Julie Willems,
Comportementaliste animalière

Interview réalisée en décembre 2012

Quel est votre parcours ? 

J’ai obtenu une licence (aujourd’hui maîtrise) en psychologie et un diplôme d’études complémentaires – D.E.C.  (aujourd’hui appelé maîtrise également) en biologie animale à l’UCL. Je me destinais déjà à travailler sur le comportement animal. A l’époque, je me voyais plutôt éthologue car on ne parlait pas encore réellement du métier de comportementaliste. L’éthologie est l’étude du comportement animal dans son milieu naturel. C’est une appellation que l’on réserve plutôt pour l’étude du comportement des animaux sauvages. Début 2005, je décide de m’installer comme comportementaliste pour animaux domestiques, activité qui n’a fait que croître au fil des ans.
 

Qu’est-ce qui vous a donné l’envie d’exercer ce métier ? 

La passion des animaux tout d’abord, et surtout plus spécifiquement la passion pour le comportement animal. Mon autodidactisme sur le sujet a débuté très tôt, et continue encore aujourd’hui. C’est un domaine dans lequel on doit se recycler constamment. Les connaissances sur le comportement animal et surtout sur celui du chien sont loin d’être exhaustives. Il y a encore beaucoup de recherches à effectuer pour en savoir toujours plus sur cet extraordinaire animal qui partage nos vies. 
 

Travaillez-vous uniquement avec les chiens ou pouvez-vous intervenir avec d’autres animaux ? 

Le comportementaliste est un spécialiste de la relation homme-animal domestique. Pour ma part, je travaille sur tous les animaux domestiques sauf le cheval, mais je suis spécialiste du chien. Le chien est de loin l’animal le plus vu en consultation. Il est l’objet d’environ 90% de mes consultations comportementales. Le reste des consultations concerne le chat, et très rarement le lapin, le furet ou le cobaye. Les gens rencontrent moins de problèmes de comportement avec ces trois dernières espèces dans le sens où la relation entre elles et l’homme est beaucoup moins profonde qu’avec le chat et surtout le chien.
 

Concrètement, quelles sont les différentes étapes de votre travail ?

La première consultation consiste en la description du problème par le maître et le diagnostic comportemental. Nous essayons de mettre le doigt conjointement sur la ou les cause(s) du problème comportemental.  A la fin de la consultation, nous donnons déjà quelques pistes au propriétaire pour travailler sur le problème une fois rentré chez lui. La deuxième consultation permet de faire le point sur l’évolution du problème. En fonction de celle-ci, nous approfondissons la thérapie comportementale ou la réorientons si besoin est. Une troisième consultation est souvent nécessaire afin d’assurer le suivi pour le maître et de donner quelques nouveaux conseils pour aller plus loin dans l’amélioration du comportement de l’animal. Parfois, si le problème est vraiment profond ou si le maître éprouve des difficultés à appliquer les techniques de thérapie comportementale, une quatrième consultation est requise.
 

Quels sont les troubles du comportement que vous rencontrez le plus fréquemment ?

La destruction, la malpropreté et la désobéissance/non-respect du maître sont les trois motifs de consultation les plus fréquents. Le premier est souvent dû à une anxiété de séparation, c’est-à-dire que le chien est incapable de rester seul et la destruction est pour lui un exutoire de l’anxiété qu’il ressent lorsqu’il est laissé seul. La malpropreté peut aussi être une conséquence de l’anxiété de séparation mais elle peut également être due à un apprentissage non complet. Enfin, la désobéissance dans le sens où le chien ne respecte pas son maître et le provoque sans cesse est liée à une cause très fréquente chez nous : la dominance. Le maître s’est laissé involontairement dominer par son chien, qui se considère et se comporte alors comme le chef de la meute, avec toutes les conséquences que cela implique. 
 
A côté de ces troubles récurrents, nous en trouvons beaucoup d’autres, tels que l’hyperactivité liée à un trop-plein énergétique, l’agressivité dirigée contre les congénères ou contre les humains, les aboiements intempestifs, les phobies, etc. Certains troubles plus profonds tels que la dépression ou le trouble obsessionnel compulsif existent mais sont plus rares, fort heureusement.
 

Pourriez-vous nous donner quelques exemples de conseils que vous prodiguez ? 

Dans le cas du chien qui est dominant par exemple, et qui, consécutivement à cette place de chef qu’il occupe, n’obéit pas à son maître, le teste sans cesse, aboie sur lui voire le mord, nous devons renverser la hiérarchie, c’est-à-dire replacer le maître au statut de chef de meute  et son chien au statut de soumis. Pour ce faire, il s’agit de respecter et surtout faire respecter toute une série de règles hiérarchiques. Parmi ces règles, on trouve notamment l’ordre du repas, qui doit toujours suivre l’ordre hiérarchique. En d’autres mots, le dominant, et donc le maître, doit toujours manger le premier. Il faut donc impérativement nourrir son chien après que chaque membre de la famille ait terminé de manger.
 
La modification de ces règles doit se faire selon un ordre précis et sans précipitation afin d’éviter une rébellion éventuelle de la part du chien. Un bon comportementaliste doit donc savoir quand, comment, dans quel ordre et selon quel rythme les changements d’attitude du maître doivent être appliqués afin d’obtenir le résultat le plus efficace, le plus sécurisé et le plus durable possible.
 

Quelles sont, selon vous, les différences avec les métiers d’éducateur canin ou de maître chien ?

Les différences sont énormes. Du point de vue de la formation déjà. Bien que ces deux métiers ne soient malheureusement pas reconnus par l’état et n’obligent donc pas le passage par une formation officielle et de qualité, le métier d’éducateur ne nécessite qu’une formation brève, le plus souvent octroyée dans un centre d’éducation lui-même. Le métier de comportementaliste, par contre, s’exerce sous forme d’entretiens avec le client, ce qui requiert, comme pour le métier de psychologue, toute une série d’aptitudes spécifiques. Sans parler encore des connaissances sur l’animal et sur son comportement proprement dit, certaines qualités spécifiques sont indispensables. Un cursus universitaire est en l’occurrence idéal pour prétendre à la maturité  et aux aptitudes nécessaires au métier de comportementaliste.
 
En ce qui concerne le métier lui-même, le dressage sert principalement à deux choses : sociabiliser le chien et lui apprendre les ordres de base. Les techniques utilisées sont standardisées au sein d’un même centre et sont donc les mêmes pour chaque individu. Le comportementaliste, quant à lui, bien qu’il est utile de le voir dès l’acquisition du chiot pour obtenir des conseils dans l’éducation (tel que le fonctionnement de la hiérarchie vu plus haut par exemple), est la plupart du temps consulté pour résoudre des problèmes comportementaux déjà installés. Il travaille donc au cas par cas, en appliquant des techniques bien différentes d’un chien à l’autre et d’un problème à l’autre.
 
Enfin, sur base du déroulement, la différence est de taille aussi. L’éducation se passe la plupart du temps dans un centre, au milieu d’autres personnes présentes avec leur chien elles aussi. C’est donc un cours collectif bien souvent, bien qu’il existe des éducateurs qui proposent des cours particuliers. Le comportementaliste, lui, travaille sous forme de consultations. Il reçoit à son cabinet ou se déplace au domicile des propriétaires lorsqu’il a besoin de voir le chien dans son milieu naturel, et travaille en privé avec le maître et son chien.
 

Votre métier est-il reconnu en Belgique ? 

Malheureusement non. En Belgique, à part celui de vétérinaire, aucun métier animalier n’est reconnu. Alors que cela ne comporte pas trop d’implications pour des métiers tels que toiletteur, dog walker ou photographe, il n’en est pas de même pour les métiers d’éducateur, éleveur, kinésithérapeute et surtout comportementaliste. Les erreurs commises par ces personnes qui ne seraient pas compétentes peuvent avoir des conséquences désastreuses. Par exemple, une mauvaise éducation peut rendre un chien phobique ou agressif. De mauvaises conditions d’élevage, où la mère aura été retirée trop tôt par exemple, ou bien où une socialisation n’aura pas été effectuée chez un chiot qui reste longtemps à l’élevage, provoquera un sentiment d’insécurité chez le chien, voire des peurs ou des phobies très profondes. Une mauvaise manipulation par un kinésithérapeute ou un ostéopathe non formé peut provoquer des douleurs voire des séquelles physiques chez l’animal. 
 
Enfin, un comportementaliste qui ne poserait pas le bon diagnostic comportemental ne résoudra pas le problème. S’ensuivra le risque très fréquent d’abandon de l’animal pas des maîtres qui n’en peuvent plus d’être confrontés aux destructions répétées de leur animal par exemple, ou pire, l’euthanasie d’un chien diagnostiqué comme dangereux alors qu’il n’en est rien. Inversement, un comportementaliste qui, par manque de compétences, ne résoudra pas le problème d’agressivité d’un chien ou ne le considérera pas comme tel, peut voir sa responsabilité engagée si ce même chien agresse et blesse quelqu’un par la suite. 
 
C’est également pourquoi, même si le métier n’est pas reconnu, personne ne devrait s’installer comme comportementaliste sans avoir suivi une formation reconnue comme sérieuse et valable. De même, il incombe aux propriétaires de veiller à faire appel à quelqu’un de réputé pour son excellente formation, son expérience et ses compétences pour l’aider dans la résolution des troubles comportementaux de son animal.
 

Quelles sont les connaissances à posséder pour devenir comportementaliste ? 

Le comportementaliste doit savoir mener un entretien, ce qui implique d’avoir une certaine dose de bon sens et de réflexion, de savoir pratiquer l’autodidactisme continu, de pouvoir continuellement se remettre en question, d’être capable de poser un diagnostic, de savoir parler de façon diplomate aux gens, etc. 
 
En ce qui concerne les connaissances sur le comportement proprement dit, elles doivent être le plus exhaustives possibles. Le chien est, contrairement à ce que l’on croit, un animal à la psychologie très complexe. Il faudrait idéalement avoir suivi des années d’étude sur le comportement du chien pour pouvoir se prétendre comportementaliste. Le jeune qui souhaiterait en faire son métier devrait déjà, avant de se diriger vers quelque formation que ce soit, avoir lu quantité d’ouvrages valables et avoir suivi quantité d’études scientifiques sur le comportement du chien, ne fût-ce que par motivation, par passion. 
 
De même, pendant et après la formation, le travail n’est jamais fini. Il faut continuer à s’instruire, tirer des leçons des expériences acquises, se remettre en question suite à tel ou tel cas que l’on n’a pas pu traiter correctement, faire des recherches et s’informer constamment, que ce soit sur les nouvelles décisions gouvernementales concernant l’animal domestique, les nouvelles études publiées, les faits divers impliquant un animal domestique, etc.
 

Quelles sont les qualités requises ? 

Il faut bien évidemment aimer l’animal domestique avec lequel on souhaite travailler et être passionné par son comportement. Il faut également aimer l’homme, car on doit être mû par la volonté de l’aider dans le problème qu’il rencontre avec son animal. 
 
Afin de donner au propriétaire l’envie de vous consulter, il faut être accueillant, souriant, aimable, tolérant et surtout éviter le jugement.  Pour  mener correctement un entretien, on doit pouvoir  être à l’écoute, être diplomate, ouvert aux autres et patient. Afin de donner confiance à la personne qui vous consulte, il faut être rassurant, tolérant, confiant, mais également conciliant. Parce qu’il faut évidemment être en mesure de l’aider dans le problème qu’elle rencontre avec son animal, on doit pouvoir être empathique, intuitif, observateur, pédagogue, efficace, communicatif, convaincant et avoir une certaine sensibilité. Afin de se recycler constamment, il faut savoir être autodidacte, curieux, travailleur et discipliné. 
 
Enfin, étant donné que le métier de comportementaliste implique de s’installer à son propre compte, il faut être autonome, débrouillard, sérieux, organisé, responsable, déterminé et courageux.
 

Quels conseils donneriez-vous à un jeune qui voudrait se lancer dans cette activité ?

De ne surtout pas se lancer tête baissée dans ce métier. Il ne suffit pas d’aimer les animaux pour être comportementaliste. Il ne suffit pas non plus de côtoyer des chiens ou d’avoir lu quelques livres sur leur éducation et leur comportement pour décider que l’on fera un bon comportementaliste. Comme nous l’avons vu plus haut, les compétences requises pour être comportementaliste sont nombreuses. Je recommande d’avoir comme base soit un diplôme de vétérinaire, qui aura évidemment été suivi d’une formation complémentaire en comportement, soit un diplôme de psychologie, qui aura été complété par une formation complémentaire sur le comportement de l’animal que l’on souhaite traiter en consultation. 
 
Quoiqu’il en soit, il s’agit de faire très attention au choix de la formation de comportementaliste. Il en existe beaucoup qui ne valent rien du tout. Vérifiez d’abord quelle est la valeur du formateur. S’il se présente comme un amoureux des chiens depuis des années et comme instructeur canin, cela n’en fait pas un bon formateur de comportementaliste. Le formateur doit avant tout être comportementaliste lui-même, c’est-à-dire avoir lui-même suivi une formation sérieuse et valable dans ce domaine, être idéalement universitaire, renommé et avoir quelques bonnes années d’expérience derrière lui en tant que comportementaliste.
 
Enfin, il importe d’analyser le contenu de la formation. Paraît-elle exhaustive ? Aborde-t-elle les nombreux points de la psychologie canine ? Propose-t-elle des ateliers pratiques ? Paraît-elle sérieuse ? Est-elle étalée sur une durée suffisamment longue que pour être plausible (on ne devient pas comportementaliste en un week-end de formation !) ? 
 
http://www.juliewillems.be 
 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.