Dr Jean-Pierre Duterme,
Oto-rhino-laryngologiste

Interview réalisée en avril 2015

Qu’est-ce qui a motivé votre choix de devenir oto-rhino-laryngologiste ?

Quand j’ai choisi de faire la médecine, je n’avais pas l’idée de faire une spécialisation et heureusement car sinon on pourrait être déçu puisqu’il y a une sélection. On ne connait pas au départ l’éventail des spécialités. On méconnait ce qu’implique chaque spécialité en termes d’activité.

Quel a été votre parcours de formation ?

J’ai suivi des humanités classiques en latin/math avec aussi des sciences.  C’était la formation qui laissait pas mal de possibilités.  Il n’y a pas de médecin dans ma famille. J’ai hésité entre polytechnique et médecine et j’ai résumé cela en disant : « Médecine pour le métier et polytechnique pour les études ». J’adorais les maths et la physique. Les études de médecine étant surtout de l’étude par cœur, sollicitant moins de réflexion dans les 3 premières années de formation. Je n’ai aucun regret quant à mon choix malgré qu’il s’est fait un peu par hasard car j’étais indécis vu mon intérêt pour les mathématiques. Ce qui m’a décidé, c’est le côté humain de la médecine, le côté altruisme et le fait de pouvoir rendre service aux autres. Je suis là pour les soulager, les aider, si possible les guérir mais ce n’est pas toujours possible, je suis au service de mes patients. C’est le facteur essentiel dans la pratique de la médecine. C’est aussi ma motivation principale. Je garde en tête l’image du médecin de famille, celui qui venait soigner ma grand-mère, parfois très tard le soir avec son côté bon vivant, relationnel. Je suis donc tout naturellement parti en me disant que je ferais la médecine générale. Et si je m’orientais vers une spécialité je savais qu’elle serait non chirurgicale. C’est lors de mon deuxième master que j’ai découvert la grande diversité de l’oto-rhino-laryngologie pour son aspect médico-chirurgical, le fait que l’on soigne des nourrissons en néonatologie jusqu’à des personnes âgées. Finalement, cette spécialité qui parait réduite est très vaste dans l’activité de tous les jours. Les étudiants s’en rendent très vite compte et ce choix est de plus en plus prisé.

Travaillez-vous seul ?

Ce qui est surtout important, en tout cas ici au CHU de Charleroi, c’est de travailler en équipe. Nous sommes 12 médecins et on opère ensemble et certains patients peuvent être opérés par tel ou tel confrère en fonction de ses compétences. Certains sont spécialisés dans les vertiges, les troubles de l’équilibre, la prise en charge de la surdité, les problèmes d’oreille (suite à des otites chroniques par exemple) nécessitant de la chirurgie (beaucoup de précision, un travail au microscope) ou encore des interventions neuro-chirurgicales, de la chirurgie neuro-sinusienne mais aussi la chirurgie cervicale, les cancers de la gorge, les opérations de la tyroïde. Il est évident qu’il est impossible qu’un même médecin soit compétent dans tous ces domaines. Il doit pouvoir faire des diagnostics lors d’une consultation et orienter son patient mais il ne peut pas seul traiter un patient.

Collaborez-vous avec d’autres spécialistes ?

Je collabore avec des neurochirurgiens, mais aussi avec les chirurgiens maxillo-faciaux, les dentistes, les neurologues, les endocrinologues, les pédiatres, les pneumologues, c’est donc extrêmement vaste et le choix de travailler en équipe dans un hôpital général est très important.

Votre pratique a-t-elle évolué ?

Oui beaucoup, surtout d’un point de vue technique. Actuellement, ici au CHU, nous opérons les adénohypophyses (les tumeurs de l’hypophyse) en passant par le nez (voie endoscopique) sans cicatrice. Au départ, il y a 25 ans, je collaborais déjà avec les neurochirurgiens. Mais, à l’époque, on ouvrait le palais et on passait sous les fosses nasales afin d’atteindre l’hypophyse. L’évolution est considérable.

L’oto-rhino-laryngologie se pratique-t-elle uniquement en hôpital ?

Il est possible de travailler dans un cabinet privé (mieux rémunéré) mais aussi en plus à l’hôpital. En privé, c’est plus de la consultation avec quelques cas opératoires et un contact plus proche au jour le jour avec les patients. Dans mon cas, je garde 2 demi-journées en privé. Pour l’ensemble des hôpitaux que regroupe le CHU, nous faisons environ 20.000 consultations par an.

Pour ma part, j’ai travaillé à Erasme pendant 15 ans mais je souhaitais revenir dans ma région. J’ai également choisi un hôpital public assez important pour toutes les raisons précitées comme la grandeur des équipes, de nouveau aussi dans l’esprit d’un service rendu à la population. Pour moi, l’hôpital public est nécessaire et fait partie de mes valeurs personnelles et humanistes. Ici, je peux prendre le temps.

Quelle est votre charge de travail hebdomadaire ?

Je travaille chaque jour de 8h à 20h, ce qui englobe la consultation, les opérations, les réunions, et je suis également chef de service. Chaque jour est différent. Il y a également les gardes dites « rappelables », c’est-à-dire qu’un des médecins du service doit être joignable pour les urgentistes ou toutes autres spécialités.

Nous avons aussi le tour de week-end: nous venons voir les patients hospitalisés, opérés,… Je travaille environ 6 j /7 et 70h/sem. Je m’occupe également de toute la gestion administrative du service. J’accueille également des étudiants médecins, des futurs spécialistes ORL (faisant 5 ans de spécialisation). À cela, il faut rajouter les formations obligatoires (à l’étranger, pour ma part), les congrès scientifiques le week-end,…

Y a-t-il pénurie dans votre spécialité?

Je pense qu’il y en a assez malgré la féminisation de la profession et le choix de certains de pouvoir mieux gérer vie de famille et travail.

Pourriez-vous nous donner quelques avantages et inconvénients de votre métier ?

L’avantage est la diversification de l’activité, la possibilité de se réorienter (par exemple, faire moins de chirurgie), le travail en équipe, les nombreux contacts, la grande satisfaction, la reconnaissance des patients. Je ne connais pas d’aspects négatifs car je suis vraiment passionné !

Que faites-vous comme examens techniques ?

Des tests auditifs, des audiométries, des impédancemétries, des examens pour les vertiges. Cela se fait avec l’aide des audiologistes (métier en pénurie). Il y a 25 audiologistes qui sortent par an d’où la difficulté d’en avoir. Ici, nous en avons 4 à temps plein !

Quels conseils donneriez-vous à un jeune souhaitant se lancer dans cette spécialité ?

Rester ouvert aux différents aspects de la spécialité pour continuer à progresser. Accorder beaucoup d’importance à la plainte du patient et ne pas se fier uniquement aux résultats d’un examen !

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.