Kim Chenot,
Technicienne en contrôles non destructifs

Interview réalisée en décembre 2013

Pourquoi et comment vous êtes vous dirigée vers ce métier ? 

Plus jeune, j'avais l'objectif de travailler dans la marine marchande. J'avais d'ailleurs entamé des études supérieures dans ce sens à l'école supérieure de navigation à Anvers. Malheureusement, le niveau de maths était un peu trop élevé pour moi. C'est durant cette première année d'études que j'ai découvert, très brièvement, le contrôle non destructif (CND) lors du cours de construction navale. Lorsque j'étais demandeuse d'emploi, j'ai appris l'existence d'une formation en dix mois spécialisée dans le domaine dans un centre de compétence et je m'y suis inscrite. Pour y avoir accès, il fallait avoir le certificat d'enseignement secondaire supérieur, avoir une base en anglais et s’intéresser un minimum à l’industrie et aux technologies.

Quels étaient les principaux axes de formation ? 

La formation était divisée en deux parties : il y avait d’abord une remise à niveau des cours de base (sciences, mathématiques, électricité, connaissance des matériaux métalliques, matériaux composites, lecture de plans, anglais technique) et ensuite les cours sur les différents procédés de contrôles non destructifs (magnétoscopie, ultrason, ressuage, radiographie, contrôle visuel). En fin de formation, il y avait un stage en entreprise, que j'ai effectué dans une entreprise aéronautique (SABCA).

Quelles méthodes utilisiez-vous ?

Lors de mon stage en entreprise, j’utilisais beaucoup le ressuage et parfois la magnétoscopie. Malheureusement l’entreprise n’engageait pas de techniciens CND à ce moment-là. J’ai ensuite travaillé chez Shur-Lok où j’effectuais le contrôle des pièces par magnétoscopie.
Aujourd'hui, je travaille pour une fonderie où je contrôle par radiographie. Les pièces sont plus brutes que celles de l'aéronautique, mais le but est toujours le même : contrôler la conformité.

En quoi consistent ces méthodes ?

Le ressuage permet de détecter des discontinuités seulement en surface : on applique le produit pénétrant qui s’infiltre dans les discontinuités qui débouchent à la surface de la pièce. La pièce est ensuite nettoyée de façon à ce qu’à la surface soit « propre », tout en laissant le pénétrant dans les discontinuités. On sèche la pièce et on y applique une poudre, le révélateur, qui va « aspirer » le pénétrant présent dans les discontinuités et ainsi révéler ces dernières. 

Avec la magnétoscopie, on peut en plus détecter des discontinuités en surface mais également celles qui sont proches de la surface en utilisant le champ magnétique créé par le courant électrique. En cas de présence d’une discontinuité, le champ magnétique sera perturbé. Sur la pièce, on applique des particules magnétiques qui vont s’agglomérer au niveau de ces perturbations de champs et ainsi révéler les discontinuités.

Pour ce qui est de la radiographie, c ‘est un peu le même principe qu'à l’hôpital. On place la pièce entre une source radioactive et un film sur lequel, après développement, nous pourrons vérifier qu’il n’y ait pas de discontinuité dans la pièce. 

L'objectif est le même pour toutes les méthodes : s'assurer de la conformité des produits par rapport aux exigences contractuelles et/ou légales sans endommager la pièce, d’où le nom de contrôle non destructif. 

Votre fonction est d'une importance capitale pour le secteur !  

Oui tout à fait. Il est hors de question de laisser passer une pièce qui ne rencontre pas les exigences tant du client que légales ! Les conséquences pourraient être désastreuses. C’est donc une énorme responsabilité que l'on ne porte pas seul. En effet, j'avais au-dessus de moi un superviseur.  
 

Quel était votre environnement de travail ? 

Je travaillais avec deux autres collègues du département CND au sein d'un atelier, entouré par toutes les autres machines, parmi tous les ouvriers.  


Retrouve-t-on beaucoup de femmes dans ce métier ? 

Nous étions deux filles à suivre la formation. Je pense que les qualités que l'on demande aux techniciens CND se retrouvent aussi bien chez les hommes que chez les femmes.

Il y a parfois encore un certain à priori sur le travail des femmes dans le domaine. Je l'ai en tout cas parfois ressenti lors de ma recherche d'emploi. D'un côté je peux comprendre car, en CND, il nous arrive de devoir manipuler des pièces qui peuvent atteindre un poids tel qu’il faut un pont pour les manipuler. Il y a aussi chez une femme le risque de grossesse qui peut entraîner une mise à l’écart car certaines techniques comme la radiographie ne sont pas indiquées pour une femme enceinte. Il est donc compréhensible qu’il y ait des réticences face au fait d’engager une femme mais heureusement beaucoup d’employeurs ne jugent pas seulement en terme "homme/femme" mais en terme de compétences. En ce qui concerne un éventuel "machisme" sur le lieu de travail, je ne peux pas dire que ça n’existe pas car il y aura toujours bien une personne pour faire une blague douteuse, mais cela n’arrive pas systématiquement.

Quel est votre horaire de travail ? 

Je fais les 3 pauses : 6h00-14h00, 14h00-22h00, 22h00-6h00. 

Qu'est-ce qui vous plaît dans votre métier ?
Je voulais faire un métier manuel et c'est le cas. Je trouve cela assez gratifiant de faire partie de tout un processus qui au final amène à un tout qui doit être de qualité.  

Continuez-vous à vous former ?

Pas pour le moment car je n'en suis finalement qu'au tout début de ma carrière mais je devrai certainement le faire à l'avenir car les techniques et méthodes évoluent. 
 

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.