Nathalie Borlée, Eclairagiste

Quel est votre parcours ?

J’ai suivi mes études secondaires artistiques aux Dames de Marie, square Vergote à Bruxelles. Ensuite, j’ai fait une candidature en philosophie et puis quatre années de mise en scène à l’I.N.S.A.S.

J’ai travaillé en tant que régisseur lumière au Théâtre National, à Louvain-la-Neuve, au Varia... J’ai été directrice technique pendant 15 ans au théâtre de la Balsamine. J’ai travaillé en tant qu’éclairagiste, scénographe d’équipement et  parfois scénographe de plateau. Je suis également professeur à Saint-Luc en scénographie d’équipement, dans le master en scénographie et professeur à l’EFPME, section régie. 

Qu’est-ce qui vous a donné envie de travailler plus spécifiquement dans ce domaine ?

Le monde imaginaire artistique m’a toujours fascinée mais je ne voulais pas jouer, être devant. Lorsque j’avais 14 – 15 ans, avec l’école, nous avions visité le Théâtre National et sur le plateau, nous avions assisté à des mouvements de machinerie. Les autres trouvaient cela débile et moi, j’ai pensé que c’était exactement cela que je voulais faire. Un monde d’illusion. J’adore une certaine forme d’artisanat très professionnel, le moment magique où tous les éléments scéniques, décor, lumières, acteurs, costumes… se téléscopent et forment un spectacle qui sera donné à voir aux spectateurs. 

Parlez-nous de votre métier d’éclairagiste. En quoi consiste-t-il ?

Regarder, embellir, sublimer un spectacle par les lumières, faire un magnifique emballage me plaît, tout en restant dans l’ombre. D’une certaine manière, j’ai détourné mon envie de mettre en scène en révélant, par la lumière, différents aspects du spectacle, en influant sur le sens, en focalisant le regard du spectacteur vers telle ou telle chose. J’aime envisager le spectacle comme une image presque picturale et de travailler par petites touches comme le ferait un peintre ou un photographe. Mon principal intérêt, mon matériau, c’est la lumière.

J’aime aussi participer à un travail collectif. Si j’étais photographe, je tendrais à faire l’image exacte que j’ai dans la tête alors qu’en théâtre, je dois composer avec les envies du metteur en scène, du scénographe, des acteurs. Il faut voir les acteurs, parfois les mettre dans l’ombre mais à des moments précis. J’aime composer avec les différents imaginaires sans rester figée dans le mien. J’aime arriver au moment où le spectacle se met en place dans les derniers jours de répétitions, au moment où l’on est dans la salle proprement dite. Il faut dès lors être efficace, avoir bien préparé en amont et c’est ce qui me convient le mieux. Un temps court très intense. De l’ombre jaillira la lumière. 

Quels sont les différents projets sur lesquels vous intervenez ?

Des projets de théâtre essentiellement, parfois un peu d’évènementiel mais ce n’est pas le même monde. En scénographie d’équipement, je travaille sur de gros chantiers de la Communauté française tel que la rénovation du théâtre Emulation, futur nouveau théâtre de la Place à Liège. 

Concrètement, comment préparez-vous un tournage, un spectacle… ?

Je lis la pièce, je vais voir des filages et des images m’apparaissent. Je fais des plans, je réfléchis à mettre tous les projecteurs à la bonne place pour ne pas perdre de temps en montage. J’anticipe beaucoup. Je fais des notes très précises de ce qui se passe à chaque scène sur le plateau pour être prête dès les premiers essais lumière à présenter quelque chose de déjà construit. Je lis, je vois des films, je regarde le monde et j’alimente les images de mon imaginaire. Surtout, j’affine mon regard, ma perception des choses, je cherche à me réinventer pour ne pas m’ennuyer moi-même. 

Un-e éclairagiste doit-il continuer à se former tout au long de sa carrière ?

Bien sûr, il doit suivre les évolutions des technologies pour les jeux d’orgue et les projecteurs. Il doit aussi nourrir son imaginaire en continuant à voir d’autres choses que son propre travail. 

Est-ce un travail d’équipe ? Si oui, quels sont les autres professionnels avec lesquels vous collaborez ?

C’est à la fois un travail d’équipe car il faut gérer des gens, du temps, pour faire ensemble un spectacle et à la fois une introspection solitaire pour créer une lumière personnelle à chaque fois.

Je dois collaborer avec tous les autres artisans du spectacle pour ne pas nous marcher sur les pieds et que chacun arrive à donner le meilleur de lui-même sur le projet. 

Quelles sont les compétences qu’il faut posséder pour travailler dans ce milieu ?

La patience, la réactivité exacerbée, la faculté d’adaptation, la joie de vivre… 

Qu’est-ce que vous appréciez le plus dans votre travail ? Le moins ?

Ce que j’aime le plus c’est le fait de changer toujours d’imaginaire, la nouvelle rencontre sur chaque projet, la liberté que cela procure de faire un métier qu’on aime.  Ce que j’aime le  moins : trop d’affectif justement, trop de gestion des relations humaines. 

On a tendance à penser qu’il s’agit d’un métier plutôt masculin. Qu’en pensez-vous ?

Bien sûr mais je n’ai jamais eu de soucis à diriger une équipe composée uniquement d’hommes. Je pense que les femmes apportent une touche personnelle très appréciée dans ce métier. J’aime travailler en groupe. Mon fond profondément égalitaire fait que pour moi, cela n’a jamais posé question mais je sais que des jeunes régisseuses ont parfois du mal à s’imposer dans ce monde de vieux machos. En tournée, c’est parfois très pénible mais heureusement, cela devient de plus en plus rare. Les jeunes équipes se complètent et de plus en plus de jeunes régisseuses prennent des postes plus importants. 

Est-ce que cela vous dérange de travailler « dans l’ombre » ?

Non, c’est la place que j’ai choisie très consciemment. Travailler dans l’ombre pour faire de la lumière. En théâtre, il faut toujours des gens sur le plateau face aux spectateurs et d’autres en retrait mais sans lesquels il n’y aurait même pas de spectacle. 

Quel est votre statut ?

Toujours salariée. Je vogue de productions en productions. Le statut d’indépendante me demanderait trop de paperrasseries que je détesterais faire donc je reste salariée de partout. 

Quels sont les conseils que vous donneriez  à un jeune qui veut se lancer ?

Y croire. Regarder autour de soi et se nourrir du monde. La lumière de l’aube ou celle du crépuscule, les plus belles à mes yeux car certaines couleurs se mêlent et se démèlent en quelques instants.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.