’exige le violon ni la contrebasse. Mon objectif est que l’on prenne en compte cette difficulté même si je comprends très bien que les pouvoirs subsidiant rechigneraient à payer quatre professeurs différents. La difficulté qui en découle est que, pour que les élèves puissent toucher à tous les instruments, il faut leur donner la possibilité dans les Académies d’accéder à la classe quand ils le souhaitent pour pouvoir pratiquer les instruments. L’idéal serait d’obtenir deux classes attribuées aux percussions dans les Académies. A la maison, ils ne peuvent pas acheter tous les instruments ni avoir une pièce d’étude assez grande .Etant donné le prix des instruments, on ne peut pas demander aux parents d’acheter une batterie à sept cents voire huit cents euros, une petite caisse à trois cents euros, un xylophone à trois mille voire quatre mille euros, des timbales, etc.

Quels sont les avantages et inconvénients de votre métier ?

Je n’ai jamais pensé les choses sous cet angle. Je suis un homme comblé depuis plus de trente ans.

Auriez-vous un conseil à donner à un jeune qui souhaite enseigner ?

Etre sûr que l’on a quelque chose à apporter et ce, sur le plan technique, musical et humain.
Mais j’ai découvert une chose très importante également : les élèves nous apportent énormément aussi.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.