Med Talbaoui, Hydrogéologue

Interview réalisée en janvier 2005

Entretien avec Med TALBAOUI, Hydrogéologue et chargé de projets chez "SHER Ingénieur-Conseil". Cette société exerce des activités multidisciplinaires de consultance, notamment en ce qui concerne l'hydraulique, l'alimentation en eau potable, l'assainissement, les projets hydro-agricoles ou l'aménagement du territoire. Elle travaille pour des investisseurs privés, des collectivités locales, les gouvernements et institutions internationales de financement. Sher a plusieurs sièges d'exploitation en Europe, en Afrique et en Amérique latine. Le personnel permanent comprend 22 ingénieurs et cadres universitaires ainsi que 12 techniciens.

Pour devenir hydrogéologue, métier plutôt "pointu", quel bagage théorique faut-il avoir ?

En ce qui me concerne, j'ai étudié la géologie à l'université de Rabat, avec une spécialisation en génie civil et mécanique des sols.
Puis, j'ai passé une thèse de doctorat en hydrogéologie à l'UCL. Il s'agit en fait de l'étude de deux milieux en interaction, l'eau et le sol, autrement dit l'étude de la partie saturée en eau dans le sol, le milieu non saturé en eau concernant plutôt l'agronomie.

Dans quels domaines intervenez-vous ?

Nous intervenons pour étudier la pollution des eaux souterraines et pour procéder à l'examen des fluides qui pénètrent les sols et contaminent les milieux saturés et insaturés. Les bureaux d'étude qui font appel aux hydrogéologues ont besoin de spécialistes agréés, que ce soit comme collaborateurs permanents ou comme sous-traitants. Par ailleurs, des organismes officiels comme l'IBGE utilisent également un hydrogéologue à temps plein.

Le deuxième champ d'intervention est la prospection géophysique, pour évaluer le potentiel des ressources en eau dans les nappes souterraines. Dans ce cas, les hydrogéologues collaborent avec des sociétés de forage. Ils interviennent également dans une optique de développement durable, pour estimer la quantité nécessaire d'eau à capter, sans débit excessif. Ils organisent la bonne gestion de cette ressource, en augmentant le débit en période de crue et en le réduisant en période d'étayage.

Quels exemples concrets avez-vous en tête ?

Par exemple, en tant que société de conseil, nous effectuons l'étude des zones de protection des captages de l'eau pour la SWDE, la Société Wallonne Des Eaux. Sans entrer dans des détails trop techniques, nous définissons les périmètres de protection imposés par la législation édictée par la région wallonne, sur base d'études qualitatives. Nous réalisons ces études en fonction des effets de traçage pour déterminer tout ce qui pourrait être source de pollutions. Si celles-ci dépassent les normes admises, nous en recherchons les causes, qui peuvent notamment être liées à l'activité industrielle ou agricole du secteur.

Le plan 2005 - 2009 de la région wallonne prévoit la protection de 60% des captages d'eau. De quoi s'occuper !

D'un point de vue technique, quelles sont les spécificités de cette science ?

L'hydrogéologie est une science jeune. Autrefois, il n'y avait pas de modèle mathématique pour estimer les réserves d'eau. Aujourd'hui, tous les paramètres du sol sont traités informatiquement, puis validés sur le terrain par essais de pompage...

Ces investigations représentent des budgets énormes, le matériel d'étude et les instruments de mesure étant de plus en plus perfectionnés, mais heureusement de plus en plus fiables. Les hydrogéologues les utilisent notamment pour expertiser les carrières, les centres d'enfouissement technique, les sites de traitement de déchets, de façon à identifier les éventuelles pollutions chimiques transportées par l'eau en sous-sol.

Le métier d'hydrogéologue a-t-il de l'avenir ?

Oui, parce que les compétences des hydrogéologues seront reconnues et sollicitées pour de multiples applications en dehors de celles que nous avons déjà évoquées : ainsi, par les sociétés pétrolières lors de l'implantation de nouveaux puits de forage, ou encore par les cabinets d'engeenering et les entreprises de travaux publics au moment de la construction de tunnels ou barrages.

C'est un métier de plus en plus pluridisciplinaire, il faut aussi bien maîtriser l'hydraulique, la géologie, que la chimie et l'engeenering, et avoir un bagage très solide en mathématiques ou encore en informatique pour suivre les évolutions technologiques intervenues depuis ces toutes dernières années.

Une caractéristique gratifiante de cette activité est justement qu'elle vous porte à évoluer en permanence et à vous attaquer à des projets très variés ! Toute cette richesse s'illustre bien dans les nombreux colloques et séminaires pendant lesquels les hydrogéologues échangent leurs avancées. En plus, ce métier peut vous faire voyager partout dans le monde. A titre indicatif, Sher a des succursales en Bolivie, au Burkina Faso, au Nicaragua, au Rwanda et au Mali. Chacune compte un ou plusieurs hydrogéologues parmi ses salariés. Moi-même, j'interviens régulièrement pour le compte de l'une ou l'autre.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.