Nicole Saint Rémy et Martine Delsarte,
Logopèdes

Interview réalisée en janvier 2004

Interview croisée des deux logopèdes de l'école communale " Les Carrefours" d’Etterbeek.

Qu'est-ce qui vous a poussées à devenir logopèdes ?

Nicole : le hasard. Je voulais être puéricultrice mais comme j'étais en gréco-latines, mes parents n'étaient pas d'accord. Au dîner de fin d'études de rhétorique, une personne nous a parlé de la logopédie qui venait d'être reconnue en cours de jour. J'aimais bien le contact avec les enfants et cette profession offrait de nombreuses possibilités de travail.

Martine : mon choix s'est fait par élimination. En fin d'études secondaires, j'avais fait des tests d'orientation et le secteur social et le secteur de l'enfance se dégageaient déjà clairement. J'ai pensé à être infirmière, aussi à la puériculture mais mes parents s'y sont aussi opposés puisqu'il s'agit d'études professionnelles et que j'étais en gréco-latines. Par contre, je n'ai jamais été attirée par le métier d'institutrice.

Y a-t-il une dimension psychologique importante dans votre travail ?

Martine : oui, c'est un métier essentiellement relationnel et les études de logopédie sont fortement orientées vers la psychologie. D'ailleurs, lorsque ma sœur a fait ses études de logopédie, elle avait un tronc commun avec les assistants en psychologie.

Nicole : oui, puisqu'on entre à chaque fois en contact avec une personne; il s'agit d'une relation privilégiée. De plus, puisque nous rencontrons des enfants qui sont tous plus ou moins en situation d'échec, il faut qu'ils reprennent confiance en eux.

Quels sont vos actes posés chaque jour ?

Nicole : suite à un examen logopédique, nous décidons, lors du conseil de classe, des enfants qui nécessitent un suivi particulier. Pour les petits, nous travaillons surtout l'articulation et la richesse du langage. Pour les plus grands, nous travaillons les mécanismes de lecture, la compréhension... Nous travaillons surtout à l'aide de jeux.

Martine : j'insiste sur le fait que nous ne sommes pas des professeurs de réadaptation, nous sommes des rééducateurs. Notre façon d'aborder une matière est tout à fait autre, avec des techniques particulières.

Votre formation a-t-elle été suffisante pour exercer votre métier ?

Nicole : oui. Le graduat (actuellement un bachelier professionnalisant) est très axé sur la pratique et la licence (actuellement le master) m'a apporté une dimension supplémentaire au niveau théorique.

Martine : il s'agit d'une formation assez complète. Personnellement, la rééducation mathématique m'a manqué. Or, "logos", c'est la structure de la pensée, donc les mathématiques en font évidemment partie. La rééducation mathématique porte davantage sur le raisonnement logico-mathématique que sur la résolution de calculs.

Comment les enfants vivent-ils le fait de venir chez vous ?

Martine : ils aiment venir. L'objectif de tous les membres de l'école (enseignants, équipe paramédicale) consiste d'ailleurs à bien faire comprendre à l'enfant que chacun ici présente des difficultés, donc, il n'est pas question de rire d'un enfant qui est pris en charge.

Quelles sont les qualités requises pour exercer cette profession ? 

Hormis les connaissances techniques acquises au cours des études, il faut avoir un amour de la langue et une excellente orthographe. Il faut aussi de la pédagogie, énormément de patience, être capable de se remettre en question et de l'empathie mais pas trop (il faut garder un certain recul pour ne pas se laisser submerger par ses émotions face aux enfants).

Quels sont les aspects les plus positifs de cette profession ?

Chaque rééducation est une rencontre et chaque matin, les enfants sont différents (ils ont oublié leurs soucis de la veille). Certains enfants évoluent vraiment bien et il faut apprendre à voir les petits progrès. En fin de carrière, nous pourrons nous dire que nous avons été utiles et que nous avons travaillé pour l'avenir de ces enfants.

Quels sont les aspects les plus négatifs de cette profession ?

Après plusieurs années, la lassitude et la démotivation peuvent s'installer, notamment à cause de la non-implication des parents.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.