Martine Odekerken, Modéliste

Interview réalisée en juin 2007

Martine Odekerken est modéliste depuis 33 ans.

En quoi consiste votre activité au quotidien ?

J’établis les tableaux de gradation qui sont envoyés dans les ateliers de production. L’atelier fait le PPS c’est-à-dire les premières pièces sur base des tableaux qui permettent le contrôle de taille. Ces pièces me sont envoyées, je fais les essayages et le contrôle des mesures et de la qualité de fabrication. J’envoie mes remarques à l’atelier et je donne ou non le feu vert pour la production. Il n’y a plus beaucoup de sociétés en Belgique qui font les patrons sur papier ou sur ordinateur.  La plupart du temps, c’est dans les ateliers de production à l’étranger qu’il y a une modéliste qui fait ce travail sur base des tableaux de mesure de la modéliste belge. A chaque saison, je pars à l’étranger pour le suivi de la production.

Quelles sont les qualités personnelles nécessaires pour exercer votre profession ?

L’esprit d’équipe est indispensable vu le mode d’organisation. Il faut aussi avoir un esprit logique et une bonne visualisation des proportions d’un vêtement qu’il soit destiné à un adulte ou à un enfant. Puis, il faut de la souplesse face à l’évolution de la mode et des collections, savoir changer sa manière de faire tel ou tel vêtement, avoir l’esprit ouvert à toutes les tendances. Il faut se montrer flexible au niveau des horaires en période de collection et se montrer exigeant pour le contrôle des pièces et du travail des ateliers de production. Tout ceci nécessite de bonnes aptitudes de communication avec tous (styliste, ateliers, …), de la fermeté et de la continuité dans son discours et ses exigences. La connaissance de l’anglais est de plus en plus indispensable, celle du néerlandais est un bon atout.

Quels sont les avantages et inconvénients de votre métier ?

Ce métier a pour avantage qu’à chaque saison on est confronté à un nouveau défi. C’est un travail varié car les collections se renouvellent, on part toujours sur quelque chose d’autre, le travail et le résultat sont chaque fois différents. A contrario, cela peut aussi être vu comme un inconvénient. A chaque saison, tout est remis en question avec le stress que cela suppose pour respecter les délais, avec l’inquiétude que le résultat corresponde aux attentes de l’entreprise et, surtout, de la clientèle.

Quel est l’horaire de travail ?

Un horaire complet, c’est habituellement de 8h30 à 17h. A certaines périodes, telles que bouclage de la collection ou clôture des dossiers de production, il n’est plus question d’horaires.

Quelles études avez-vous faites pour accéder à cette profession ?

J’ai fait six années d’humanités techniques « coupe-couture » complétées par deux années de graduat à l’Institut Bischoffsheim (maintenant, c’est en trois ans).

Quel a été votre parcours professionnel ? 

Mes études à peine terminées, j’ai commencé à travailler chez Dujardin. J’étais modéliste layette, je faisais tout le travail de gradation. Quelques années après, j’avais toute la collection à faire : les patrons et les gradations. Après 8 ans, j’ai été licenciée suite à des restructurations. Je suis restée un an au chômage. J’ai ensuite été engagée chez Rivoli comme modéliste pour la collection femme. Après 1 an, je suis devenue responsable du service de création robes et chemisiers femmes. C’est là que j’ai appris à travailler sur Lectra (patronage informatisé). J’y suis restée 14 ans, jusqu’à la fermeture de l’entreprise. Et là, j’ai directement été engagée dans une société de vêtements hommes et femmes en cuir, Enato. Après 6 ans, il y a aussi eu une restructuration, et là je me suis installée comme indépendante. J’avais de nombreuses commandes de sociétés multimarques qui travaillaient pour les grandes surfaces. Depuis janvier 2007, j’ai été engagée comme modéliste salariée chez Moulinsart. 

Que diriez-vous à un jeune qui souhaite se lancer dans cette voie ? 

Que c’est un métier agréable qui offre de multiples possibilités. Qu’il faut être à l’écoute de tout car, si on apprend beaucoup à l’école, on apprend encore davantage sur le terrain. Qu’il faut être prêt à voyager plusieurs fois par an, à ne pas avoir d’horaires au moment des collections. Que connaître l’anglais et le néerlandais sont des atouts importants.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.