Andreas Christou,
Président de la FAR et directeur de compagnie

Interview réalisée en avril 2012

Andreas Christou est président de la FAR (Fédération Professionnelle des Arts de la Rue, des Arts du Cirque et des Arts Forains) et directeur de la compagnie Arts Nomades.

 

Pourriez-vous nous parler de la FAR? Quelles sont ses missions?

La FAR a pour mission principale de représenter les compagnies professionnelles en Fédération Wallonie Bruxelles d’un point de vue politique, auprès des différentes institutions concernées  (Service de la Culture, Ministère de l’Emploi…) et des pouvoirs subsidiants, de façon à ce que les compagnies puissent travailler dans le meilleur environnement possible.  

 

Il faut s’assurer que les budgets de création et de fonctionnement des compagnies puissent augmenter de jour en jour et que la diffusion des spectacles dépasse les festivals et soit aussi assurée dans la programmation des centres culturels toute l’année. Nous avons également pour objectifs de tisser des liens entre les compagnies. Ce qui leur permet de se prêter du matériel (véhicules, chapiteaux…), de découvrir et d’échanger sur différents projets et pratiques, de s’associer (d’un point de vue logistique surtout) lors de représentations à l’étranger…

 

Il faut savoir que les initiatives de collaborations proviennent des compagnies elles-mêmes et que ce n’est pas du tout la FAR qui organise ces échanges.

 

Quel est votre parcours personnel?

Après ma rhéto, j’ai suivi un graduat en marketing. J’ai alors travaillé pendant 10 ans en tant qu’assistant marketing pour une agence de presse photographique. J’ai toujours été passionné par le théâtre et donc j’ai voulu changer de voie et j’ai suivi des cours à la Kleine Academie pendant 3 ans, tout en travaillant toujours à mi-temps pour l’agence de presse. Une fois mon cursus terminé, j’ai passé plusieurs auditions et j’ai été engagé par la compagnie de théâtre forain « Pour Rire », dirigée par Eddy Krzeptowski. J’ai donc du quitter mon emploi afin de pouvoir répéter le spectacle à temps plein. J’ai beaucoup tourné avec cette compagnie et j’ai rencontré d’autres compagnies de théâtre forain ou contemporain. Actuellement, je joue régulièrement avec les « Baladins du Miroir ». J’ai ensuite fondé la compagnie « Arts Nomades » avec ma compagne. Il s’agit de proposer un spectacle mêlant théâtre forain et arts plastiques, en itinérance. Nous avons notre propre structure d’accueil (soit une caravane, soit des gradins) et nous proposons des formes qui allient les deux disciplines. Je suis aussi président de la FAR depuis maintenant 2 ans.

 

Qu'entend-on par arts de la rue et arts forains?

Comme le nom l’indique, les arts de la rue ont forcément lieu dans la rue. On sort le théâtre et les pratiques artistiques des quatre murs du théâtre traditionnel et du rapport frontal entre le public et l’artiste. Mais le champ de la rue s’élargit et on pourrait désormais parler « d’arts en espace public ». On peut, en effet, trouver des représentations sur le quai d’une gare, dans une bibliothèque…Les arts de la rue ont lieu là où on ne les attend pas.

 

Les arts forains proviennent des foires qui se déplaçaient autrefois de ville en ville et proposaient un spectacle là où il y avait du monde, des spectateurs potentiels. Aujourd’hui, les compagnies de théâtre forain se déplacent avec leur propre structure pour aller dans les villes et proposer leur spectacle dans leur propre structure plutôt que dans les structures existantes (théâtres, centres culturels, etc.).

 

Et qu'en est-il du cirque? 

On distingue le cirque traditionnel comme Bouglione, par exemple, du cirque dit « contemporain », « moderne ». Il existe peu de liens structurels entre ces deux types de cirque, même si certains circassiens travaillent avec les deux structures. Il est fréquent qu’un circassien monte un numéro et le présente dans les cirques traditionnels. Par ailleurs, de nombreuses compagnies de cirque contemporain développent des spectacles pour la rue ou pour la salle ce qui donne lieu à des spectacles très différents puisque les contraintes de représentation sont différentes (la salle permet d’intégrer du son, des lumières…).

 

Le cirque, les arts de la rue et les arts forains font donc appel à des artistes au bagage différent?

Oui, tout à fait. A la naissance d’un projet, les compagnies développent leur idée artistique qui nécessite parfois la présence d’un circassien, d’un musicien ou d’un danseur. Si elles ne peuvent pas utiliser les compétences des artistes de leur propre troupe, elles doivent alors faire appel à d’autres artistes spécialisés dans ces disciplines afin de compléter le spectacle. Il s’agit d’un secteur très mouvant, très créatif, dans lequel de nouvelles propositions artistiques naissent tout le temps.

 

La polyvalence est donc importante? 

Elle est primordiale. Les artistes de ce secteur sont extrêmement polyvalents et suivent d’ailleurs des parcours artistiques très diversifiés. C’est un peu moins le cas pour les circassiens qui, pour pouvoir maîtriser une technique, commencent généralement très jeunes et puis travaillent énormément pour peaufiner cette technique.

 

Au sein même d’une compagnie, le rôle de l’artiste peut également être très varié. Ainsi, au sein de la compagnie Arts Nomades, avec ma compagne qui est à la fois artiste plasticienne, scénographe et comédienne, nous nous occupons des aspects artistiques mais aussi des aspects administratifs et de la gestion (bilans, comptabilité, ressources humaines, etc.).

 

Quel est le statut de ces artistes?

Il existe plusieurs cas de figure. Souvent, l’artiste fait partie d’une compagnie et développe des projets personnels à côté. Certains se constituent en compagnie alors que d’autres travailleront de façon plus informelle. Mais pour pouvoir vivre de leur travail, ils vont généralement multiplier les projets avec les compagnies.

 

Comment se porte le secteur en Belgique?

Il faut savoir que le secteur des arts de la rue, des arts du cirque et des arts forains tel que nommé de cette façon, n’existe que depuis 1999. Avant cela, les compagnies émergeaient à la commission théâtre. En 2000, il a été décidé d’accorder un budget de fonctionnement propre à ce secteur, même s’il n’est toujours pas suffisant pour couvrir l’ensemble des activités. Dans le domaine des arts vivants en Fédération Wallonie Bruxelles, il s’agit du secteur le moins subventionné. 

 

Quelles sont, selon vous, les qualités requises pour devenir artiste dans ce secteur?

Il faut avoir beaucoup de foi en soi. Il faut aussi énormément d’énergie et une bonne santé ! Notre travail nécessite en effet souvent des déplacements (parfois longs) qui entraînent des horaires irréguliers. Nous sommes fréquemment amenés à assurer la logistique avec les techniciens (charger, décharger et monter les décors), ce qui est fatigant physiquement. Nous pouvons partir à 7h du matin, faire près de deux heures de route, monter des décors assez lourds, répéter une dernière fois rapidement, présenter le spectacle, démonter puis repartir à 2h du matin. Les journées sont donc longues et éreintantes.

 

En cas de problèmes, il faut pouvoir gérer l’imprévu, réorganiser les priorités de façon à ce qu’au final, le public participe à la magie du moment, indépendamment des contraintes techniques apparues auparavant.

 

Quels conseils donneriez-vous à un jeune qui voudrait se lancer?

Y croire. Je lui conseillerais de considérer ça comme un vrai métier, exigeant et nécessitant beaucoup de travail. Il doit se nourrir de ce qui se fait déjà et ne pas hésiter à aller poser des questions aux artistes. Il est également important de se former correctement, de choisir une école, un parcours et de se frotter aux professionnels afin de partager leur expérience du métier. Après, riche de toutes ces inspirations, il devra créer son propre univers artistique et le partager avec le spectateur.

 

 

 

 

 

 

 

 

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.