Robert Schmickratte,
Architecte / Décorateur d'intérieur

Après avoir été employé pendant une vingtaine d'années dans un cabinet d'architecte, Robert SCHMICKRATTE a fondé, avec un associé, un bureau d'Architecture et Décoration Intérieure. Ce changement d'orientation lui a apparemment bien réussi. Plusieurs années dans le métier lui ont permis de travailler à la réalisation d'intérieurs de cafés, d'hôtels, de restaurants, de salons de coiffure, de maisons privées et de magasins de toutes sortes.

Quelles études avez vous suivie ?

Au niveau du parcours scolaire, je ne dois pas être un bon exemple. J'ai fait quatre années d'architecture, mais j'ai arrêté avant terme. Je n'ai donc pas le diplôme. Et je n'ai guère plus de diplôme en architecture d'intérieur; métier que j'ai commencé à exercer un peu par la force des choses et surtout par expérience.

Que voulez-vous dire par là ?

Eh bien, après mes études, j'ai été engagé comme dessinateur dans un bureau d'architecture. J'y ai passé une quinzaine d'années. Puis, mon patron s'est associé avec deux jeunes architectes. Cette association a débouché, quelque deux ans plus tard, sur une dissociation. Je me suis, dès lors, retrouvé entre trois chaises et ai décidé de participer à la création d'un nouveau bureau avec l'un des jeunes architectes pour lequel j'avais beaucoup d'amitié. Cette nouvelle aventure n'a, malheureusement, duré que trois ans, mon ami est décédé inopinément et je me suis retrouvé seul, un peu "sonné", et avec plusieurs affaires en cours. J'ai bien été obligé de plonger:

Vous aviez quand même une prédisposition pour vous spécialiser dans ce secteur ?

Oh, oui sûrement! Et puis, je pense disposer d'un avantage sur les autres architectes d'intérieur de par mes connaissances en architecture tout court. J'ai quand même travaillé la technique pendant 20 ans. Or l'architecture d'intérieur ne consiste pas uniquement à faire de la décoration. Il ne s'agit pas de se contenter de faire placer un papier peint ou de choisir une couleur il faut aussi abattre un mur; élargir une fenêtre, remplacer un escalier, changer des cloisonnements, créer un lanterneau, ... Il s'agit aussi d'avoir de bonnes connaissances techniques lorsqu'on s'occupe des installations sanitaires, du chauffage central, de la ventilation, des installations électriques, ... On est très souvent amené à toucher à tout lorsqu'on aménage un local ou une maison. Il existe parfois même des travaux très importants à réaliser en collaboration avec un architecte ou un ingénieur civil.

Faites-vous une distinction entre l'architecture d'intérieure et la décoration?

Notre bureau s'appelle Architecture et Décoration, ce qui signifie bien qu'on s'occupe des deux pôles d'activité. Dans le volet architecture, je conçois un intérieur: Dans le volet décoration, je décore quelque chose qui existe déjà. L'idéal pour notre bureau est de concevoir des locaux et de les décorer.

Quelles sont les qualités nécessaires pour devenir un bon architecte d'intérieur?

Il y a ce qui s'apprend à l'école et la réalité du terrain. A l'école, on dessine, on met une table par-ci, on prévoit une mezzanine par là. D'accord, mais, dans la réalité, il faut "faire avec", faire avec le budget. Il faut faire avec ce qui existe déjà dans la maison Il faut faire avec la vie et la profession de la personne pour laquelle on exécute un contrat. J'ai récemment rénové un salon de coiffure. Pour être choisi, j'ai dû montrer que je savais comment s'organisait un salon. Cette expérience ne s'acquiert pas à l'école. L'architecte d'intérieur doit aussi connaître toute une série de règles administratives, sanitaires et de sécurité. C'est très perceptible dans la conception d'un café, par exemple. Au delà de cela, des qualités de dessinateur semblent essentielles. D'autant qu'il faut dessiner pour les autres, les entrepreneurs principalement, et non pour soi. Les qualités d'imagination demandent aussi de se représenter une pièce et son contenu en trois dimensions, et d'être capable de restituer cet ensemble de manière compréhensible pour le client. Entendons-nous bien : il s'agit plus ici de technique que de faire un beau dessin, les beaux coloris, les beaux graphismes, c'est utile pour l'avant-projet. Ensuite, cela ne sert plus à grand-chose.

Comment se passe la réalisation d'un projet?

La première étape concerne la rencontre et l'écoute mutuelle. C'est à moi qu'il revient de poser les questions adéquates à mon futur client. Si je pose des questions intéressantes, les gens auront confiance en mes compétences. Je peux ensuite élaborer un avant-projet en fonction des goûts de la personne : si elle veut du moderne ou non, si elle aime les plantes vertes, si elle veut une bibliothèque au milieu de sa pièce. Je prends aussi des mesures et Je filme l'endroit avec une caméra vidéo. Ensuite, je peux concevoir un avant-projet. Je fais une implantation et j'ébauche la décoration. A ce stade, je chiffre aussi, approximativement, le coût des travaux. Quand tout cela est fait, je prends un nouveau rendez-vous avec le commanditaire. Suivant ses remarques, je modifie le projet jusqu'à l'accord. Interviennent alors les plans d'exécution et le cahier des charges. Une nouvelle rencontre est alors nécessaire avant de faire soumissionner le projet aux entreprises.

Comment se compose l'équipe de votre bureau?

Elle comporte idéalement 4 à 5 indépendants de différents âges : 2 architectes, 2 architectes d'intérieur et une dessinatrice-secrétaire. La composition de l'équipe varie suivant le volume des affaires à traiter.

Et au niveau du client, pour qui travaillez-vous?

Il y a d'une part des propriétaires qui veulent aménager leur maison et d'autre part, des commerçants qui veulent donner une nouvelle impulsion à leur affaire ou créer un nouvel établissement. A une certaine époque, j'ai pensé me spécialiser dans l'architecture d'intérieur des cafés et des endroits liés aux métiers de bouche. Mais j'ai abandonné cette idée car les commandes sont très variables et dépendantes du hasard. Je peux très bien faire cinq salons de coiffure la même année, et ensuite, ne plus en avoir pendant cinq ans!

Avez-vous rencontré des difficultés au cours de votre carrière ?

Dans tout métier, il existe des difficultés, mais sincèrement, au cours de ma carrière, j'ai quand même été épargné par les problèmes. Vraiment, je ne vois pas ce que je pourrais dire...

L'architecte d'intérieur se trouve tout de même dans une position difficile: entre son client et l'entrepreneur ?

Oui, c'est vrai que nous sommes entre le marteau et l'enclume c'est pourquoi, il faut laisser le moins d'initiatives possibles à l'entrepreneur: En effet, celui-ci va toujours réaliser quelque en fonction de sa facilité. Le client ne livre pas le même combat et les risques de conflit avec l'entrepreneur existent réellement. C'est pourquoi il vaut mieux garder quelques entrepreneurs attitrés. Sachant qu'ils auront plus tard d'autres chantiers à réaliser pour notre bureau, ils font leur boulot avec plus de sérieux, nous rencontrent plus souvent et connaissent mieux, de ce fait, nos exigences.

Existe-t-il quand même des désavantages à votre métier ?

La vie familiale s'accommode mal de cet absorbant métier, le bureau passe en premier; il faut y consacrer de nombreuses heures chaque jour et de plus il y a les soirées avec les clients... Les distractions et réunions familiales passent souvent au second plan.

Et des avantages ?

En contrepartie de ces longues journées et des week-ends de travail, il existe une grande liberté dans l'aménagement de l'horaire. Je peux organiser mon agenda en fonction du beau temps, à condition de récupérer le week-end ou la nuit. Mon métier offre aussi des grandes satisfactions dans mon contact avec les gens et dans la créativité qu'il implique. Je suis heureux de me promener en rue et de dire : "Ah, j'ai conçu cela; il y a dix ans. Cela reste bien!"

L'architecture d'intérieur permet-elle de bien vivre matériellement ?

Cela devrait, oui. Malheureusement, il y a beaucoup d'impayés à cause de clients qui voient trop grand. A mes débuts, j'avais tendance à vouloir faire toujours plus beau et à utiliser des matériaux qui m'entraînaient à dépasser le budget. Désormais, j'ai compris qu'il ne faut pas pousser les gens. Mieux vaut refréner, tout au contraire, leurs envies. Mais bon, l'architecte d'intérieur n'exerce sûrement pas la profession la moins bien lotie financièrement.

Cela signifie-il qu'il existe des débouchés pour les nouveaux architectes d'intérieur ?

Oh, je n'irais pas jusque là! Chaque année, il en sort des dizaines venant des différentes écoles du pays. Chaque année aussi, cinq ou six architectes d'intérieur prennent leur retraite. Faites-le compte et vous verrez qu'on ne peut pas promettre du travail à tout le monde.

Conseilleriez-vous une voie à suivre pour avoir du travail ?

Eh bien, le premier pas, c'est d'en avoir un! C'est le premier qui compte! Et il s'agit de bien le réussir! Le jeune architecte pourra ensuite commencer son press-book. En même temps, le bouche à oreille se mettra à fonctionné.

Interview mise à jour en janvier 2006 mais extraite du guide siep "Les Métiers de l'Art" publié en 1996.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.