Mutien Garigliany,
Docteur en médecine vétérinaire et assistant de recherche au département de Pathologie de la Faculté de Médecine vétérinaire de l’ULg

Interview réalisée en mai 2015  —  Interview 1214

Pouvez-vous expliquer en quoi consiste le métier de vétérinaire pathologiste ?

Le métier de vétérinaire pathologiste comporte de nombreux aspects. La pathologie est par définition, au sens littéral, l’ « étude des maladies », il s’agit donc d’une discipline extrêmement large et complexe, en interaction directe avec beaucoup d’autres disciplines.

Le rôle premier d’un pathologiste vétérinaire est d’établir un diagnostic sur les causes de la maladie ou du décès d’un animal. Les moyens mis en œuvre vont de l’autopsie (pathologie macroscopique), au cours de laquelle les lésions sont identifiées et des prélèvements sont effectués, en passant par l’histopathologie, c’est-à-dire l’examen de lames histologiques au microscope pour y décrire les lésions microscopiques, jusqu’à ce que l’on appelle la pathologie moléculaire, qui regroupe un ensemble de techniques de laboratoire visant à identifier l’agent pathogène (par exemple) ou la mutation génétique responsable de la maladie ou du décès de l’animal.

A ce titre, le pathologiste vétérinaire interagit avec les cliniciens et leur apporte ainsi une aide importante au diagnostic. Le rôle du pathologiste est particulièrement important en oncologie, pour la détermination du type et du grade des tumeurs et l’évaluation des marges chirurgicales (vérifier si la chirurgie a permis d’enlever toute la tumeur ou pas).

Enfin, le pathologiste vétérinaire est en première ligne pour identifier et décrire les nouvelles maladies.

Quel est concrètement votre travail au sein du département de la Faculté ?

Mon travail consiste en plusieurs choses. Je participe à la formation des étudiants en médecine vétérinaire en leur apprenant l’histopathologie, la cytologie et les bases de la pathologie moléculaire. Nous avons par ailleurs développé un plateforme de diagnostic moléculaire dotée d’instruments de pointe, qui permet d’offrir un large éventail de possibilités de diagnostic aux vétérinaires cliniciens, soit sur les cas d’autopsie, soit sur des prélèvements effectués sur des animaux malades et envoyés à la Faculté. La majeure partie de ces analyses a trait à l’identification des agents pathogènes impliqués dans la maladie ou le décès. Enfin, ces outils nous permettent également de mener plusieurs projets de recherche, centrés principalement sur les maladies infectieuses. A titre d’exemple, je dirige un doctorant en fin de thèse qui travaille sur les facteurs de résistance de l’hôte dans le cadre des pneumonies dues au virus influenza (grippe). Ces recherches permettent de mieux comprendre la maladie et laissent augurer la possibilité à terme d’améliorer la résistance des animaux par sélection en médecine vétérinaire et d’orienter le traitement pour de meilleurs résultats en médecine humaine.

Pouvez-vous nous donner quelques exemples de recherches menées par votre département ?

Comme expliqué au point précédent, l’étude des facteurs de résistance/sensibilité aux pneumonies virales (influenza, virus respiratoire syncytial, etc.) est un des piliers de la recherche dans notre département. Nous travaillons également sur toute une série de maladies purement vétérinaires, comme les virus Schmallenberg et Bluetongue en élevage bovin/ovin ou la panleucopénie chez le chat par exemple. Nous travaillons en étroite collaboration avec le service « Faune sauvage » de notre Faculté et avec mon collègue Thierry Jauniaux pour l’étude des mammifères marins. Nous développons actuellement des outils qui faciliteront la découverte des nouveaux agents pathogènes.

S’agit-il d’un métier exclusivement exercé par des médecins vétérinaires ou d’autres profils peuvent-ils aussi se spécialiser ?

La pathologie vétérinaire est une spécialisation de la médecine vétérinaire et qui nécessite une excellente connaissance des différents aspects de la médecine vétérinaire. Il n’est donc pas envisageable de pratiquer ce métier sans être vétérinaire.

Pourriez-vous retracer votre parcours scolaire, professionnel ?

Je suis vétérinaire depuis bientôt 10 ans. J’ai immédiatement débuté mon travail dans le département de pathologie de la Faculté. J’ai ensuite entrepris un doctorat en sciences vétérinaires, que j’ai obtenu en 2011. J’ai depuis cherché à développer les possibilités de diagnostic dans notre département. En parallèle, j’ai poursuivi ma spécialisation en pathologie vétérinaire en participant aux formations du collège européen de pathologie vétérinaire et j’ai participé à différents projets de recherche. Je pars à l’étranger plusieurs fois par an pour assister à des congrès ou des formations. Je me rends régulièrement dans d’autres laboratoires pour apprendre de nouvelles techniques. L’année dernière, je suis parti 6 mois dans un institut de médecine tropicale à Hambourg en Allemagne et actuellement je suis aux Etats-Unis dans une unité de diagnostic des maladies infectieuses humaines.

Qu’est-ce qui vous a donné envie de vous spécialiser dans les pathologies ?

La possibilité d’aller plus loin que ce qu’un clinicien peut se permettre de faire. J’adore la médecine vétérinaire, la clinique. Mais sur le terrain, le vétérinaire est rapidement limité dans les examens complémentaires qu’il peut réaliser par manque de temps et surtout parce que ces examens sont chers et que le vétérinaire doit donc limiter ces examens à ceux strictement essentiels au diagnostic, de manière à limiter les coûts pour le propriétaire. Néanmoins, si nous voulons que la médecine vétérinaire évolue, il faut pouvoir aller plus loin dans un certain nombre de cas. C’est particulièrement vrai pour les maladies infectieuses et en oncologie (cancérologie).

J’aime par ailleurs la possibilité qu’offre ce travail d’interagir avec les étudiants, qui seront les vétérinaires de demain.

Est-ce que vous travaillez principalement dans un laboratoire, dans un bureau ou sur le terrain?

De plus en plus dans un bureau, malheureusement. En effet, si je passe encore du temps dans le laboratoire ou devant un microscope, d’autres personnes font de plus en plus ce travail. Je fais encore principalement ce qui est plus spécialisé. Je passe une partie importante de mon temps dans la rédaction de cours, rapports et articles scientifiques.

Quelles sont, selon vous, les qualités et compétences nécessaires à posséder pour travailler dans ce domaine ?

Tout dépend de ce que l’on souhaite faire. Un pathologiste peut passer sa vie devant un microscope, en salle d’autopsie, en amphithéâtre (donner des cours) ou dans un laboratoire, ce qui demande des qualités très différentes. Personnellement, je fais toutes ces choses, ce que je trouve nettement plus enrichissant et épanouissant sur le plan professionnel. La principale compétence est qu’il faut être vétérinaire. Je dirais qu’il faut être curieux, avoir un peu l’âme d’un détective, être rigoureux, modeste et prudent car l’autopsie et l’histopathologie sont avant tout une affaire d’interprétation et la fiabilité du diagnostic dépend de nombreux facteurs dont l’état de conservation des échantillons ou de l’animal et, enfin, être ouvert car il s’agit d’une science en perpétuelle évolution. Il faut également être attentif aux attentes de nos confrères cliniciens.

Quels sont les points positifs et négatifs que vous relevez dans l’exercice de votre métier ?

Il est difficile de comparer. Par rapport à la pratique clinique vétérinaire, je trouve le métier de pathologiste, tel que je l’envisage, plus épanouissant. Nous sommes à une époque où tout évolue rapidement et le fait de pouvoir participer, un tant soit peu, à l’évolution de la médecine vétérinaire (et de la médecine humaine) est extrêmement motivant et gratifiant. Les points négatifs sont d’une part la charge de travail, à savoir que nous passons une partie très importante de notre temps à des tâches « administratives » et qu’il serait nettement plus profitable (et agréable !) de pouvoir se focaliser sur l’enseignement, le diagnostic et la recherche, et, d’autre part, qu’il est de plus en plus difficile de trouver des financements pour la recherche en médecine vétérinaire.

Quels sont les conseils que vous donneriez à un jeune qui voudrait devenir vétérinaire pathologiste ?

D’aller voir des pathologistes et de vivre leur quotidien quelques jours. C’est la meilleure façon de connaître le métier et de faire naître une vocation.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.