Laurent Gille,
Conducteur de poids lourds

Interview réalisée en décembre 2022

Quelles marchandises transportez-vous ?

Des produits alimentaires, principalement des pommes de terre ou des plants de pommes de terre mais aussi, à l’occasion, des oignons et des céréales, pour le compte d’une entreprise agricole. Celle-ci dispose de deux camions bennes de 44 tonnes. Nous sommes donc deux chauffeurs à nous partager le boulot. Lorsque le travail le nécessite, nous pouvons faire appel à un troisième chauffeur indépendant.  

Comment se déroule un transport agricole ? 

J’effectue des trajets entre les fermes et les sociétés industrielles en Belgique et parfois dans le nord de la France. L’entreprise achète chez des producteurs/agriculteurs des pommes de terre que je suis chargé de réceptionner. L’agriculteur les charge dans mon camion par le biais d’une sauterelle de chargement ou d’un bulldozer lui appartenant. Durant cette opération je veille à ce que le véhicule soit bien positionné et à ce que le tonnage maximum ne soit pas dépassé. Ensuite, je transporte la cargaison à la société industrielle qui l’utilisera pour en faire des frites ou d’autres produits à base de pommes de terre.  

Le volume est parfois tellement énorme qu’il est nécessaire que nous soyons deux camions pour tout charger et décharger. Pour ne pas nous retrouver en même temps au même endroit, nous gardons une heure de distance entre nous. Je suis sur place à 7h00 et mon collègue à 8h00, par exemple, ou inversement. Un chargement prend environ une demi-heure mais cela varie fortement selon les cargaisons. 

Quel est votre horaire de travail ? 

Je travaille en journée mais les horaires sont très variables. Cela dépend des lieux, des villes où l’on se rend. Je parcours plusieurs trajets différents sur une même journée. 

Mon collègue et moi recevons généralement le planning du premier trajet la veille au soir et la suite au fur et à mesure de la journée.   

Comment êtes-vous devenu transporteur routier ?

Mon père était agriculteur et s’occupait lui-même du transport de lait. Je l’ai accompagné quelquefois durant mon enfance. Cela me plaisait beaucoup. Durant mes études secondaires, j’ai donc pris l’option « Conducteur de poids lourds » en 5e et 6e professionnelle. 

Quel a été votre parcours professionnel ? 

A 20 ans, j’ai été engagé par une société pour transporter du gaz. Je ravitaillais des stations-service ou des particuliers, une fonction que j’ai exercée durant douze ans, en Belgique, France et au Luxembourg. 

Ensuite, j’ai transporté durant onze ans des produits chimiques, en Belgique, en Allemagne, aux Pays-Bas et en France. Il m’arrivait de dormir dans mon camion deux à trois fois par semaine.   

Après autant d’années à transporter des produits dangereux, j’ai eu envie de changer… J’ai apprécié ce type de transport mais les contraintes me paraissaient, au fil des ans, de plus en plus pénibles et notamment le fait de porter par tous les temps un équipement spécifique très chaud : bottines, lunettes, combinaison, etc. 

De plus, travailler dans le domaine agricole est pour moi un retour aux sources ! 

Quand vous avez terminé vos études, vous estimiez-vous prêt à prendre la route ? 

Oui, dans la mesure où la formation était complète mais je n’avais aucune expérience dans la conduite en solo. A l’école, on est souvent accompagné par nos professeurs ou d’autres élèves ; or, quand on est engagé par une société de transport, on se retrouve seul dans sa cabine et cela peut être déstabilisant. Encore plus quand, comme moi à l’âge de 20 ans, on transporte des produits dangereux. Rien ne remplace l’expérience.  

Avez-vous suivi des formations complémentaires ? 

Il y a les formations obligatoires, comme le Certificat d’Aptitude Professionnelle ou le permis ADR à renouveler tous les cinq ans, mais d’autres formations peuvent aussi être proposées aux conducteurs poids lourds. Pour ma part j’en avais suivi une pour être chauffeur-formateur et ainsi accompagner les nouveaux conducteurs. 

Qu’est-ce qui vous plait dans votre métier ? 

J’apprécie le côté solitaire du métier, le fait de pouvoir gérer son temps, tout en respectant mes plannings horaires. Mais j’aime aussi les contacts avec les gens que je rencontre : qu’il s’agisse d’autres conducteurs que l’on peut croiser lors de nos pauses mais aussi avec les agriculteurs, les responsables et employés des sociétés industrielles. 

Qu’est-ce qui vous plait le moins dans votre métier ?

En 23 ans, j’ai vu le comportement des gens sur la route changer radicalement. Ils sont beaucoup plus agressifs ! Il y a aussi le fait d’être éloigné de ses proches durant quelques jours, ce qui était parfois le cas par le passé dans mes anciens jobs, moins maintenant. 

La profession est en pénurie de main-d’œuvre. Vous le constatez également ?

Oui, c’est évident. Mais beaucoup d’employeurs sont très attentifs à l’expérience, ce qui ne facilite pas toujours l’engagement de jeunes conducteurs malheureusement.  

Avez-vous une anecdote ? 

Au début de ma carrière, je roulais en direction d'Anvers pour aller charger du gaz et en arrivant sur le ring de Bruxelles, une voiture me dépasse en klaxonnant et en faisant des signes. Après avoir regardé dans mes rétroviseurs, j’ai remarqué que j'avais une roue en feu ! J’ai néanmoins gardé mon sang-froid et je me suis arrêté sur le côté. Avec mon petit extincteur, je suis parvenu à éteindre l'incendie, mais j'ai quand même fait appel aux pompiers pour refroidir l'essieu avec de l'eau. Avec une citerne de gaz vide mais pas dégazée ça aurait pu faire un joli feu d'artifice à Bruxelles ! Je suis passé à côté d'une catastrophe cette fois-là.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.