Simon Kervyn,
Responsable recherche et développement

Interview réalisée en février 2017

Pouvez-vous nous décrire votre centre de recherche ?

Le « Coatings Research Institute » (CoRI) a été créé en 1957 dans le but de stimuler l’innovation et la recherche dans le domaine des peintures, des vernis et des revêtements. Il mène des recherches appliquées en partenariat avec d’autres centres de recherche afin de développer de nouvelles fonctionnalités, d’améliorer la protection offerte par ces revêtements et d’augmenter leurs compositions en matières bio-basées (le végétal).

Quelles études supérieures avez-vous faites ?

J’ai commencé par des études de licence en chimie mais poursuivre dans la recherche me plaisait. Après mon doctorat en synthèse organique à l’université de Namur et un court séjour de recherche au Japon, j’ai effectué un post-doctorat en Californie.

Pourquoi avoir opté pour des études dans le secteur de la chimie ?

La chimie est la seule science qui crée son propre objet d’étude. Partant de ce constat, les possibilités semblent infinies, dans la création de nouvelles molécules (la synthèse), suivie de la détermination de leurs propriétés (la caractérisation) et enfin l’application industrielle de ces nouveaux composés. C’est ce qui m’a plu dans la chimie, des possibilités nouvelles qui ne semblent limitées que par l’imagination, un travail varié et une application industrielle.

En quoi consiste exactement votre activité de recherche ?

Mon travail de recherche consiste à résoudre un problème industriel en y apportant une solution pratique. Les revêtements sur supports métalliques servent de protection contre la corrosion. Pour analyser une des propriétés fondamentales des revêtements et améliorer leur protection contre la corrosion, un instrument de mesure a été développé. Dans ce cas, il faut imaginer de nouvelles façon d’effectuer la mesure, collaborer avec des ingénieurs pour la conception de l’instrument, vérifier la fiabilité de celui-ci, etc.

Dans un autre cas, un fabricant de tôle métallique pour toiture a un problème de surchauffe lorsque celles-ci sont exposées au soleil. Le but de la recherche est d’augmenter la réflexion de l’énergie solaire par l’ajout d’un revêtement. Si l’énergie solaire est réfléchie, elle ne sera pas absorbée et la tôle chauffera moins. Le but de la recherche est de mesurer le pourcentage de réflexion de différents revêtements afin de les comparer.

Je travaille également sur des recherches plus courtes, comme la mesure de la réflexion de peintures pour l’efficacité d’un camouflage ou pour déterminer la couleur rendue par un pigment dans un mélange.

D’autres exemples ?  

Un industriel qui voulait construire une centrale solaire a fait appel à nous pour développer un revêtement. Nous analysons les besoins : nécessité d’absorber le maximum de l’énergie solaire, résistance aux hautes températures, application facile sur le support. Pour chacune de ces exigences, il faut sélectionner le composé le plus approprié et vérifier la compatibilité de chacun des composés entre eux pour former un ensemble homogène (la peinture).

Dans un autre cas, un fabricant de revêtements résistants aux hautes températures souhaitant les rendre moins cassant. Il a fallu incorporer des co-liants les rendant plus souples tout en gardant la propriété clé.

Nous avons également travaillé sur l’incorporation de charges métalliques dans des peintures. La difficulté est d’obtenir un mélange qui ne sédimente pas avec des charges de densité très différentes. La solution dans ce cas est d’ajouter des additifs qui se lieront tant  aux charges qu’au liant pour former un liquide homogène.

Quel est votre environnement de travail ? 

Pour mener nos activités, nous effectuons des expériences en laboratoires. Les données extraites de ces expériences sont traitées et analysées sur ordinateur. Généralement, un technicien ayant un baccalauréat en chimie réalise les expériences et j’analyse les données. Aussi, la majeure partie de mon temps est consacrée au travail sur l’ordinateur, en réunion d’équipe et en management.

Nous sommes une petite ASBL de 26 personnes. S’il existe de nombreuses multinationales dans le secteur de la chimie en Belgique, le travail dans ces entreprises est souvent organisé en équipes réduites.

Avez-vous suivi des formations complémentaires pour exercer ces activités ?

Le secteur de la chimie est tellement vaste que des formations spécifiques à chaque entreprise sont organisées. En débutant, j’ai suivi une formation sur la technologie des peintures. Par ailleurs, je vais régulièrement à des conférences spécialisées en tant qu’orateur ou participant. De plus, des formations plus généralistes sont organisées pour organiser le temps de travail, la gestion d’équipe, etc. Il est important de continuer à se former, en apprenant une nouvelle langue, des compétences nouvelles, ou des techniques pour continuellement s’améliorer.

Qu’est-ce qui vous plaît dans votre métier ?

Plusieurs aspects me plaisent, la participation à l’amélioration de produits existants, la résolution de problèmes pratiques en créant un nouveau produit, l’imagination de nouvelles solutions pour répondre à des besoins futurs.

Que diriez-vous à un jeune pour le convaincre de se lancer dans des études en chimie ?

Les sujets d’études sont vastes, le secteur est bien implémenté en Belgique et offre des emplois variés. Sur les 26 étudiants de mon année, nous effectuons presque tous des métiers différents, il suffit de choisir ce qui plait ! Le secteur emploie 26 000 personnes en Wallonie avec plusieurs centres de recherche et développement.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.